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Anthony - Tome 2 :

 
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Anthony D
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MessagePosté le: Dim 8 Fév - 13:48 (2015)    Sujet du message: Anthony - Tome 2 : Répondre en citant

Chers amis, avec toute mes confuses, voici les 4 premières pages de mon texte. Ça n'aurait pas du arriver si tard.


PARTIE I :

Citation:
L'amas de chair torturé qui trônait sur ma table d'opération aurait donné des hauts le cœur aux bouchers les plus hardis. Un tas informe d'une petite quarantaine de centimètre de long pour une vingtaine de large dont la viande suintait un liquide violacée et exhalait une puanteur témoignant de la célérité très relative avec laquelle on me l'avait amené. J'y devinais de la fourrure, mais l'implantation en était chaotique : j'eus été bien en peine de dire si la faute en incombait à la biologie ou aux brûlures répétées. Le pitoyable état dans lequel il m'avait été remis interdisait toute spéculation sur son apparence d'origine.
–Est-ce que vous vous foutez de ma gueule Henri ?
–C'est vous qui avez...
–Est-ce que vous vous foutez de ma gueule, Henri ? demandai-je derechef, plus fort cette fois.
L'officier me toisait de toute sa hauteur. La nature l'avait gâté, il était plus grand et bien mieux fait que moi. Il ne se gênait pas pour utiliser cet avantage et garder bonne figure face à moi. Il se tenait droit, les genoux soudés et croisait ses mains dans son dos pour pouvoir exhiber fièrement la musculature de son torse bombé.
Ce qui était totalement inutile.
–Vous m'avez réclamé le sujet pour l'étude. Je vous l'app...
–Était-ce donc trop demander de pouvoir l'observer dans un état observable ?
–Il était...
–Ou au moins en un seul morceau ? Je suis à peu près certain qu'il en manque des bouts.
Ses narines se dilatèrent, comme à chaque fois qu'il était contrarié. Il détestait se faire couper la parole.
–Quand un truc vous arrive dessus, vous n'avez pas vraiment le loisir de penser à la qualité des échantillons que vous allez ramener aux gars du labo ! D'abord, vous pensez sécurité. Si vous alliez un peu plus sur le terrain...
Sans lui répondre immédiatement, je saisis des pinces pour soulever diverses parties difficilement identifiables, je m'appliquais à rendre chaque geste théâtrale. Il m'observai sans mot dire. Après quelque secondes d'inspection, je l'interrogeai :
–Je ne vois aucune dent.
–Je...
–De griffes, peut être ? Non.
–Eh bien...
–Craigniez-vous qu'il ne vous lançât de l'acide en plein visage ? Je ne vois aucune poche, ni rien de tel.
–Laissez moi p...
–Ou est-ce la force colossale de cette immense masse de muscle qui vous a fait peur ?
Il ne répondit rien.
–Eh bien justifiez vous !
–Allez vous faire foutre, Mesto ! Si vous preniez un peu plus de risques vous verriez que dans le feu de l'action, on ne peut pas réfléchir !
–Vous ne pouvez pas réfléchir, et cela n'a rien à voir avec l'action ! Si vous aviez utilisé un peu plus votre cerveau, vous auriez tout de suite vu que cette bestiole est aussi dangereuse qu'un putain de lapin nain !
Il balaya ma table d'un geste rageur et quitta mon bureau en claquant la porte. C'en était trop ! Il ne me laissait même pas la satisfaction de saccager mon propre bureau pour me calmer ! Je donnai un grand coup dans ma table, me meurtrissant cruellement le petit orteil.
–Merde !
J'étais bien conscient de m'être comporté comme le dernier des salauds. L'animal était peut être effectivement dangereux mais Bane ne m'avait jamais habitué à respecter mon travail. Personne ne m'y avait jamais habitué à Ashcroft et j'avais le sentiment d'être là pour rien alors que, au contraire, j’espérais découvrir de grandes choses. J'allais de déception en déception depuis trop longtemps : je stagnais. Je répugnais à cela.
J'étais à bout.

********

Mister Bane.
Suite à diverses – trop nombreuses – tentions avec certains de mes collègues enquêteurs, je suis au regret de vous informer de ma démission.
J'ajoute qu'aucun de vos engagements n'a été tenue :
Vous m'aviez promis des découvertes scientifiques de premier ordre mais mon travail est plus celui d'un boucher que d'un légiste.
Vous m'aviez promis des merveilles de cryptozoologie. Vous avez peut être tenu parole, mais l'état dans lequel je reçois les spécimens amoindrit considérablement mon allégresse.
Vous m'aviez promis un poste sans danger, or les rares fois où j'ai pu observer des spécimen dans un état digne de ce nom m'ont presque coûter la vie. (n'allez pas m'accuser de couardise, j'aime simplement voir les choses à leur place : je suis un scientifique, pas un enquêteur, et encore moins un aventurier).
Vous m'aviez promis une main d’œuvre qualifiée mais mes collègues sont les mêmes incompétents ordinaires avec lesquels j'ai eu à travailler toute ma vie.
Vous m'avez promis l'assouvissement de toute mes curiosités, je me demande encore où sont les toilettes du troisième étage.
A la lumière de cela, je ne me sens pas dans l'obligation de tenir mes propres engagements et vous quitte, tout simplement.
Veuillez agréer tout ce que vous savez,
Largo E. Mesto

C'est satisfait que je glissais ma lettre sous la porte du directeur Phineas Bane, alors absent. Je le regrettais un peu, j'aurais souhaité lui dire en face tout ce qui me contrariait dans la gestion de Ashcroft. Il m'eut, certes, été possible de remettre cette discussion à plus tard, mais je voulais m'en aller au plus vite, ne plus rien avoir à faire avec Ashcroft. Je quittais les locaux sans me retourner. Nous étions en plein cœur de l'automne et un vent froid faisait claquer les bords de mon manteau. J'en serrai les pans contre moi, et avançai contre la brise, d'un pas décidé, vers Queen Street. Un de mes vieux professeur et ami y vivait encore.


********


De retour à mon bureau à l'université, je fouillai les tiroirs pour retomber sur mes vieilles affaires. Ce meuble avait été inutilisé depuis mon départ, deux ans auparavant. A en juger par son état, il n'avait pas été nettoyé non plus. Je toussais régulièrement pendant mes fouilles en plaignant aux archéologues dont le retournement de poussière est l'occupation journalière. Décidément, j'étais fait pour le travail de bureau !
Tout était encore là, mes carnets, mes plumes, et même les livres que j'avais emprunté sans avoir jamais pris le temps de reposer, des traités de biologie pour la plupart, des thèses, des articles mais, surtout, quelque raretés teintées de mysticisme. Pour ce qu'ils manquaient ! Personne ne s’intéressait à ces vieux ouvrages à Oxford. Encore que, songeais-je avec un fond de culpabilité, les ouvrages scientifiques auraient pu être utiles à certaines étudiants.
Plein de nostalgie, je replongeais dans mes notes, et redécouvris les recherches que je n'avais jamais terminé. Plusieurs pistes de médium, shaman, monstres et consorts s'ouvraient à moi ! Je n'avais pas besoin d'Ashcroft pour satisfaire ma curiosité.
Je jubilais déjà !


********


Deux semaines s'étaient écoulées, et je barrais d'un trait rageur ma troisième piste. Un télépathe qui s’avéra, une fois de plus, un charlatan pas trop stupide. Après la terrible bête de Heyrhtop Park qui n'était qu'un poulet et la sorcière de Broad Street, une vieille cinglée domestiquée par six chats, cela faisait trois échec contre une demi réussite : Je jugeais la bêtise de ceux qui m'avaient invité à enquêter sur le poulet parfaitement surnaturelle.
Je m’ennuyais déjà.
Les agents de Ashcroft avaient retrouvé ma trace – non pas que j'eus fais des efforts pour me dissimuler – et me pressaient de revenir. J'étais formel : Il n'en était pas question. Mais cela n'entamait pas leur motivation. Il me sembla alors préférable de m'éloigner d'Oxford, quelque temps, afin de nous laisser, à eux le loisir de m'oublier, et à moi celui de respirer. Je me jurais de m'organiser un voyage très prochain, peut être en Italie, pour aller rendre visite à mes grands-parents, ou à Paris dont l'on m'avait dit beaucoup de bien de la scène lyrique. Je gardais aussi d'excellents souvenirs de Cardiff où je projetais de retourner depuis plusieurs années. Les choix ne manquaient pas ! J'étais certain que mes supérieurs me permettraient de mener mes recherches à distance, ils étaient habitués à ce que je parte en voyage sans que mon travail s'en trouve compromis. J'en profiterais pour rattraper mes lectures en retard.
Rouvrant mes tiroirs, j'entrepris de sélectionner les ouvrages qui allaient m'accompagner. La plupart des livres que j'avais mis de côté étaient fort vieux, ce qui interdisait tout déplacement, il ne me fut donc pas difficile de choisir les plus susceptibles de faire la route avec moi sans heurt. L'un d'entre eux attira mon attention. Il était très récent, reçu depuis peu d'un monastère portugais. Les copistes avaient fait un travail remarquable : c'était un très bel objet. Il ne s'agissait que de l'inventaire de leur bibliothèque, mais comme à chaque fois que je débutais une lecture, fut-t-elle futile, ma curiosité me poussait à la poursuivre. La plupart de leurs manuscrits, ouvrages et codex étaient bien entendu d'un ennui mortel, mais je notais plusieurs livres, écrits très récemment, dont les titres étaient sans équivoque : ils parlaient du diable. Non pas en tant qu'entité, mais en tant qu'individu. C'était tout à fait inédit, d’ordinaire, les monastères ne se risquent pas à traiter ce type de sujet, ou le font de manière métaphorique et vagabonde. C'était ici tout un pan de leur bibliothèque qui était réservé à ce sujet, et les titres autant que les résumés avaient tout d'ouvrages de zoologie. Le monastère était situé dans une petite montagne, près de Lisbonne.
J'avais entendu beaucoup de bien de leur porto.



PARTIE II :

Citation:
Mon arrivée au monastère surprit de nombreux moines. De toute évidence, les pèlerins étaient rares. C'était un bâtiment très modeste dans un état de délabrement assez avancé. J'informais le père Umberto de mon intention de rester chez eux quelque temps. Il me reprocha de ne pas l'avoir prévenu de mon arrivée par lettre. Je suis forcé d'admettre ce défaut : L'excitation me fait parfois oublier les bonnes manières. Le père avait raison, il aurait été plus convenable de me faire annoncer. Je m'excusais donc et avouait être très pressé de me recueillir, ce qui n'était qu'un demi mensonge : j'étais impatient, certes, mais plus de quitter Oxford que de venir prier.
Notre échange fut délicat, je n'avais que quelques notions d'espagnole, langue proche du portugais, mais pas assez pour tenir une conversation sans problème. Il finit par perdre patience et me montrer une chambre qu'ils réservaient aux retraités et qui ne servait, pour ainsi dire, jamais. Il m'expliqua également que ma présence n'était pas obligatoire aux offices, mais qu'elle était fortement recommandée. J’opinai sans mot dire.
Cours toujours.
Avant qu'il n'ait le temps de réagir, j'exprimais le désir de me rendre à la bibliothèque immédiatement. Il m'y guida.
J'aime quand les choses vont vite.


********


Le bibliothécaire était un homme bien plus aimable que le père supérieur. Ravi de tomber sur un érudit, il dansa parmi les rayons pour me montrer ses ouvrages les plus remarquables. Il était intéressé par la médecine, ce qui me ravit ! Je craignais la barrière de la langue mais fut enchanté de constater que cet ancien professeur de biologie parlait un français tout à fait convenable, langue sur laquelle nous nous rejoignons. Nous devisâmes jusqu'à ce qu'il doive se rendre à Vêpres, heure à laquelle je décidai de me plonger dans le fameux livre qui avait motivé mon déplacement.
Il s'avéra exceptionnel. En de nombreux points. On y voyait des planches anatomiques d'une créature supposée être le diable lui-même. Leur précision était déroutante. Bien entendu, cela n'avait pas le moindre sens et ce genre de document ne m'aurait guère surprit dans une foire aux monstres de mauvaise facture ou sur les étagères d'un imbécile passionné d'histoires à dormir debout. Mais ces pages n'avaient en aucune manière leur place dans un endroit comme celui-ci.
L'intégralité du livre était en latin. J'étais très rouillé en la matière, mais mon niveau restait suffisant pour comprendre tout ce que je pouvais lire avec l'aide d'un dictionnaire que je trouvai sans peine. Il y était question d'enfermer l'incarnation du mal pour enfermer le mal lui-même. Une logique digne du plus stupide des truismes, de mon point de vue, mais j'accepte de croire que la cohérence voyage peu sur les territoires de la religion. Restait ces planches exceptionnelles ainsi que leurs légendes. On y découvrait un diable tout à fait semblable à ce que le folklore attendait de lui, une créature à tête de bouc, aux longues mains trifides et au corps velu se tenant sur ses pattes arrières. Des sabots, naturellement. Les récentes théories évolutionnistes apportaient de quoi s'amuser de ce point : les sabots et les cornes sont des caractères que l'on ne trouve chez aucun carnivore. Satan était donc un brouteur de salade. Une pensée pour le moins édifiante.
Alors que j'abandonnais les planches pour m’intéresser aux descriptions, on me mit à la porte de la bibliothèque. Je demandais l'autorisation d'emporter le livre mais on me le refusa, prétextant des choses baragouinées dans un portugais bien trop rapide pour que je puisse le comprendre.
J'allai donc me retirer dans ma chambre. Cette pauvre mansarde aurait été cruelle pour un prisonnier : petite, puante et mal agencée. Au moins m'avait on laissé des bougies et j'avais eu la bonne idée de ramener des livres. Je craignais que les seuls qu'on mette à ma disposition soient des Bibles : Non merci !
Ma lecture fut régulièrement interrompue cette nuit-là par des râles dans les étages inférieurs. J'aimais à penser que ces moinillons savaient au moins se distraire nuitamment et par petits groupes.


********


Le lendemain je résolus d'aller me promener dans le monastère avant de poursuivre mes études. Le bâtiment, construit dans un style roman absolument superbe, était très bien conservé.
La plupart des moines semblait voir ma visite d'un mauvais œil mais je ne m’intéressai qu'au bâtiment. Contrarier des ecclésiastes n'était qu'un savoureux bonus.
L'office de Tierce m'offrit un répit sur les coups de 9 heures. Je pu alors dans le calme apprécier les beautés architecturales du lieu. Je reprochais beaucoup de choses à la religion mais j'étais bien forcé d'avouer que la foi inspirait aux Hommes des œuvres d'une beauté exceptionnelle. Je regrettais simplement qu'ils n'aient pas eu la présence d'esprit de placer leurs certitudes en autre chose. Une cathédrale de l'évolution ! Quelle beauté c'eût pu être !
Il me semblait entendre les mêmes râles que la veille, non loin du noviciat. J'avais beau avoir l'ouïe fine, il me fut difficile d'en déterminer tant la provenance exacte que la nature. Haussant les épaules je décidai de n'y pas prêter attention. Il y avait plus important à faire : les moines sortaient de l'office et j'avais un livre à étudier.

_________________
"La musique commence là où s'arrête le pouvoir des mots."
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MessagePosté le: Dim 8 Fév - 13:48 (2015)    Sujet du message: Publicité

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MessagePosté le: Lun 9 Fév - 20:47 (2015)    Sujet du message: Anthony - Tome 2 : Répondre en citant

Okay Pas l'occasion de relire pour le moment, je te fais un feedback dès que.
_________________
Mais pas trop.


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MessagePosté le: Mar 10 Fév - 14:30 (2015)    Sujet du message: Anthony - Tome 2 : Répondre en citant

Pour commencer, quelques corrections.

PARTIE I :

Citation:
L'amas de chair torturée qui trônait sur ma table d'opération aurait donné des haut-le-cœur aux bouchers les plus hardis. Un tas informe d'une petite quarantaine de centimètres de long pour une vingtaine de large (je mettrais une virgule ici) dont la viande suintait un liquide violacé et exhalait une puanteur témoignant de la célérité très relative avec laquelle on me l'avait amené. J'y devinais de la fourrure, mais l'implantation en était chaotique : j'eus été bien en peine de dire si la faute en incombait à la biologie ou aux brûlures répétées. Le pitoyable état dans lequel il m'avait été remis interdisait toute spéculation sur son apparence d'origine.
–Est-ce que vous vous foutez de ma gueule, Henri ?
–C'est vous qui avez...
–Est-ce que vous vous foutez de ma gueule, Henri ? demandai-je derechef, plus fort cette fois.
L'officier me toisait de toute sa hauteur. La nature l'avait gâté, il était plus grand et bien mieux fait que moi. Il ne se gênait pas pour utiliser cet avantage et garder bonne figure face à moi. Il se tenait droit, les genoux soudés et croisait ses mains dans son dos pour pouvoir exhiber fièrement la musculature de son torse bombé.
Ce qui était totalement inutile.
–Vous m'avez réclamé le sujet pour l'étude. Je vous l'app...
–Était-ce donc trop demander de pouvoir l'observer dans un état observable ?
–Il était...
–Ou au moins en un seul morceau ? Je suis à peu près certain qu'il en manque des bouts.
Ses narines se dilatèrent, comme à chaque fois qu'il était contrarié. Il détestait se faire couper la parole.
–Quand un truc vous arrive dessus, vous n'avez pas vraiment le loisir de penser à la qualité des échantillons que vous allez ramener aux gars du labo ! D'abord, vous pensez sécurité. Si vous alliez un peu plus sur le terrain...
Sans lui répondre immédiatement, je saisis des pinces pour soulever diverses parties difficilement identifiables, je m'appliquais à rendre chaque geste théâtral. Il m'observait (m'observa?) sans mot dire. Après quelques secondes d'inspection, je l'interrogeai :
–Je ne vois aucune dent.
–Je...
–De griffes, peut être ? Non.
–Eh bien...
–Craigniez-vous qu'il ne vous lançât de l'acide en plein visage ? Je ne vois aucune poche, ni rien de tel.
–Laissez moi p...
–Ou est-ce la force colossale de cette immense masse de muscle qui vous a fait peur ?
Il ne répondit rien.
–Eh bien justifiez-vous !
–Allez vous faire foutre, Mesto ! Si vous preniez un peu plus de risques vous verriez que dans le feu de l'action, on ne peut pas réfléchir !
–Vous ne pouvez pas réfléchir, et cela n'a rien à voir avec l'action ! Si vous aviez utilisé un peu plus votre cerveau, vous auriez tout de suite vu que cette bestiole est aussi dangereuse qu'un putain de lapin nain !
Il balaya ma table d'un geste rageur et quitta mon bureau en claquant la porte. C'en était trop ! Il ne me laissait même pas la satisfaction de saccager mon propre bureau pour me calmer ! Je donnai un grand coup dans ma table, me meurtrissant cruellement le petit orteil.
–Merde !
J'étais bien conscient de m'être comporté comme le dernier des salauds. L'animal était peut être effectivement dangereux mais Bane ne m'avait jamais habitué à respecter mon travail. Personne ne m'y avait jamais habitué à Ashcroft et j'avais le sentiment d'être là pour rien alors que, au contraire, j’espérais découvrir de grandes choses. J'allais de déception en déception depuis trop longtemps : je stagnais. Je répugnais à cela.
J'étais à bout.

********

Mister Bane.
Suite à diverses – trop nombreuses – tentions avec certains de mes collègues enquêteurs, je suis au regret de vous informer de ma démission.
J'ajoute qu'aucun de vos engagements n'a été tenu :
Vous m'aviez promis des découvertes scientifiques de premier ordre mais mon travail est plus celui d'un boucher que d'un légiste.
Vous m'aviez promis des merveilles de cryptozoologie. Vous avez peut être tenu parole, mais l'état dans lequel je reçois les spécimens amoindrit considérablement mon allégresse.
Vous m'aviez promis un poste sans danger, or les rares fois où j'ai pu observer des spécimen dans un état digne de ce nom m'ont presque coûté la vie (n'allez pas m'accuser de couardise, j'aime simplement voir les choses à leur place : je suis un scientifique, pas un enquêteur, et encore moins un aventurier).
Vous m'aviez promis une main d’œuvre qualifiée mais mes collègues sont les mêmes incompétents ordinaires avec lesquels j'ai eu à travailler toute ma vie.
Vous m'avez promis l'assouvissement de toute mes curiosités, je me demande encore où sont les toilettes du troisième étage.
A la lumière de cela, je ne me sens pas dans l'obligation de tenir mes propres engagements et vous quitte, tout simplement.
Veuillez agréer tout ce que vous savez,
Largo E. Mesto

C'est satisfait que je glissai ma lettre sous la porte du directeur Phineas Bane, alors absent. Je le regrettais un peu, j'aurais souhaité lui dire en face tout ce qui me contrariait dans la gestion d'Ashcroft. Il m'eût, certes, été possible de remettre cette discussion à plus tard, mais je voulais m'en aller au plus vite, ne plus rien avoir à faire avec Ashcroft. Je quittai les locaux sans me retourner. Nous étions en plein cœur de l'automne et un vent froid faisait claquer les bords de mon manteau. J'en serrai les pans contre moi, et avançai contre la brise, d'un pas décidé, vers Queen Street (c'est cohérent avec l'endroit où j'ai positionné l'institut dans ma nouvelle c'est marrant :p). Un de mes vieux professeurs et ami y vivait encore. ("Un ancien professeur et ami" pourrait rendre la phrase plus cohérente mais c'est du chipotage.)


********


De retour à mon bureau à l'université, je fouillai les tiroirs pour retomber sur mes vieilles affaires. Ce meuble avait été inutilisé depuis mon départ, deux ans auparavant. À en juger par son état, il n'avait pas été nettoyé non plus. Je toussais régulièrement pendant mes fouilles en plaignant aux (les?) archéologues dont le retournement de poussière est l'occupation journalière. Décidément, j'étais fait pour le travail de bureau !
Tout était encore là, mes carnets, mes plumes, et même les livres que j'avais empruntés sans avoir jamais pris le temps de (les?) reposer, des traités de biologie pour la plupart, des thèses, des articles mais, surtout, quelques raretés teintées de mysticisme. Pour ce qu'ils manquaient ! Personne ne s’intéressait à ces vieux ouvrages à Oxford. Encore que, songeai-je avec un fond de culpabilité, les ouvrages scientifiques auraient pu être utiles à certaines étudiants.
Plein de nostalgie, je replongeai dans mes notes, et redécouvris les recherches que je n'avais jamais terminées. Plusieurs pistes de médiums, shamans, monstres et consorts s'ouvraient à moi ! Je n'avais pas besoin d'Ashcroft pour satisfaire ma curiosité.
Je jubilais déjà !


********


Deux semaines s'étaient écoulées, et je barrais d'un trait rageur ma troisième piste. Un télépathe qui s’avéra, une fois de plus, un charlatan pas trop stupide. Après la terrible bête de Heyrhtop Park qui n'était qu'un poulet et la sorcière de Broad Street, une vieille cinglée domestiquée par six chats, cela faisait trois échecs contre une demi réussite : Je jugeais la bêtise de ceux qui m'avaient invité à enquêter sur le poulet parfaitement surnaturelle.
Je m’ennuyais déjà.
Les agents d'Ashcroft avaient retrouvé ma trace – non pas que j'eus fait des efforts pour me dissimuler – et me pressaient de revenir. J'étais formel : Il n'en était pas question. Mais cela n'entamait pas leur motivation. Il me sembla alors préférable de m'éloigner d'Oxford, quelque temps, afin de nous laisser, à eux le loisir de m'oublier, et à moi celui de respirer. Je me jurai de m'organiser un voyage très prochain, peut être en Italie, pour aller rendre visite à mes grands-parents, ou à Paris dont l'on (on) m'avait dit beaucoup de bien de la scène lyrique. Je gardais aussi d'excellents souvenirs de Cardiff où je projetais de retourner depuis plusieurs années. Les choix ne manquaient pas ! J'étais certain que mes supérieurs me permettraient de mener mes recherches à distance, ils étaient habitués à ce que je parte en voyage sans que mon travail s'en trouve compromis. J'en profiterais pour rattraper mes lectures en retard.
Rouvrant mes tiroirs, j'entrepris de sélectionner les ouvrages qui allaient m'accompagner. La plupart des livres que j'avais mis de côté étaient fort vieux, ce qui interdisait tout déplacement, il ne me fut donc pas difficile de choisir les plus susceptibles de faire la route avec moi sans heurt. L'un d'entre eux attira mon attention. Il était très récent, reçu depuis peu d'un monastère portugais. Les copistes avaient fait un travail remarquable : c'était un très bel objet. Il ne s'agissait que de l'inventaire de leur bibliothèque, mais comme à chaque fois que je débutais une lecture, fût-elle futile, ma curiosité me poussait à la poursuivre. La plupart de leurs manuscrits, ouvrages et codex étaient bien entendu d'un ennui mortel, mais je notai plusieurs livres, écrits très récemment, dont les titres étaient sans équivoque : ils parlaient du diable. Non pas en tant qu'entité, mais en tant qu'individu. C'était tout à fait inédit, (deux points ou un point-virgule me sembleraient plus appropriés ici) d’ordinaire, les monastères ne se risquent pas à traiter ce type de sujet, ou le font de manière métaphorique et vagabonde. C'était ici tout un pan de leur bibliothèque qui était réservé à ce sujet, et les titres autant que les résumés avaient tout d'ouvrages de zoologie. Le monastère était situé dans une petite montagne, près de Lisbonne.
J'avais entendu beaucoup de bien de leur porto.


La partie 2 viendra ensuite. J'aime beaucoup le ton très remonté de Largo; tout au long du texte, on sent qu'il reste un fond d'énervement latent dans sa façon d'agir et d'écrire et en dehors de la nouvelle elle-même, j'aime assez le contraste d'ambiance qui va exister entre ma nouvelle et la tienne.
Va être aussi cool que l'autre, ce tome 2. Smile
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Mais pas trop.


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MessagePosté le: Jeu 12 Fév - 14:56 (2015)    Sujet du message: Anthony - Tome 2 : Répondre en citant

Moi je pense qu'il va être beaucoup plus cool et maîtrisé, ce tome 2.

Antho, tout d'abord, sur le fond : je trouve ce début très entrainant, les ellipses étant je pense mieux gérées que dans la précédente nouvelle, la langue moins tarabiscottée aussi, ce qui est bien agréable. Le fait de lancer cette nouvelle par la démission de Largo et par son "coup de gueule" est très bien venu, l'attention du lecteur étant de suite attirée. Les choses progressent vite une fois arrivé au monastère, et le mystère s'épaissit mais de façon légère, sans en faire trop, ni pas assez.

Deux questions demeurent : quand se déroule la nouvelle et qui est le fameux Henri ? Dans le début de ton texte, lorsque tu parles de Bane, on ne sait pas avant plusieurs lignes que tu parles de Phynéas et pas d'Eckhart. Pire, comme Henri n'a pas de nom de famille, cela donne l'impression dans "L'animal était peut être effectivement dangereux mais Bane ne m'avait jamais habitué à respecter mon travail. " que tu parles toujours de lui, disant simplement son nom de famille. C'est un peu embêtant pour les lecteurs qui ne connaissent pas aussi bien que nous le monde de l'Institut.

Sur la forme, globalement, le seul soucis est celui de la grammaire et de quelques phrases à la syntaxe hasardeuse, que Luca a déjà soulignées. Et par pitié, arrête de mettre des majuscules derrière les ":" !! ;-)

Au plaisir de lire la suite, donc.
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Anthony D
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MessagePosté le: Jeu 12 Fév - 16:00 (2015)    Sujet du message: Anthony - Tome 2 : Répondre en citant

Merci à vous deux ! J'ai bien pris connaissance de tout ça et je vais m’atteler à corriger ces soucis ! Smile
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MessagePosté le: Jeu 12 Fév - 19:28 (2015)    Sujet du message: Anthony - Tome 2 : Répondre en citant

Au fait ta nouvelle se passerait quand?
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Mais pas trop.


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MessagePosté le: Aujourd’hui à 07:27 (2017)    Sujet du message: Anthony - Tome 2 :

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