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krapox
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MessagePosté le: Sam 30 Juin - 14:59 (2012)    Sujet du message: L'exposition universelle de Paris, 1889 Répondre en citant

Rapport XX – 00645, 30 novembre 1889, Londres

Je débute l'écriture de ce rapport par un avertissement : cette enquête, que je vais relater, a été ma première confrontation avec une créature non humaine. Première confrontation connue. Je vais donc rédiger ce rapport de façon différente, afin de conserver toute objectivité sur le sujet. Je vais simplement écrire ce que j'ai vécu.

Le 3 mai 1889, je traversais la Manche pour me rendre à Paris. On m'avait fait part d'une disparition étrange non loin de la Seine. Une disparition qui pouvait s'apparenter à l'une de mes recherches du moment. Une recherche qui me tenait particulièrement à cœur. En effet, mon père fut retrouvé mort au bord de la Tamise après avoir été porté disparu pendant plus d'un an. À ce jour, aucune explication satisfaisante ne m'avait été donnée concernant sa mort. Je devais comprendre, et pour cela, chaque affaire s'en rapprochant était une hypothèse à vérifier.

Il se trouve que je réalisais, comme toujours, des tests en suivant de près les travaux déjà réalisés sur les probabilités. Par chance, je remportai lors d'une loterie, un séjour à Paris pour la dixième exposition universelle.

La traversée fut terrible. J'eus l'impression que mon cœur se décrochait à chaque vague. Je me tenais accroché au banc qui accueillait mon fessier trempant dans le vomi que je ne pus retenir. Un couple passa devant moi, et je croisai le regard de la lady qui me fit oublier un instant ma situation. Elle était très charmante. Un haut-le-cœur me rappela vite à la réalité. Heureusement, la jeune lady compatissante revint. Je la crus moqueuse de prime abord, car elle affichait un grand sourire, me regardant, et que la scène, vous le conviendrez, me mit particulièrement mal à l'aise. Elle m'assista avec une serviette qu'elle avait ramené pour moi. Je lui demandai rapidement où était son compagnon. Elle n'avait aucun compagnon, ni prétendant, me confia-t-elle. Cet homme n'était qu'un charmeur qui tentait de la séduire.

Elle me tint compagnie durant la fin du périple et nous sympathisâmes. J'appris qu'elle se rendait à la foire exceptionnelle également et que le voyage serait alors bien plus agréable par la suite. Elle ne m'a pas bien évidemment pas dit cela. Nous discutâmes pendant tout le voyage de nos passés respectifs. Il alla de soi, que j'occultasse toute référence à mon activité au sein de l'Institut de Recherche et d'Archivage Ashcroft. Mais, enchanté par son parfum délicat et sa mélodieuse et douce voix, je libérais quelques bribes de mon enfance, dont la mort de mon père et l'enquête que j'entrepris auprès des amis de mon père, alors que je n'avais que quinze ans. Ceci l'attendrit particulièrement. Malgré une rencontre durant laquelle je ne fus pas à mon avantage, elle ne me jugea pas hâtivement et nous apprîmes à nous connaître. Ce fut donc tout naturellement que je lui proposai de l'accompagner pour tout le séjour. J'espérais que ce soit pour la vie.

J'étais heureux. J'en oubliais presque mon objectif premier. J'en oubliais presque tout. J'étais amoureux. Nous assistâmes à l'inauguration de la Tour Eiffel : une gigantesque tour métallique qui impressionnait les habitants autant que les visiteurs. Notre tour londonienne est bien plus intéressante à regarder de part son esthétisme, et d'autant plus car elle est utile en nous renseignant sur l'heure. Chacun place sa fierté où il le peut, je crois. Bref, Après l'inauguration, nous nous promenâmes, afin de visiter cette foire. Des spectacles fabuleux : notamment le Wild West Show de Buffalo Bill où je découvris une certaine Annie Oakley, surnommée « la petite femme au tir sûr ». En effet, elle était petite. Des attractions particulières : ils présentaient un village nègre composé de centaines d'indigènes dans une cité exotique ! Voilà une autre fierté bien étrange. Je n'avais rien à vomir, fort heureusement. Ils vantaient leurs colonies... Rose – c'était son nom – partageait mon dégoût. Alors, nous errâmes dans les rues de Paris, nous éloignant peu à peu de la foire. Puis, elle souhaita manger des spécialités françaises et nous entrâmes donc dans un restaurant typique.

Somptueux ! La voilà la réelle fierté française ! Leur cuisine fut, et est sûrement encore excellente, à tel point que j'en garde encore le souvenir en bouche. Nous sortîmes, tous deux émerveillés, lorsque tout à coup, il se mit à pleuvoir, et Rose se mit à paniquer. Ce fut une averse subite et nous n'étions pas prêt à cela. Nous nous abritâmes sous un porche. Rose était très mal à l'aise. Elle se cachait derrière sa chevelure, ne souhaitant pas que je la regarde. Je m’inquiétai aussitôt et m’enquis de son état. Elle me répondit être allergique à l'eau. Je restai bouche-bée. Je n'avais jamais rencontré ce type de maladie et tentai d'en savoir plus. Elle refusa d'en parler et, terriblement gênée, plaça ses mains sur mes yeux avant de m'embrasser. Le romantisme de cette ville prenait tout son sens à présent. La pluie s'était arrêtée de tomber et nous nous quittâmes. C'est avec ce précieux souvenir que je me rendis, comblé, à l'hôtel pour me reposer de cette journée pleine d'émotions.

Je croisai alors, en chemin, un vieil ami de mon père. Nous discutâmes de nos chemins respectifs menés depuis notre dernière rencontre. Il m'invita ensuite à boire un verre, ce que je ne pus pas refuser. Je souhaitais lui faire part de mes recherches au sujet de la mort de mon père qui l'attrista également énormément à l'époque. Nous empruntâmes des ruelles très étroites, très sombres, aux murs humides et dans une ambiance odorante très désagréable. Ernest était très bavard, et me racontait ses recherches en océanographie. Il était spécialiste de la faune marine. Je n'osais l'interrompre tant son discours était intéressant et son discours passionné. Nous entrâmes alors dans un petit bar qui s'intégrait parfaitement au quartier. Il était étrangement vide et sentais particulièrement le moisi, le renfermé, l'humidité... Je me sentais pas très bien, mais étant en bonne compagnie, je n'osai pas faire de remarque. Nous nous installâmes et bûmes quelques bières, notamment cette bière de marque Heineken, provenant des Pays-Bas. Je découvris le vin français, puis quelques gnôles qui nous entraînèrent peu à peu à de nombreux silences, la discussion s’essouffla. Cet homme me paraissait différent de mes souvenirs. Je lui proposai de le rencontrer à nouveau le lendemain. L'alcool eut raison de quelques souvenirs. Je sais être rentré à l'hôtel, à pieds, mais en combien de temps ?

J'eus le sommeil bien lourd, cette nuit-là. En effet, je me réveillai avec l'odeur nauséabonde dans un endroit bien loin du confort de l'hôtel dans lequel je croyais m'être couché la veille. J'étais à même le sol, assis dans le coin d'une alcôve. C'est alors que mon repas de la veille, déjà bien digéré, me revint désagréablement. L'odeur de mon vomi se mélangea à celle, déjà putride, de ce lieu humide. Je me sentais faible et souillé. Il me fallut quelques minutes pour me reprendre. Où étais-je ? Comment étais-je arrivé là ? Pourquoi ? Quand ? Tant de questions me submergèrent. Je pensai alors à Rose. Je l'avais quittée avant de me rendre à l'hôtel. Je voulais la retrouver. Je me levais lentement, les jambes flageolantes, m'aidant du mur de pierre voûté. Je compris très vite qu'il s'agissait des égouts parisiens. J'avais entendu parler de ce projet de galeries. Un réseau immense pour les rejets de cette grande ville. L'odeur régnant ici me rappela le bar dans lequel j'étais allé la veille avec Ernest. C'est alors qu'un problème me tourmenta : où pouvais-je retrouver Rose ? Je n'avais aucune adresse, aucun moyen de la contacter. La scène était pathétique : j'errais avec difficulté dans un réseau d'égouts, sans aucune idée du moyen pour retrouver une femme qui m'avait complètement conquis. J'étais terrassé.

Je retournais à l'hôtel, provoquant le dégoût des passants que je croisais et du personnel de l'hôtel. J'avais certes besoin d'un bon bain, mais également de comprendre ce qui m'était arrivé après ma rencontre avec Ernest et où était passée Rose. Le bain me permit de remettre mes idées en place et replacer chaque élément dans son contexte. Je retraçai mentalement la chronologie de ma soirée. Quel étrange hasard que cette rencontre avec Ernest ! Combien de chance avais-je de rencontrer un compatriote du cercle familial ? De plus, un individu que je n'avais pas revu depuis plus de vingt ans ! Mes recherches alors m'avaient permis de vérifier que les probabilités de rencontre augmentaient très largement avec la volonté de rencontre des individus entre eux. Ce qui paraît encore bien évidemment logique. Or, je n'avais nullement envie de le rencontrer et deux hypothèses s'imposaient alors : soit nous venions de vivre un événement fortement improbable ; soit il souhaitait me rencontrer et m'avait suivi jusque là, auquel cas, je devais me méfier de lui. Je préférais, pour le moment et pour des raison clairement sécuritaires, la seconde hypothèse. Je passai ainsi la journée à établir le profil d'Ernest selon mes souvenirs, de ce qu'il avait pu me raconter la veille et bien sûr des probabilités.

Je remarquai, au bout d'un moment, que d'une part, je n'avais pas mangé depuis près d'une journée entière, mais que cela ne me dérangeait pas. Je n'avais pas faim. D'autre part, j'étais encore nu. À peine sorti de mon bain, j'avais écrit et placé des feuilles un peu partout dans la chambre d'hôtel. Je pris le temps, alors, d'aller m'habiller. Je remarquai aussitôt une tâche de sang sur ma chemise, mais, après étude soigneuse de toute partie de mon corps, je ne découvris aucune plaie. Une nouvelle question s'ajoutait au tableau, déjà très mystérieux.


Je débute l'écriture de ce rapport par un avertissement : cette enquête, que je vais relater, a été ma première confrontation avec une créature non humaine. Première confrontation connue. Je vais donc rédiger ce rapport de façon différente, afin de conserver toute objectivité sur le sujet. Je vais simplement décrire ce que j'ai vécu.

Le 3 mai 1889, je traversais la Manche pour me rendre à Paris. Je réalisais, comme toujours, des tests en suivant de près les travaux déjà réalisés sur les probabilités. Par chance, je remportai lors d'une loterie, un séjour à Paris pour la dixième exposition universelle. Ce fut de la chance, certes, mais grâce aux calculs de probabilité, il est possible d'optimiser ses chances de réussite.

La traversée fut terrible. J'avais l'impression que mon cœur se décrochait à chaque vague. Je me tenais accroché au banc qui accueillait mon fessier trempant dans le vomi que je ne pus retenir. Un couple passa devant moi, et je croisai le regard de la charmante lady qui me fit oublier un instant ma situation. Je dis lady, car l'homme qui l'accompagnait semblait beaucoup trop vieux pour l'intéresser vraiment : elle fut très probablement mariée à lui contre son gré ; et le regard qu'elle me porta... Elle était très charmante. Un haut-le-cœur me rappela vite à la réalité. Heureusement, la jeune lady compatissante revint sur ses pas. Je la crus moqueuse de prime abord, car elle affichait un grand sourire en me regardant : la scène me mit particulièrement mal à l'aise. Elle m'assista alors avec un mouchoir. Je lui demandai rapidement où était son compagnon. Elle n'avait aucun compagnon, ni prétendant, me confia-t-elle. Cet homme n'était qu'un charmeur qui tentait de la séduire.

Elle me tint compagnie durant la fin du périple et nous sympathisâmes. J'appris qu'elle se rendait à la foire universelle également. Nous discutâmes pendant tout le voyage de nos passés respectifs. Cela va de soi, j'occultai toute référence à mon activité au sein de l'Institut de Recherche et d'Archivage Ashcroft. Mais, enchanté par son parfum délicat et sa mélodieuse et douce voix, je libérais quelques bribes de mon enfance, dont la mort de mon père et l'enquête que j'avais à l'époque entrepris auprès des amis de celui-ci, alors que je n'avais que quinze ans. Ceci l'attendrit particulièrement. Malgré notre rencontre catastrophique, elle ne me jugea pas hâtivement et nous apprîmes à nous connaître. Ce fut donc tout naturellement que je lui proposai de l'accompagner pour son séjour à Paris. J'espérais déjà que ce soit pour la vie.

J'étais heureux. J'en oubliais presque mon objectif premier. J'en oubliais presque tout. J'étais amoureux. Nous assistâmes à l'inauguration de la Tour Eiffel : une gigantesque tour métallique qui impressionnait les habitants autant que les visiteurs. Certains autochtones affichaient clairement leur fierté, au pied de ce monument. Cela m'évoquait notre tour londonienne qui est bien plus intéressante à regarder de part son esthétisme, d'autant plus qu'elle est utile en nous renseignant sur l'heure, et, fait non négligeable, ce n'est pas une œuvre éphémère. Construire un tel monument simplement pour une foire ! Chacun place sa fierté où il le peut, je crois.

Bref, après l'inauguration, nous nous promenâmes, afin de visiter cette foire. Des spectacles fabuleux : notamment le Wild West Show de Buffalo Bill où je découvris une certaine Annie Oakley, surnommée « la petite femme au tir sûr ». En effet, elle était petite. Des attractions particulières : ils présentaient un village nègre composé de centaines d'indigènes dans une cité exotique ! Voilà une autre fierté bien étrange. Je n'avais rien à vomir, fort heureusement. Ils vantaient leurs colonies... Rose – c'était le nom de ma belle lady – partageait mon dégoût. Alors, nous errâmes dans les rues de Paris, nous éloignant peu à peu de la foire. Puis, elle souhaita manger des spécialités françaises et nous entrâmes donc dans un restaurant.

Somptueux ! La voilà la réelle fierté française ! Leur cuisine fut, et est sûrement encore excellente, à tel point que j'en garde encore le souvenir en bouche. Nous sortîmes, tous deux émerveillés, lorsque tout à coup, il se mit à pleuvoir. Rose paniqua. Ce fut une averse subite et nous n'étions pas prêt à cela. Nous nous abritâmes sous un porche. Rose était très mal à l'aise. Elle se cachait derrière sa chevelure, ne souhaitant pas que je la regarde. Je m’inquiétai aussitôt et m’enquis de son état. Elle me répondit être allergique à l'eau. Je restai bouche-bée. Je n'avais jamais rencontré ce type de maladie et tentai d'en savoir plus. Elle refusa d'en parler et, terriblement gênée, plaça ses mains sur mes yeux avant de m'embrasser. Le romantisme de cette ville prenait tout son sens à présent. L'eau ne déversait alors plus de ce ciel sombre et nous nous quittâmes. C'est avec ce précieux souvenir que je me rendis, comblé, à l'hôtel pour me reposer de cette journée pleine d'émotions.

Je croisai alors, en chemin, un vieil ami de mon père. Nous discutâmes de nos vies respectives menées depuis notre dernière rencontre. Il m'invita ensuite à boire un verre, ce que je ne pus pas refuser. Je souhaitais lui faire part de mes recherches au sujet de la mort de mon père ; cette mort l'avait lui aussi énormément attristé à l'époque. Nous empruntâmes des ruelles très étroites, très sombres, aux murs humides et dans une ambiance odorante très désagréable. Ernest était très bavard, et me racontait ses recherches en océanographie. Il était spécialiste de la faune marine. Je n'osais l'interrompre tant ses propos étaient intéressant et son discours passionné. Nous entrâmes alors dans un petit bar qui s'intégrait parfaitement au quartier. Il était étrangement vide et sentais particulièrement le moisi, le renfermé, l'humidité... Je ne me sentais pas très bien, mais étant en bonne compagnie, je n'osai pas faire de remarque. Nous nous installâmes et bûmes quelques bières, notamment cette bière de marque Heineken, provenant des Pays-Bas. Je découvris le vin français, puis quelques gnôles qui entraînèrent peu à peu de nombreux silences. La discussion s’essouffla. Cet homme me paraissait différent de mes souvenirs. Je lui proposai de le rencontrer à nouveau le lendemain. L'alcool eut raison de quelques souvenirs de cette fin de soirée. Je sais être rentré à l'hôtel, à pieds, mais en combien de temps ?

J'eus le sommeil bien lourd, cette nuit-là. En effet, je me réveillai dans un endroit à l'odeur nauséabonde, bien loin du confort de l'hôtel dans lequel je croyais m'être couché la veille. J'étais à même le sol, assis dans le coin d'une alcôve. C'est alors que mon repas de la veille, déjà bien digéré, me revint désagréablement. L'odeur de mon vomi se mélangea à celle, déjà putride, de ce lieu humide. Je me sentais faible et souillé. Il me fallut quelques minutes pour me reprendre. Où étais-je ? Comment étais-je arrivé là ? Pourquoi ? Quand ? Tant de questions me submergèrent. Je pensais alors à Rose. Je l'avais quittée avant de me rendre à l'hôtel. Je voulais la retrouver. Je me levais lentement, les jambes flageolantes, m'aidant du mur de pierre voûté. Je compris très vite qu'il s'agissait des égouts parisiens. J'avais entendu parler de ce projet de galeries. Un réseau immense pour les rejets de cette grande ville. L'odeur régnant ici me rappela le bar dans lequel j'étais allé la veille avec Ernest. C'est alors qu'un problème me tourmenta : où pouvais-je retrouver Rose ? Je n'avais aucune adresse, aucun moyen de la contacter. La scène était pathétique : j'errais avec difficulté dans un réseau d'égouts, sans aucune idée du moyen pour retrouver une femme qui m'avait complètement conquis. J'étais terrassé.

Par chance, je découvris rapidement une sortie de cet immense labyrinthe et je retournais à l'hôtel, provoquant le dégoût des passants que je croisais et du personnel de l'hôtel. J'avais certes besoin d'un bon bain, mais également de comprendre ce qui m'était arrivé après ma rencontre avec Ernest et je voulais savoir si Rose allait bien. Le bain me permit de me remettre les idées en place et de replacer chaque élément dans son contexte. Je retraçai mentalement la chronologie de ma soirée. Quel étrange hasard que cette rencontre avec Ernest ! Combien de chance avais-je de rencontrer un compatriote du cercle familial ? De plus, un individu que je n'avais pas revu depuis plus de vingt ans !

Mes recherches de l'époque m'avaient déjà permis de vérifier que les probabilités de rencontre augmentaient très largement lorsque les deux individus souhaitent se rencontrer. Ce qui est tout à fait logique. Or, je n'avais nullement envie de rencontrer Ernest. Deux hypothèses s'imposaient alors : soit nous venions de vivre un événement fortement improbable ; soit il souhaitait me rencontrer et m'avait suivi jusque là, auquel cas, je devais me méfier de lui. Je préférais, pour le moment, la seconde hypothèse. Il valait mieux être prudent. Je passai ainsi la journée à établir le profil d'Ernest selon mes souvenirs, de ce qu'il avait pu me raconter la veille, et bien sûr, en fonction des probabilités.

Je remarquai, au bout d'un moment, que d'une part, je n'avais pas mangé depuis près d'une journée entière, mais que cela ne me dérangeait pas. Je n'avais pas faim. D'autre part, j'étais encore nu. À peine sorti de mon bain, j'avais écrit et placé des feuilles un peu partout dans la chambre d'hôtel. Je pris le temps, alors, d'aller m'habiller. Je remarquai aussitôt une tâche de sang sur ma chemise, mais, après étude soigneuse de toute partie de mon corps, je ne découvris aucune plaie. Une nouvelle question s'ajoutait au tableau, déjà très mystérieux.

Je me rendis d'abord près du restaurant. Une intuition que cette soirée avec Rose ne pouvait l'avoir laissée intacte, elle non plus. Ce baiser dont elle me fit grâce venait se mêler au doux goût du repas que nous dégustâmes dans ce restaurant. Un mélange soyeux et palpitant. Ce fut donc la pensée légère que j’arrivai au coin de la rue hébergeant notre tablée de la veille. Le choc fut d'autant plus terrible lorsque je découvris l'amas de personnes cherchant à voir, comme certains disaient « la scène du crime », que mon esprit errait autour de mon avenir avec Rose. Immédiatement, je me risquai à imaginer que la victime ait pu être ma bien-aimée. C'est alors que j'entendis des bribes désignant la victime comme étant « un homme d'âge avancé », ce qui me rassura aussitôt, puis le « tout comme son état de décomposition », plus surprenant. Puis, et malheureusement cette pensée ne fut que seconde, la tâche de sang sur ma chemise me revint.

Ma première pensée fut de m'arrêter pour me préserver d'un éventuel témoin qui saurait me reconnaître. Je craignais pour mon intégrité alors que je ne savais pas de quoi l'on pouvait m'accuser. Soudain, une main se posa sur mon épaule. Mon sursaut surprit autant Ernest, qui se mit à rire de ma nervosité. Il me donna plus de détail sur le corps : il était gorgé d'eau et quelques algues avaient pris place également. Le constat me foudroya sur place et Ernest comprit immédiatement à quoi je pensais : mon père ! Il me prit par le bras pour m'éloigner de la foule qui ne cessait d'affluer. On aurait dit que l'exposition universelle n'avait pas assez d'animations pour eux.

Je ne pouvais laisser ce corps sans le voir. C'était une piste indéniable pour résoudre le mystère de la mort de mon père. Ce dernier fut retrouvé au bord de la Tamise et nous venions de retrouver un corps près de la Seine. Le corps de mon père avait été criblé de coups de couteau mais avait été repêché et présentait les mêmes aspects que ce corps-ci. En effet, il avait été porté disparu pendant plus d'un an, et, à ce jour, aucune explication satisfaisante ne m'avait été donnée concernant sa mort. Je devais comprendre, et pour cela, chaque affaire s'en rapprochant, même très peu, était une hypothèse à vérifier. La première chose, certes ridicule mais cohérente, qui m'était venue en tête : la Seine se jetait dans la Manche, et la Tamise, dans la mer du Nord, deux mers adjacentes. Ces deux morts pouvaient donc avoir un lien. Je voulais qu'il y en ait un.

On passa un moment à l'écart. Ernest ne souhaitait pas que nous attirions l'attention sur nous. Les anglais provoquaient un sentiment de méfiance de la part des étrangers depuis près d'un an, à cause d'un tueur en série rôdant dans le quartier de Whitechapel. Certes, ici le cadavre était masculin et Jack l'éventreur – c'est ainsi qu'il fut nommé – ne s'en prenait qu'à des femmes. Toutefois, un accent anglais attirait les regards les plus sombres. Je décidai alors d'approcher sans parler. Ernest émit une forte protestation mais ne put m'en empêcher. J'arrivai près du corps. Je reconnu d'abord les traits de mon père en ce corps gonflé par l'eau qu'il avait absorbé. Mon esprit me jouait un mauvais tour. Je n'étais pas assez lucide. Je remarquai ensuite la traînée laissée par le corps qui avait été amené là par le meurtrier. Mon corps chancelant fut ramené hors de la foule par Ernest qui se souciait de moi. Il était assez fréquent qu'il agisse de la sorte avec mon père, me confia-t-il dans le bar dans lequel il m’entraîna. J'étais perturbé par la vision de ce corps dans lequel je transposai celui de mon père que je n'avais pu voir, à l'époque. Ernest était un soutien important pour cette affaire. Je devais lui en dire plus sur mes recherches concernant mon père. Je n'avais pu lui en dire mot la veille. Il m'écouta avec attention et comprit l'importance de ce nouveau meurtre, pour moi. Il s'engagea à m'aider du mieux qu'il le pouvait. Cela commença par un soutien moral et une bonne pinte de bière.

L'ambiance autour de la table était morose. Nous ne nous parlions plus. Je réfléchissais et il n'osait simplement pas me brusquer. Cet homme était réellement sympathique. Il me laissait le temps d'encaisser le choc. Après coup, je trouvai cela appréciable. L'individu qui avait causé la mort de cet homme se trouvait peut-être parmi la foule !

Ernest n'eut pas le temps de me suivre, car il alla payer notre consommation. Un brave homme. Beaucoup de gens s'étaient lassé du « mystère de l'homme noyé » et la foule était bien moins dense à présent. Je regardais attentivement chaque individu. Ils étaient telle une horde de mouches virevoltant autour d'une charogne. Et lorsqu'une main se posa à nouveau sur mon épaule, je cru que c'était Ernest, mais la surprise fut grande de découvrir le visage angélique de Rose. Elle était là, aussi belle que je l'imaginais encore ce matin, et m'enlaça de ses bras menus. J'en oubliai tout. Quel merveilleux sentiment que l'amour ! Elle m'invita à me promener avec elle au bord de la Seine et j'acceptai naturellement. J'en oubliai totalement Ernest et le cadavre. J'étais totalement fou d'elle et ne souhaitais alors qu'être en sa charmante compagnie. Je l'écoutais me parler de sa vie tandis que nous déambulions tranquillement sur les berges du fleuve. Elle était heureuse et je l'étais encore plus !

C'est tout naturellement que nous nous assîmes sur un banc. Des enfants arrivèrent, courant et criant à perdre haleine. Ils tournèrent autour de notre banc, nous ignorant complètement. Nous souriions d'abord, les voyants s'amuser, complètements insouciants. L'innocence de la jeunesse apaisant nos âmes, nous nous rapprochâmes et Rose plaça sa tête contre mon épaule, enlaçant mon bras. Les enfants s'éloignèrent et ce fut au tour d'Ernest d'approcher. Je lui présentai Rose fièrement. Ernest, toujours délicat, ne souhaitait pas déranger et me proposa de le retrouver le soir sur le lieu du crime. Il me tapa amicalement l'épaule en souriant, puis s'en alla. Rose semblait apeurée par ce crime. C'est donc naturellement que je changeai aussitôt de sujet de conversation.

L'humidité ambiante me rappela les égouts de la veille et je proposai donc à Rose de nous remettre en marche. Elle approcha alors son visage du mien pour m'embrasser. Cette approche lente, mais palpitante, sembla durer une éternité. J'entendis les enfants revenir en hurlant. Ils gâchaient notre baiser. Je me levai donc pour les réprimander. C'est alors que l'un d'eux éclaboussa son camarade, faisant virer cet instant magique en un drame sans précédent. Rose fut atteinte par l'eau et se leva en jurant en anglais et s'écriant qu'ils n'étaient que de petits garnements. Ce fut si soudain... Elle se mit alors à hurler. Je n'avais jamais entendu cela. Un cri strident qui me força à me couvrir les oreilles. Les enfants se mirent à saigner des oreilles. Ils étaient si surpris qu'ils restèrent figés devant nous, le sang s'écoulant lentement. J'étais terrorisé par la scène et tétanisé aussi. Rose se tourna alors vers moi, constatant mon étonnement, avant de fuir en courant.

Ernest se tenait maintenant devant moi. Il me giflait délicatement. Je revenais à moi peu à peu. Il me confia qu'il avait assisté à la scène. Je ne me sentais pas bien. J'eus un haut-le-cœur et éructai, régurgitant une bribe de liquide de mon estomac. C'est ensuite que je vomis. L'odeur nauséabonde de l'humidité ambiante me dégoûtait. Ernest m'aida à reprendre mes esprits. Il me raconta ce qu'il avait pu voir, de loin. Nous avions bien vécu la même chose : Rose avait hurlé, les enfants avaient saigné. Je niais tout. Rose ne pouvait pas être ce genre de monstre. Quel genre de monstre ? Celui qui peut, avec un simple cri blesser l'appareil auditif d'un individu. Qui pouvait faire cela ? Ernest tentait pourtant de me raisonner. Il l'avait vu aussi. On ne pouvait nier l'évidence. Mais quand celle-ci vous confronte pour la première fois à une créature mystérieuse, cela reste très difficile à croire.

L'humanité est capable de grandes choses grâce à ce cerveau qu'il nous a été permis de développer. Mais ce dernier est d'une complexité telle qu'il lui est aussi possible de créer la confusion la plus totale. Est-ce que deux individus croyant avoir vu la même chose peuvent se tromper ? Probablement pas. Mais est-ce qu'une aussi jolie jeune femme peut avoir un cri tellement perçant que les oreilles de deux enfants se mettent à saigner ? N'importe qui répondrait non. Et pourtant... Peut-on donc émettre la possibilité que ce que nous avons vécu avec Ernest était une illusion ? Je le souhaitais vraiment à cet instant. J'étais complètement bouleversé, désorienté et Ernest le comprenait. Il me guida vers le bar où nous nous étions rendu la veille. Les odeurs de moisi et renfermé étaient omniprésents. Je ne me sentais pas bien du tout dans cet environnement pesant. Pourtant nous prîmes chacun une bière, puis du vin.

La soirée était calme. Nous n'échangions quasiment aucun mot. Ernest me soutenait simplement encore une fois. Je ne parvenais pas encore à croire que Rose avait pu être à l'origine de tout cela. Tout me revenait en tête et tournait en boucle dans mon esprit : Rose, la pluie, le baiser, Ernest, le bar, les égouts, le crime, Ernest, le cadavre, Rose, le banc, les enfants, Ernest, le baiser, l'éclaboussure, le cri, le sang, Ernest, le bar... Un vertige me prit. Je ne comprenais plus rien et je m'abandonnais à l'alcool pour tenter d'apaiser mes pensées. Est-ce que si l'on n'a plus de souvenir, on peut considérer avoir apaiser son esprit ? Si c'est le cas, alors j'avais atteint mon but ce soir-là.

Je me réveillais à nouveau dans cette alcôve au milieu des labyrinthiques égouts de Paris. Je ne savais pas ce qui me conduisait à venir m'abriter ici à chaque fois, mais je devais résoudre ce mystère. Je regardais ma chemise instinctivement et découvris du sang à nouveau. Plus que la veille. Je sortis des égouts au même endroit : loin du quartier du crime mais près de la Seine. Je me rendis à l'hôtel, encore une fois sous les regards désapprobateurs des citadins et du personnel de l'hôtel. Après un bon bain, je passai la journée à reprendre mes notes. Les feuilles abondaient dans la chambre et je tentais de donner un sens à tous ces événements. Il fallait que je retourne sur le quai.

Ce que je craignais se tenait devant moi : le même spectacle que la veille, soit une foule autour de victimes. Oui, plusieurs victimes. Deux exactement. Deux enfants. L'horreur me submergea dès que j'appris qu'il s'agissait des enfants jouant sur le quai, tandis que je courtisais Rose. Je n'osais pas approcher plus. L'évidence ne pouvait plus être niée. La violence de ce cri... Rose avait tué ces pauvres enfants. Deux innocents qui n'avaient encore rien appris de la vie, qui avaient tant à découvrir. Ce crime me déstabilisa bien plus que celui de la veille. Mais je devais retrouver Rose. Je devais comprendre pourquoi elle avait fait cela. Je voulais savoir ce qu'elle était vraiment.

N'ayant aucun moyen de la retrouver, j'attendis que la foule se disperse. Elle est arrivée ainsi lors du premier crime, elle pouvait réitérer ce comportement. Mais alors que j'attendais au loin, un homme me pointa du doigt, me dénonçant à un agent. Je ne réagis pas immédiatement tant je ne m'attendais à cela, mais l'agent ne perdit pas de temps et se précipita à ma rencontre. Je pris mes jambes à mon cou pour fuir à l'opposé.

Après avoir traversé deux rues, j'étais déjà épuisé. Je n'avais jamais été très doué en éducation physique. Toutefois, l'agent ne m'avait pas encore rattrapé, bien qu'il fut à quelques pas derrière moi. Je ne pouvais m'empêcher de tourner la tête pour connaître sa position, ce qui me faisait irrémédiablement perdre du temps. Je le savais et pourtant, je continuais. La fuite dans une ville inconnue est chose complexe. D'autant plus quand vous n'êtes plus lucide. Je tentais de tourner dès que possible pour perturber l'agent. Mais ce dernier était coriace. Il pensait sûrement tenir le coupable. En effet, qui fuirait s'il ne l'était pas ? J'étais perdu et, alors que j'abandonnais la fuite, je jetais un dernier regard, appréhendant l'arrivée brutale de l'agent. Mais il n'arriva jamais. J'avais réussi à le semer !

Après être resté de longues minutes assis contre le mur d'un immeuble, je reprenais mes esprits. Les événements s’enchaînaient tragiquement. J'allais craquer. Quand tout cela avait-il commencé ? Qui se jouait de moi ainsi ? Je regardais les passants fixement, de peur qu'ils hurlent comme Rose l'avaient fait. Je craignais tout. Mes sens étaient perturbés. Le moindre son m'angoissait. La panique grandissait en moi, et les habitants de la ville devaient le remarquer. Le dédain des uns est si grand face à la détresse des autres. Ils me prenaient probablement pour un vagabond alcoolique. Je me mettais alors à pleurer. Je ne contrôlais plus rien. Je ne sais pas exactement combien de temps cela dura. Une main salvatrice se posa sur mon épaule pour me calmer.

Rose ? Rose ! Elle se tenait accroupie devant moi, une main apaisante sur mon épaule. Elle semblait inquiète. J'étais si fatigué que mon corps ne répondait pas à ma volonté de fuir. Je me secouais lamentablement. Que me voulait-elle ? Elle appelait Ernest. Ce dernier arriva auprès de nous. Il se pencha sur moi et apposa à son tour une main sur mon épaule. La scène était terriblement gênante. Je n'avais qu'une envie : me réfugier dans les bras d'Ernest ! Si le cerveau est un don divin, il est aussi un instrument diabolique. L'odeur nauséabonde mêlant humidité, moisi et renfermé me revenait peu à peu. Je craignais ce qui allait suivre. Je pense que Rose l'avait compris et elle s'en alla aussitôt. Elle abandonnait sa proie, vexée de n'avoir pas réussit cette fois-ci. Je ne comprenais plus les mots qui sortaient de la bouche d'Ernest, mais j'étais rassuré.

C'est alors qu'un homme vint et, bien que je n'ai pu comprendre quoi que ce soit, il me traîna, avec l'aide d'Ernest, sur le banc d'un fiacre. Ernest me laissa avec lui. Des bribes incertaines s'ensuivirent : le véhicule démarra, Rose nous interpella de façon désespérée, elle se mit sur notre chemin, je lui criai des mots probablement blessant, le cocher descendit à la rencontre de Rose, je tentai de m'interposer entre eux pour protéger le cocher, elle hurla à nouveau, le sang coula des oreilles du cocher, je pris la fuite sur le fiacre, j'entrai dans mon hôtel, j'arrivai dans un lit très confortable et c'est tout ce dont je pouvais rêver à ce moment-là.

Est-ce lors de ce réveil précisément que je me suis dit que c'était le pire voyage de ma vie ? En tout cas, je me retrouvais à nouveau dans cette alcôve étrange, sans souvenir d'y être arrivé. Rose me hantait. Habitué à cette situation, j'avançais lentement vers la sortie, tout en réfléchissant à cette histoire étrange. C'est alors que je me souciai du cocher. Il était sûrement mort ! Mais je ne pouvais me rendre sur le lieu du crime encore une fois. L'agent serait forcément là-bas, à m'attendre. J'étais désespéré et résigné. Cette affaire était peut-être liée à celle de mon père, mais le danger était si grand qu'il me paraissait évident qu'il valait mieux abandonner ces recherches. Toutefois, quelle chance aurais-je de trouver meilleure piste ? Malgré les risques, je souhaitais, après ma toilette habituelle à l'hôtel, me rendre sur le lieu du crime. Mais je ne savais pas où cela s'était déroulé.

Tandis que j'errais dans la ville, je me questionnais sur les événements : quelle créature était capable de hurler ainsi au point de tuer quelqu'un ? Quelle créature pouvait charmer un homme pour qu'il perde tous ses moyens et ne se rappelle plus de rien ? Une chose était sure : elle n'était pas humaine, et je voulais savoir ce qu'elle était. Je me rendis immédiatement à la bibliothèque. Je découvris une collection impressionnante sur les créatures mystérieuses et mythologiques. Les recherches me permirent de me ressourcer. Je passais plusieurs jours à lire diverses descriptions plus ou moins farfelues. Durant ce temps : aucune nouvelle de Rose, ni d'Ernest. J'appris que le cocher avait été retrouvé mort sur la route, les oreilles en sang. Mais depuis, aucune victime.

J'avais trouvé refuge au cœur de ces vieux manuscrits. Je reprenais confiance en moi et parvenais enfin à scinder tous les événements pour les aborder un à un. La bibliothécaire m'aida beaucoup en en m'apportant très rapidement les ouvrages que je lui demandais. Elle parvint même une fois à anticiper une commande. Mes recherches l'intriguaient. Je crois qu'elle était passionnée par ce genre de créatures sans toutefois oser en parler à qui que ce soit, de crainte de passer pour une folle.

Je ne prêtai plus attention aux jours qui défilaient. Lorsque j'arrivais devant la bibliothèque fermée, je rentrais aussitôt à l'hôtel pour réfléchir sur mes notes. Ma chambre n'était plus qu'un amas de papier en semblant de désordre, mais il y avait un sens à tout ça. Je piétinais les feuillets ornant le sol et certains se collaient à mes pieds moites. Les pistes les plus importantes étaient fixées aux murs maintenant habillés du sol au plafond et percés en de multiples endroits. Les tapisseries ont sûrement été changées après mon passage. Et, après tant de jours, tant de semaines, que je n'avais plus connaissance de la date qu'en croisant un journal, je croyais avoir trouvé. Cette créature pouvait être celle qui avait tué mon père aussi.

Alors que je me rendais sur les lieux des différents crimes, je donnais un sens à ma découverte. J'avais rencontré Rose sur le bateau traversant la Manche. J'étais complètement sous son charme : elle pouvait donc me manipuler à volonté. Elle avait un problème avec l'eau, soi-disant une allergie. Sa voix avait un pouvoir destructeur en plus du pouvoir de charmer. Cela me paraissait alors tellement évident que je me demandais comment je n'avais pu y songer plus tôt. Elle correspondait parfaitement aux récits des sirènes. Le charme étant le pouvoir le plus rapporté dans les écrits, cela n'empêche pas le côté destructeur. J'ai certainement eu beaucoup de chance d'en réchapper. Peut-être étais-je immunisé ? Peut-être qu'elle m'aimait vraiment ?

J'ôtais aussitôt ma dernière pensée pour ne pas flancher lorsque je la rencontrerai à nouveau. J'arrivai ainsi sur le quai, lieu de mort des pauvres enfants. Elle était là, assise sur notre banc. Je crois qu'elle pleurait lorsqu'elle m'entendit. Elle sécha ses larmes et se tourna vers moi. Je pensais être prêt pour cette rencontre, mais pouvons-nous être prêt à pareille confrontation ? L'être humain ne peut être rassuré face à des faits qu'il ne peut comprendre. Je sentais mon corps trembler. Elle afficha un sourire tellement sincère, qu'un vertige me fit perdre l'équilibre. Je me retins sur le tronc qui se tenait à côté de moi. Mais, dans cette confusion qui m'envahissait, je me rappelais qu'il n'y avait pas d'arbre lorsque j'étais arrivé.

C'est alors que Rose se mit à courir vers moi. Je tournai la tête pour constater qu'Ernest était là et me soutenait. J'étais rassuré. Mais Rose cria et je protégeais mes oreilles. Ernest ne semblait pas effrayé par Rose, car il ne devait pas savoir ce qu'elle était vraiment. Tout alla si vite, et je ne réagissais plus correctement aux ordres de mon cerveau. Je remarquai simplement le sourire en coin de ce cher Ernest. Il était fier de moi. Il me soutenait afin que mes jambes ne ploient pas sous le poids de mon corps que je sentais de plus en plus lourd. Rose n'avançait pas, mais nous approchions d'elle. Je ne sais plus comment, mais nous nous retrouvions face à face, à quelques centimètres l'un de l'autre. Ernest se cachait derrière moi. Je n'avais plus peur d'elle. Je sentais cette odeur nauséabonde à nouveau. Elle avait peur de moi. Rose n'avait en fait jamais bougé. Elle émit un simple « pourquoi ? » en guise d'adieu. Elle me tenait et peu à peu lâcha prise. Sa bouche délivra un merveilleux coulis vermillon, avant que son corps ne chute dans le fleuve.

Je me réveillai encore dans cette maudite alcôve, du sang partout sur mes vêtements. Cette fois-ci serait la dernière. Un couteau plein de sang était à côté de moi : l'arme de mon crime. J'eus de la peine à me lever, mais je parvins à retourner à l'hôtel. J'avais bien sûr laissé ma chemise dans les égouts pour ne pas attirer l'attention des agents. Je me dirigeais vers la baignoire pour m'y prélasser autant de temps qu'il en faudrait pour me sentir réellement bien à nouveau. Je croyais avoir été amoureux et j'avais tué celle avec qui je pensais terminer ma vie. Une douleur me prit et tandis que je baignais dans une eau à peine chaude, je me mis à pleurer.

L'exposition universelle de Paris durait très longtemps et je ne comptais pas rester plus en ces lieux maudits pour moi à présent. J'aurai aimé revoir Ernest pour le remercier mais je ne savais pas comment le retrouver. Je me mis en route avec ces souvenirs qui hanteront sûrement toute ma vie. Rencontrer une créature aussi légendaire est terrifiant. Toutefois, pensant à l'issue de cette affaire, je ne pouvais empêcher un sourire d'orner mon visage. J'étais fier d'avoir combattu une sirène. J'étais fier de lui avoir échappé, d'en être sorti... presque indemne.

La traversée de la Manche fut à nouveau la scène de vomis et malaises de ma part. Je ne pus m'empêcher d'imaginer Rose venir m'aider avec son mouchoir. Je mis alors la main dans ma poche pour m'emparer du mien. Un frisson m'envahit lorsque je reconnus le mouchoir de Rose. Un relent de vomi survint alors. Elle avait énormément écrit sur ce mouchoir que je place en pièce jointe à ce dossier. Sur ce mouchoir, une partie du texte était illisible. Toutefois, je pus en lire des bribes : William a tué cet homme qui m'aborda dans la ruelle près du restaurant. J'aime William. William a tué ces enfants qui jouaient autour de nous. Cet Ernest dont il me parle n'existe pas que dans son esprit tourmenté, je l'ai vu. William a sûrement tué ce cocher. Ernest envoûte William en le touchant, je crois. William a disparu. William va peut-être me tuer un jour. William n'est pas un tueur.

Je réalise que ce que je viens d'écrire peut me coûter la vie. J'ai probablement tuer tous ces gens. Pour ma défense, je pense avoir réellement été confronté à une sirène mais ce n'était pas Rose. Ernest a côtoyé mon père et l'a très certainement conduis à sa mort. Il m'a manipulé pour commettre d'horribles crimes. Il est toujours en vie et me condamne à me méfier de notre prochaine rencontre. Je la crains et je dors très mal depuis que je réalise ce qu'il m'a fait. J'ai besoin d'aide. Je vais confier tout cela à notre psychologue Anthéa Gladstone, bien que celle-ci est probablement affecté par la mort de son père encore récente.

Rapport terminé



L'exposition universelle de Paris, 1889

Rapport XX – 00645, 30 novembre 1889, Londres

Je débute l'écriture de ce rapport par un avertissement : cette enquête, que je vais relater, a été ma première confrontation avec une créature non humaine. Première confrontation connue. Je vais simplement décrire mes souvenirs, afin de laisser au lecteur toute objectivité sur le sujet. En effet, suite à cette affaire, je suis actuellement encore suivi par l'une de nos psychologue de l'Institut de Recherche et d'Archivage Ashcroft.

Le 3 mai 1889, je traversai la Manche pour me rendre à Paris. Par chance, j'avais remporté, lors d'une loterie, un séjour à Paris pour la dixième exposition universelle. Ce fut de la chance, certes, mais je réalisais toujours des tests de probabilité en suivant de près les travaux déjà réalisés à ce sujet. Et grâce aux calculs de probabilité, il est possible d'optimiser ses chances de réussite. Le cadeau était de taille puisque mon séjour à Paris n'avait pas de durée déterminée. J'avais le loisir de rester jusqu'à la fin de l'exposition si je le souhaitais, soit jusqu'à la fin du mois d'octobre, nourri et logé à l'hôtel durant l'événement. Je pris donc congé de mon travail d'archiviste au british museum de Londres, pour profiter de cette « chance » de me rendre à Paris si longtemps. Je pourrai ainsi parfaire mon français un peu trop laborieux.

La traversée fut terrible. J'avais l'impression que mon cœur se décrochait à chaque vague. Je me tenais accroché au banc qui accueillait mon fessier trempant dans le vomi que je ne pus retenir et qui, je ne sais encore comment, termina sur le banc, puis ruissela jusque moi. Un couple passa devant moi, et je croisai le regard de la charmante lady qui me fit oublier un instant ma situation. L'homme qui l'accompagnait semblait très âgé et ne pouvait l'intéresser vraiment : elle fut très probablement mariée à lui contre son gré ; et le regard qu'elle me porta... Elle était très charmante. Un haut-le-cœur me rappela vite à la réalité. Heureusement, la jeune lady compatissante revint sur ses pas. Je la crus moqueuse de prime abord, car elle affichait un grand sourire en me regardant : la situation dans laquelle je me trouvais me mit particulièrement mal à l'aise. Elle m'assista alors avec un mouchoir et me complimenta à propos de ma veste, qui, par chance ou parce que je l'aimais beaucoup, avait été épargnée par mes rejets. Je lui demandai rapidement où était son compagnon. Elle n'avait aucun compagnon, ni prétendant, me confia-t-elle. Cet homme n'était qu'un charmeur qui tentait de la séduire.

Elle me tint compagnie durant la fin du périple et, malgré notre houleuse rencontre, elle ne me jugea pas hâtivement, puis nous sympathisâmes. J'appris qu'elle se rendait à la foire universelle également. Nous discutâmes pendant tout le voyage de nos passés certes différents, mais avec de nombreux points communs. Cela va de soi, j'occultai toute référence à mon activité au sein de l'Institut de Recherche et d'Archivage Ashcroft. Elle me raconta sa passion pour la danse, la musique et le chant. Enchanté par son parfum délicat, ainsi que sa mélodieuse et douce voix, je libérais quelques bribes de mon enfance, dont la mort de mon père et l'enquête que j'avais entreprise à l'époque auprès des amis de celui-ci pour le retrouver, alors que je n'avais que quinze ans. Il avait disparu durant près d'un an et mon enquête, bien sûr, échoua puisqu'il fut retrouvé mort au bord de la Tamise, poignardé. Ma naïveté de l'époque l'attendrit particulièrement. Ce fut tout naturellement que je lui proposai de l'accompagner pour son séjour à Paris. J'espérais déjà que ce soit pour la vie.

J'étais heureux. J'en oubliais presque mon objectif premier. J'en oubliais presque tout. J'étais amoureux. Nous assistâmes à l'inauguration de la Tour Eiffel : un gigantesque édifice métallique qui impressionnait les habitants autant que les visiteurs. Les avis divergeaient mais certains autochtones affichaient clairement leur fierté, au pied de ce monument. Cela m'évoquait notre tour londonienne. Celle-ci est bien plus intéressante à regarder de part son esthétisme, d'autant plus qu'elle est utile en nous renseignant sur l'heure ! De plus, fait non négligeable, ce n'est pas une œuvre éphémère. Construire un tel monument simplement pour une foire ! Chacun place sa fierté où il le peut, je crois.

Après l'inauguration, nous nous promenâmes, afin de visiter cette foire. Nous assistâmes à des spectacles fabuleux : notamment le Wild West Show de Buffalo Bill où je découvris une certaine Annie Oakley, surnommée « la petite femme au tir sûr ». En effet, elle était petite. Nous découvrîmes des attractions particulières : ils présentaient un village nègre composé de centaines d'indigènes dans une cité exotique ! Voilà une autre fierté bien étrange. Ils vantaient leurs colonies... Je n'ai jamais été partisan du colonialisme et cette démonstration me mettait très mal à l'aise. Rose – c'était le nom de ma belle lady – partageait mon dégoût. Alors, nous errâmes dans les rues de Paris, nous éloignant peu à peu de la foire. Puis, elle souhaita manger des spécialités françaises et nous décidâmes donc d'entrer dans un restaurant, dont la vitrine était de toute beauté. Une œuvre d'art ! Nous espérions tous deux que le fond se rapporterait à la forme.

Somptueux ! La voilà la réelle fierté française ! Leur cuisine est excellente, à tel point que j'en garde encore aujourd'hui, et malgré tout ce qui m'est arrivé, le souvenir en bouche. Nous sortîmes, tous deux émerveillés, lorsque tout à coup, il se mit à pleuvoir : une violente et subite averse. Nous n'étions pas prêts à cela. Nous nous abritâmes aussitôt sous un porche. Rose était très mal à l'aise. Elle se cachait derrière sa chevelure, ne souhaitant pas que je la regarde. Je m’inquiétai et m’enquis de son état. Elle me répondit être allergique à l'eau. Je restai bouche-bée. Je n'avais jamais rencontré ce type de maladie et tentai d'en savoir plus. Elle refusa d'en parler plus et, terriblement gênée, plaça ses mains sur mes yeux avant de déposer un doux baiser sur le coin de mes lèvres. Le romantisme de cette ville prenait tout son sens à présent. Je ne remarquai pas que l'eau ne se déversait alors plus de ce ciel sombre et, lorsque j'ouvris à nouveau les yeux, Rose n'était plus là. C'est avec ce précieux souvenir que je me rendis, comblé, à l'hôtel pour me reposer de cette journée pleine d'émotions.

Je croisai, en chemin, un vieil ami londonien de mon père. Nous discutâmes de nos vies respectives menées depuis notre dernière rencontre. Il m'invita à boire un verre, ce que je ne pus pas refuser. Je souhaitais lui faire part de mes recherches au sujet de la mort de mon père ; cette mort l'avait lui aussi énormément attristé à l'époque. Je voulais lui exposer mes conclusions sur l'étrangeté de ce décès. Les coups de poignard n'étaient pas seuls responsables de sa mort selon moi, car le corps semblait être resté longtemps dans l'eau, gonflé par l'infiltration de liquide, et pourtant, cela fut totalement occulté dans l'analyse des rapports. Avec Ernest, nous empruntâmes des ruelles très étroites, sombres, aux murs humides et avec une odeur ambiante très désagréable. Cet homme était très bavard, et me racontait ses recherches en océanographie. Il était spécialiste de la faune marine quand je l'avais rencontré mais avait changé de spécialité après sa rencontre avec un certain Matthew Maury, m'a-t-il dit. Je n'osais l'interrompre tant ses propos étaient intéressant et son discours passionné. Il me raconta avoir participé à la première série cohérente de mesures de la température de surface des mers, protocole mondial lancé en 1854 si mes souvenirs sont bons. Il travailla également sur le projet de la première ligne télégraphique transatlantique, en 1858. Fascinant ! Il m’entraîna alors dans un petit bar qui s'intégrait parfaitement au quartier. Il était étrangement vide et sentait particulièrement le moisi, le renfermé, l'humidité... Je n'étais pas à l'aise mais en bonne compagnie, donc je n'osai pas faire de remarque. Nous nous installâmes et bûmes quelques bières, notamment cette bière de marque Heineken, provenant des Pays-Bas. Je découvris le vin français, puis quelques gnôles qui entraînèrent peu à peu de nombreux silences. La discussion s’essouffla. Cet homme me paraissait différent de mes souvenirs. Je lui proposai de le rencontrer à nouveau le lendemain. L'alcool eut raison de quelques souvenirs de cette fin de soirée. Je sais être rentré à l'hôtel, à pieds, mais en combien de temps ?

J'eus le sommeil bien lourd, cette nuit-là. En effet, je me réveillai dans un endroit à l'odeur nauséabonde, bien loin du confort de l'hôtel dans lequel je croyais m'être couché la veille. J'étais à même le sol, assis dans le coin d'une alcôve. C'est alors que mon repas de la veille, déjà bien digéré, me revint désagréablement. Je me sentais faible et souillé. Il me fallut quelques minutes pour me reprendre. Où étais-je ? Comment étais-je arrivé là ? Pourquoi ? Quand ? Tant de questions me submergèrent. Je pensais alors à Rose. Je l'avais quittée avant de me rendre à l'hôtel. Je voulais la retrouver. Je me levais lentement, les jambes flageolantes, m'appuyant sur le mur de pierres voûté. Je compris, après un balayage rapide de l'environnement, qu'il s'agissait des égouts parisiens. J'avais entendu parler de ce projet de galeries. Un réseau immense pour les rejets d'une grande ville. L'odeur régnant ici me rappela le bar dans lequel j'étais allé la veille avec Ernest. C'est alors qu'un problème me tourmenta : où pouvais-je retrouver Rose ? Je n'avais aucune adresse, aucun moyen de la contacter. La scène était pathétique. J'errais avec difficulté dans un réseau d'égouts, sans aucune idée du moyen pour retrouver une femme qui m'avait complètement conquis. J'étais terrassé.

Par chance, je découvris rapidement une sortie de cet immense labyrinthe et je retournais à l'hôtel, provoquant le dégoût des passants que je croisais et du personnel de l'établissement dans lequel je logeais. J'avais certes besoin d'un bon bain, mais également de comprendre ce qui m'était arrivé après ma rencontre avec Ernest et je voulais savoir si Rose allait bien. Le bain me permit de me remettre les idées en place et de replacer chaque élément dans son contexte. Je retraçai mentalement la chronologie de ma soirée. Quel étrange hasard que cette rencontre avec Ernest ! Combien de chance avais-je de rencontrer un compatriote du cercle familial ? De plus, un individu que je n'avais pas revu depuis plus de vingt ans !

Mes recherches de l'époque m'avaient déjà permis de vérifier que les probabilités que deux individus se rencontrent augmentent très largement lorsque ceux-ci souhaitent se rencontrer. Ce qui est tout à fait logique. Or, je n'avais nullement envie de rencontrer Ernest ! Deux hypothèses s'imposaient alors : soit nous venions de vivre un événement fortement improbable ; soit il souhaitait me rencontrer et m'avait suivi jusque là, auquel cas, je devais me méfier de lui. Je préférais, pour le moment, la seconde hypothèse. Il valait mieux être prudent. Je passai ainsi la journée à remettre de l'ordre dans les événements de la veille et, à établir le profil d'Ernest selon mes souvenirs, de ce qu'il avait pu me raconter, tout en ne mettant pas de côté les probabilités.

Je remarquai, au bout d'un moment, que d'une part, je n'avais pas mangé depuis près d'une journée entière, mais que cela ne me dérangeait pas car je n'avais pas faim. D'autre part, j'étais encore nu. À peine sorti de mon bain, j'avais écrit sur des feuillets, disposés un peu partout dans la chambre d'hôtel. Je pris le temps, alors, d'aller m'habiller et de mettre ma veste dans le panier des vêtements à laver. Je remarquai aussitôt une tâche de sang sur ma chemise, mais, après étude soigneuse de toute partie de mon corps, je ne découvris aucune plaie. Une nouvelle question s'ajoutait au tableau, déjà très mystérieux.

Je me rendis vers le restaurant, avec l'intuition que cette soirée en compagnie de Rose ne pouvait l'avoir laissée intacte, elle non plus. Ce baiser dont elle me fit grâce venait se mêler au goût du somptueux repas que nous dégustâmes dans ce restaurant. Un mélange soyeux et palpitant. Ce fut donc le cœur léger que j’arrivai au coin de la rue hébergeant notre tablée de la veille. Alors que mon esprit vagabondait, laissant entrevoir un avenir merveilleux avec Rose, je découvris un amas de personnes cherchant à voir, comme disaient certains, « la scène du crime ». Le choc fut immédiat et je me risquai à imaginer que la victime ait pu être ma bien-aimée. J'entendis des bribes désignant la victime comme étant « un homme d'âge avancé », ce qui me rassura aussitôt. Enfin, et malheureusement cette pensée ne fut que seconde, la tâche de sang sur ma chemise me revint à l'esprit.

Ma première pensée fut de m'arrêter pour me préserver d'un éventuel témoin qui saurait me reconnaître. Je craignais pour mon intégrité alors que je ne savais pas de quoi l'on pouvait m'accuser. Soudain, une main se posa sur mon épaule. Mon sursaut surprit autant Ernest, qui se mit à rire de ma nervosité. Il me donna plus de détail sur le corps. Ce dernier était gonflé, gorgé d'eau et quelques algues s'accrochaient à la chair comme au substrat du lit d'un cours d'eau. Le constat me foudroya sur place et Ernest comprit immédiatement à quoi je pensais : mon père ! Il me prit par le bras pour m'éloigner de la foule qui ne cessait d'affluer. On aurait dit que l'exposition universelle n'avait pas assez d'animations pour eux.

Je ne pouvais pas partir sans voir ce corps. C'était une piste indéniable pour résoudre le mystère de la mort de mon père. Ce dernier fut retrouvé au bord de la Tamise et nous venions de découvrir un corps près de la Seine. Le corps de mon père avait été repêché et présentait les mêmes aspects que ce corps-ci. Seuls les coups de couteaux différaient, mais peut-être que ce cher Ernest ne me l'avait simplement pas mentionné. À ce jour, aucune explication satisfaisante ne m'avait été donnée concernant la mort de mon père. Je devais comprendre, et chaque affaire évoquant celle de mon père était une hypothèse à vérifier. La première chose, certes ridicule mais cohérente, qui m'était venue en tête : la Seine se jetait dans la Manche, et la Tamise, dans la mer du Nord, deux mers adjacentes. Ces deux morts pouvaient donc avoir un lien. Je voulais qu'il y en ait un.

Ernest et moi passâmes un moment à l'écart. Il ne souhaitait pas que nous attirions l'attention sur nous. Les anglais provoquaient un sentiment de méfiance de la part des étrangers depuis près d'un an, à cause d'un tueur en série rôdant dans le quartier de Whitechapel. Certes, ici le cadavre était masculin et Jack l'éventreur, c'est ainsi qu'il est à présent nommé, ne s'en prenait qu'à des femmes. Toutefois, un accent anglais attirait les regards les plus sombres. Je décidai alors d'approcher de cet homme repêché, sans parler. Ernest émit une forte protestation mais ne put m'en empêcher. J'arrivai près du cadavre. Je reconnus d'abord les traits de mon père en cette chaire gonflée par l'eau. Mon esprit me jouait un mauvais tour. Je n'étais pas assez lucide. Mon corps chancelant fut entraîné à nouveau hors de la foule par Ernest qui se faisait du souci à mon sujet. Il était assez fréquent qu'il agisse de la sorte avec mon aïeul, son ami, me confia-t-il dans le bar dans lequel il m’entraîna. J'étais perturbé par la vision de cet individu sans vie dans lequel je transposai celui de mon paternel que je n'avais pu voir, à l'époque. Ernest était un soutien important pour cette affaire. Je devais lui en dire plus sur mes recherches concernant mon père. Il m'écouta avec attention et, même s'il ne comprit pas vraiment l'importance de ce nouveau meurtre pour moi, il souhaita m'aider à trouver des réponses. Il s'engagea à m'aider du mieux qu'il le pouvait, en commençant par un soutien moral et une bonne pinte de bière.

L'ambiance autour de la table était morose. Nous ne nous parlions plus. Je réfléchissais et il n'osait simplement pas me brusquer. Cet homme était réellement sympathique. Il me laissait le temps d'encaisser le choc. Après coup, je trouvai cela appréciable. L'individu qui avait causé la mort de cet homme se trouvait peut-être parmi la foule qui s'agglutinait autour du cadavre !

Je sortis aussitôt du bar. Ernest n'eut pas le temps de me suivre, car il alla payer notre consommation. Un brave homme. Beaucoup de gens s'étaient lassé du « mystère de l'homme noyé » et la foule était bien moins dense à présent. Je regardais attentivement chaque individu. Ils étaient telle une horde de mouches virevoltant autour d'une charogne. Et lorsqu'une main se posa à nouveau sur mon épaule, je cru que c'était Ernest, mais la surprise fut grande de découvrir le visage angélique de Rose. Elle était là, aussi belle que je l'imaginais encore ce matin. Elle m'enlaça de ses bras menus. J'en oubliai tout. Quel merveilleux sentiment que l'amour ! Elle m'invita à me promener avec elle au bord de la Seine et j'acceptai naturellement. J'en oubliai totalement Ernest et le cadavre. J'étais totalement fou d'elle et ne souhaitais alors qu'être en sa charmante compagnie. Je l'écoutais me parler de sa vie tandis que nous déambulions tranquillement sur les berges du fleuve. Elle était heureuse et je l'étais encore plus !

C'est tout naturellement qu'elle et moi nous assîmes sur un banc. Des enfants arrivèrent, courant et criant à perdre haleine. Ils tournèrent autour de notre banc, nous ignorant complètement. Nous souriions en les voyants s'amuser, complètements insouciants. L'innocence de la jeunesse apaisant nos âmes, nous nous rapprochâmes et Rose vint placer sa tête contre mon épaule, enlaçant mon bras. Les enfants s'éloignèrent et ce fut au tour d'Ernest d'approcher. Il ne m'avait pas perdu de vue depuis le bar, m'expliqua-t-il lorsque je lui demandai comment il m'avait retrouvé. Je lui présentai Rose avec fierté. Ernest, toujours délicat, ne souhaitait pas déranger et me proposa de le retrouver le soir sur le lieu du crime. Il me tapa amicalement l'épaule en souriant, puis s'en alla. Rose semblait apeurée par ce crime et regardait Ernest étrangement. Je changeai donc aussitôt de sujet de conversation.

L'humidité ambiante me rappela les égouts de la veille et je proposai donc à Rose de nous remettre en marche. Elle approcha alors son visage du mien pour m'embrasser. Ce mouvement lent, mais palpitant, sembla durer une éternité. J'entendis les enfants revenir en hurlant. Ils gâchaient notre baiser. Je me levai donc pour les réprimander. C'est alors que l'un d'eux éclaboussa son camarade avec un grand bâton qu'il frappait dans l'eau, faisant virer cet instant magique en un drame sans précédent. Rose fut atteinte par l'eau, puis se leva en jurant en anglais et s'écriant qu'ils n'étaient que de petits garnements. Ce fut si soudain... Elle se mit à hurler. Je n'avais jamais entendu un cri pareil, un cri strident qui me força à me couvrir les oreilles. Les enfants, quant à eux, étaient si surpris qu'ils restèrent figés face à nous et je pus apercevoir du sang s'écouler lentement de leurs oreilles. J'étais terrorisé par ce que je vivais et tétanisé aussi. Rose se tourna alors vers moi et constata mon étonnement, avant de prendre les jambes à son cou.

Ernest se tenait maintenant devant moi. Il me giflait délicatement. Je revenais à moi peu à peu. Il me confia qu'il avait assisté à tout ce qui venait de se passer. Je me sentais vraiment mal. J'eus un haut-le-cœur et éructai, régurgitant une bribe de liquide gastrique. C'est ensuite que je vomis. Cette odeur nauséabonde d'humidité ambiante me dégoûtait. Ernest m'aida à reprendre mes esprits. Il me raconta ce qu'il avait pu voir, de loin. Nous avions bien vécu la même chose : Rose avait hurlé, les enfants avaient saigné. Je niais tout. Rose ne pouvait pas être le genre de monstre qu'Ernest me décrivait. Quel genre de monstre ? Celui qui peut, avec un simple cri blesser l'appareil auditif d'un individu. Qui pouvait faire cela ? Était-ce possible ? Ernest tentait pourtant de me raisonner. Il l'avait vu aussi. On ne pouvait nier l'évidence. Mais quand celle-ci vous confronte pour la première fois à une créature mystérieuse, cela reste très difficile à croire.

L'humanité est capable de grandes choses grâce à ce cerveau qu'il nous a été permis de développer. Mais ce dernier est d'une complexité telle qu'il lui est aussi possible de créer la confusion la plus totale. Est-ce que deux individus croyant avoir vu la même chose peuvent se tromper ? Probablement pas. Mais est-ce qu'une aussi jolie jeune femme peut avoir un cri tellement perçant que les oreilles de deux enfants se mettent à saigner ? N'importe qui répondrait non. Et pourtant... Peut-on donc émettre la possibilité que ce que nous avions vécu avec Ernest était une illusion ? Est-ce que ces enfants avaient vraiment été blessés ? Étrangement, je le souhaitais vraiment à cet instant, pour donner un sens à cet événement. J'étais complètement bouleversé, désorienté et Ernest le comprenait. Il me guida vers le bar où nous nous étions rendu la veille. Je baignais dans une atmosphère au parfum désagréable et omniprésent. Je respirais mal dans cet environnement pesant. Pourtant nous prîmes chacun une bière, puis du vin.

La soirée était calme. Nous n'échangions quasiment aucun mot. Ernest me soutenait simplement encore une fois. Je ne parvenais pas encore à croire que Rose avait pu être à l'origine de tout cela. Tout me revenait en tête et tournait en boucle dans mon esprit : Rose, la pluie, le baiser, Ernest, le bar, les égouts, le crime, Ernest, le cadavre, Rose, le banc, les enfants, Ernest, le baiser, l'éclaboussure, le cri, le sang, Ernest, le bar... Un vertige me prit. Je ne comprenais plus rien et je m'abandonnais à l'alcool pour tenter d'apaiser mes pensées. Est-ce que si l'on n'a plus de souvenir, on peut considérer avoir apaisé son esprit ? Si c'est le cas, alors j'avais atteint mon but ce soir-là.

Je me réveillai à nouveau dans cette alcôve au milieu des labyrinthiques égouts de Paris. Je ne savais pas ce qui me conduisait à venir m'abriter ici à chaque fois. Je ne comprenais pas et la confusion de mon esprit obligea quelques larmes à couler de mes yeux fatigués. Je me sentais impuissant face à ces événements, mais je voulais résoudre ce mystère. Est-ce que la recherche mène l'homme à sa perte ? Je me le demandais vraiment tandis que je déambulais lentement dans les méandres de ces égouts. Au moment d'utiliser l'échelle pour sortir, j'aperçus sur ma chemise des tâches de sang. Plus que la veille. Je ne pouvais plus retenir mes larmes. Je sortis des égouts au même endroit : loin du quartier du crime mais près de la Seine. Je me rendis à l'hôtel, encore une fois sous les regards désapprobateurs des citadins et du personnel de l'hôtel. Après un long bain, je regardai mes notes. Les feuilles abondaient dans la chambre et je ne pensais plus pouvoir donner un sens à tous ces événements ainsi. Il fallait que je retourne sur le quai pour confirmer ma théorie.

Ce que je craignais se tenait devant moi : une foule probablement attroupée autour de victimes. Oui, plusieurs victimes. Deux exactement. Deux enfants. L'horreur me submergea dès que j'appris de la bouche d'une dame qu'il s'agissait bien de deux enfants. Certainement ceux qui jouaient sur le quai, tandis que je courtisais Rose. Je n'osais pas approcher plus. L'évidence ne pouvait plus être niée. La violence de ce cri... Rose avait dû tuer ces pauvres enfants. Je ne leur avais pas porté secours. Je les avais laissé mourir. Deux âmes innocentes qui n'avaient commis que le crime de l'éclabousser légèrement. Étais-je responsable de leur mort autant qu'elle ? Ces meurtres me déstabilisèrent bien plus que celui de la veille. Mes jambes ne me portaient plus correctement. Je sursautais à chaque bruit, chaque mouvement brusque hors de mon champ de vision réduit par mes larmes. Mais je devais comprendre pourquoi elle avait fait cela. Je voulais savoir ce qu'elle était vraiment. Je devais retrouver Rose.

N'ayant aucun moyen de la retrouver, j'attendis que la foule se disperse. Elle est apparu ainsi lors du premier crime, comme par enchantement. J'imaginais qu'elle pût réitérer ce comportement. Mais alors que j'attendais au loin, un homme me pointa du doigt, me dénonçant à un agent. Je ne réagis pas immédiatement tant je ne m'attendais à cela, mais l'agent ne perdit pas de temps et se précipita à ma rencontre. Pris de panique, je me mis à courir.

Je devançai l'agent de quelques dizaines de mètres mais j'étais déjà épuisé. Je n'avais jamais été très doué en éducation physique. Je ne pouvais m'empêcher de tourner la tête pour connaître sa position, ce qui me faisait irrémédiablement perdre du temps. Je le savais et pourtant, je continuais. La fuite dans une ville inconnue est chose complexe. D'autant plus quand vous n'êtes plus lucide. Je réagissais à l'instinct : des deux rues s'offrant à moi, je pris celle qui était légèrement en descente. Peut-être une erreur compte tenu de la pluie récente. Je glissai brusquement sur un pavé mais la frayeur de tomber, à la merci de mon poursuivant, me donna la force nécessaire pour ne pas choir lamentablement. L'agent se rapprochait et hurlait des mots que je ne comprenais pas. Il était coriace car il pensait sûrement tenir le coupable. En effet, qui fuirait s'il ne l'était pas ? J'étais maintenant perdu mais continuais de courir comme si je savais où j'allais. J'entendais ses pas se rapprocher. Je ne sentais plus mes jambes tant elles étaient endolories. Et, alors que j'allais abandonner la fuite, je manquais de peu de me faire renverser par un fiacre. Le cheval coupa la route de l'agent et je profitai de l'occasion pour me réfugier dans une allée. Je laissai enfin mon corps me punir. La douleur me fit chuter lourdement au sol, et je mordis ma lèvre inférieure pour ne pas crier au monde la sentence d'un tel dépassement de ses capacités physiques. J'étais tétanisé par la souffrance et gisais comme un sac plein d'afflictions. Après un temps que je ne saurai estimer, peut-être plusieurs heures, je jetais un regard vers l'entrée de l'allée, appréhendant l'arrivée brutale de l'agent. Mais il n'arriva jamais. J'avais réussi à le semer !

Après être resté de longues minutes assis, je reprenais mes esprits. Les événements s’enchaînaient tragiquement. Quand tout cela avait-il commencé ? Qui se jouait de moi ainsi ? Je regardais les passants fixement, de peur qu'ils hurlent comme Rose l'avaient fait. Je craignais tout. Mes sens me trahissaient. Le moindre son m'angoissait. La panique grandissait en moi, et les habitants de la ville devaient le remarquer. Le dédain des uns est si grand face à la détresse des autres. Ils me prenaient probablement pour un vagabond alcoolique. Je me mettais alors à pleurer. Je ne contrôlais plus rien. Je ne sais pas exactement combien de temps cela dura. C'est alors qu'une main salvatrice se posa sur mon épaule pour me calmer.

Rose ? Rose ! Comment m'avait-elle retrouvé ? Elle se tenait accroupie devant moi. Elle semblait inquiète, mais j'avais peur. J'étais si fatigué que mon corps ne répondait pas à ma volonté de fuir. Je remuais lamentablement, sans réussir à effectuer de vrai mouvement. Était-ce encore l'un de ses envoûtements ou bien étais-je trop fatigué ? Que me voulait-elle ? Elle appelait Ernest. Je ne comprenais pas pourquoi mais cela me rassurait un peu de le savoir proche. Il arriva effectivement auprès de nous, puis se pencha sur moi et apposa à son tour une main apaisante sur mon épaule. La scène était terriblement gênante. Je n'avais qu'une envie : me réfugier dans les bras d'Ernest ! Si le cerveau est un don divin, il est également un instrument diabolique. L'odeur nauséabonde, familière à présent, me revenait peu à peu. Je craignais ce qui allait suivre. Je pense que Rose avait compris que je me doutais de ce qu'elle pouvait être, et elle s'en alla aussitôt. Elle abandonnait sa proie, vexée de n'avoir pas réussit cette fois-ci. Je ne comprenais plus les mots qui sortaient de la bouche d'Ernest, mais j'étais rassuré.

Un inconnu vint et, bien que je n'ai pu comprendre quoi que ce soit, il me traîna, avec l'aide d'Ernest, sur le banc d'un fiacre. Ernest me laissa avec lui. Des bribes incertaines s'ensuivirent. Je les notes, toutefois, je ne peux offrir beaucoup de détail tant le flou est important : le véhicule démarra, Rose nous interpella de façon désespérée, elle se mit sur notre chemin, je lui criai des mots probablement blessant, le cocher descendit à la rencontre de Rose, je tentai de m'interposer pour protéger le cocher, elle hurla à nouveau comme sur le quai, le sang coula des oreilles du cocher, je pris la fuite sur le fiacre, j'entrai dans mon hôtel, j'arrivai dans un lit très confortable et j'étais heureux de m'affaler dans celui-ci.

Est-ce lors de ce réveil précisément que je me suis dit que c'était le pire voyage de ma vie ? En tout cas, je me retrouvais à nouveau dans cette alcôve étrange, sans souvenir d'y être arrivé. Rose me hantait. Je me mis alors à hurler. Je criai tant que j'en avais mal à la gorge. J'étais allongé sur le sol humide que je frappais à poings fermés, à m'en faire saigner. Je n'avais jamais atteint un état de détresse aussi grand. Je crois avoir perdu connaissance un moment. Puis, réveillé par la faim, j'avançais lentement vers la sortie, tout en constatant les dégâts que j'avais occasionnés à mes mains. La montée de l'échelle fut terriblement difficile. C'est alors que je sortis la tête des égouts, que je me souciai du cocher. Il était sûrement mort ! Mais je ne pouvais me rendre sur le lieu du crime encore une fois. Des agents seraient forcément là-bas. J'étais désespéré et résigné. Cette affaire était peut-être liée à celle de mon père, mais le danger était si grand qu'il me paraissait évident qu'il valait mieux abandonner ces recherches. Toutefois, des meurtres étranges avaient bel et bien eus lieu, et il était de mon devoir d'enquêteur de l'institut Ashcroft d'en savoir plus.

Tandis que j'errais dans la ville, je me questionnais sur les événements : quelle créature était capable de hurler ainsi au point de tuer quelqu'un ? Quelle créature pouvait charmer un homme pour qu'il perde tous ses moyens et ne se rappelle plus de rien ? Une chose était sure : elle n'était pas humaine, et je voulais savoir ce qu'elle était. Je me rendis immédiatement à la bibliothèque nationale. Malheureusement, j'avais oublié de me rendre présentable. J'étais encore crasseux, tout juste sorti des égouts et, de surcroît, salement blessé aux mains. Les regards me figèrent sur le pas de porte. Je n'eus besoin d'aucun mot pour comprendre que je ne rentrerai pas ainsi accoutré. Je devais me toiletter, ce que je fis immédiatement en me rendant à mon hôtel. Finalement, mes blessures n'étaient que superficielles et le dispensaire près de l'hôtel m'accorda, sans poser de question à leur sujet, les soins nécessaire pour que je pusse repartir tranquillement à la bibliothèque. Dans ce bâtiment à l'architecture magnifique, on m'envoya à la bibliothèque Sainte-Geneviève où je découvris une collection impressionnante sur les créatures mystérieuses et mythologiques. J'avais le choix parmi une multitude de récits me paraissant plus ou moins farfelus et d'autres plus sérieux. Des marins racontaient avoir été charmés, sans se rappeler vraiment comment ils avaient changé de cap pour atteindre des îles inconnues. Un point commun avec mon expérience : l'eau. Cela m'entraîna aussitôt vers un autre livre, grâce auquel je pus me remémorer toutes les légendes au sujet de la sirène. Cette créature était représentée par une femme ailée chez les grecs, mais mi-femme mi-poisson dans la mythologie nordique. La plupart des références dénotaient d'une certaine animosité de leur part envers les humains, les dévorant souvent après les avoir charmés. Je me rappelais soudain les dires de Rose lorsque je découvris l'adaptation en ballet d'un conte nommé Ondine, de l'allemand Friedrich de La Motte-Fouqué. Ce ballet fut représenté à Londres notamment, en 1843. Brièvement, je tentai de mettre cela en relation avec la mort de mon père. Mais je ne devais pas perdre de vue mon objectif : comprendre ce qu'était vraiment Rose et comment éviter qu'elle ne tuât à nouveau. En effet, elle correspondait à certains critères de la sirène mais elle n'en avait pas l'apparence.

Les recherches me permirent de me ressourcer. Je vins plusieurs jours dans l'enceinte parfois obscure de ce bâtiment. Durant ce temps : aucune nouvelle de Rose, ni d'Ernest. J'appris par la presse que le cocher avait été retrouvé mort sur la route, les oreilles en sang et le corps gonflé. Il était écrit qu'un tueur en série rôdait. Un surnom lui avait même été attribué : « le tueur universel ». Un article rassemblait même les meurtres de l'homme repêché, des enfants et du cocher. Les derniers avaient été tué de la même manière. Les oreilles blessées puis les corps noyés, pour enfin être exposés à l'air libre. Le premier n'avait été que noyé, mais ressemblait énormément aux autres. Le journaliste tentait d'établir les motivations de tels crimes, évoquant un trouble mental évident du meurtrier et le besoin d'exprimer de façon artistique une déviance sexuelle. Je ne compris pas comment il pouvait soupçonner un homme et une telle intention, mais le plus troublant fut que depuis le cocher, il n'y eut aucune victime. J'avais trouvé refuge au cœur de vieux manuscrits. Je reprenais confiance en moi et parvenais enfin à scinder tous les événements pour les aborder un à un. Une bibliothécaire m'aida beaucoup en m'apportant très rapidement les ouvrages que je lui demandais. Elle parvint même une fois à anticiper une commande concernant un manuscrit qui évoquait certaines méthodes pour se débarrasser d'une sirène. Dans celui-ci était décrit un sentiment de rancune indéfectible. Les sirènes apparaissaient là comme des êtres humains de sexe féminin ayant été transformés ainsi pour ne plus côtoyer les hommes à qui elles avaient fait preuve d'infidélité. Bien sûr, les preuves n'étaient parfois que des commérages. D'où la rancune contre l'homme. Cela venait s'ajouter aux propos auxquels je ne donnais guère de crédit. Toutefois, je notais cette référence, comme toutes les autres. Mes recherches intriguaient la bibliothécaire. Je crois qu'elle était passionnée par ce genre de créatures sans toutefois oser en parler à qui que ce soit, de crainte de passer pour une folle.

Je ne prêtai plus attention aux jours qui défilaient, bien que j'étais constamment angoissé à l'idée de rencontrer Rose à nouveau. J'aurai aimé retrouver Ernest pour partager avec lui mes recherches mais je ne provoquais pas notre rencontre. J'étais trop occupé. Lorsque j'arrivais devant la bibliothèque fermée, je rentrais aussitôt à l'hôtel pour réfléchir sur mes notes. Ma chambre n'était plus qu'un amas de papier en semblant de désordre, mais il y avait un sens à tout ça. Je piétinais les feuillets ornant le sol et certains se collaient à mes pieds moites. Les pistes les plus importantes étaient fixées aux murs maintenant habillés du sol au plafond et percés en de multiples endroits. Les tapisseries ont sûrement été changées après mon passage. La sirène était bien évidemment le terme qui revenait le plus souvent, mais comment expliquer cette représentation depuis des milliers d'années de la sirène mi-femme mi-animale ? Et, après tant de jours, tant de semaines, que je n'avais plus connaissance de la date qu'en croisant un journal, je n'avais toujours pas de certitude, simplement des hypothèses que je devais vérifier. Et pour cela, je ne trouvai pas meilleur moyen que de retrouver l'intéressée et tenter de lui parler. Je pris ma veste qui m'avait été rendue depuis, et sortis de l'hôtel.

Alors que je me rendais sur les lieux des différents crimes, je me remémorais le sens de ma découverte. J'avais rencontré Rose sur le bateau traversant la Manche. J'étais complètement sous son charme : elle pouvait donc me manipuler à volonté. Sa voix avait un pouvoir de destruction en plus du pouvoir de charmer qui était le plus rapporté dans les écrits. J'ai certainement eu beaucoup de chance d'en réchapper. Peut-être étais-je immunisé ? Peut-être qu'elle m'aimait vraiment et ne souhaitait pas me nuire ? Mais je n'expliquai toujours pas ce problème avec l'eau, soi-disant une allergie. Pouvait-il s'agir d'une quelconque magie comme celle décrite dans le conte de « la petite sirène », écrit par le danois Hans Christian Andersen ? Ce dernier racontait une histoire de potion, de sorcière qui permit à la sirène d'avoir des jambes à la place de sa queue. Cet écrivain donnait des sentiments très nobles, très humains à la créature. J'ôtais aussitôt ma dernière pensée pour ne pas flancher lorsque je la rencontrerai à nouveau. J'arrivai ainsi sur le quai, lieu de mort des pauvres enfants. Ce que j'espérais tant se produisit. Depuis quand attendait-elle là ? Venait-elle tous les jours depuis notre dernière rencontre ? Elle était là, assise sur notre banc. Je crois qu'elle pleurait. Lorsqu'elle m'entendit, elle sécha ses larmes et se tourna vers moi. Je pensais être prêt pour cette rencontre, mais pouvons-nous être prêt à pareille confrontation ? L'être humain ne peut être rassuré face à des faits qu'il ne comprend pas. Je sentais mon corps trembler. Rose afficha un sourire tellement sincère, qu'un vertige me fit perdre l'équilibre. Je me retins sur le tronc qui était à côté de moi. Mais, dans cette confusion qui m'envahissait, je me rappelais qu'il n'y avait pas d'arbre lorsque j'étais arrivé.

C'est alors que Rose passa du sourire à la surprise et se mit à courir vers moi. Je tournai la tête pour constater qu'Ernest était là et me soutenait. J'étais rassuré. Mais Rose cria et je protégeais mes oreilles. Ernest ne semblait pas effrayé par Rose, car il ne se doutait pas de ce qu'elle était vraiment. Tout alla si vite, et je ne réagissais plus correctement aux ordres de mon cerveau. Je remarquai simplement la lame brillante du couteau que tenait ce cher Ernest. Il me soutenait afin que mes jambes ne ploient pas sous le poids de mon corps que je sentais de plus en plus lourd. Rose n'avançait pas, mais nous approchions d'elle. Je ne sais plus comment, mais nous nous retrouvions face à face, à quelques centimètres l'un de l'autre. Je sentais cette odeur nauséabonde à nouveau. Ernest se cachait derrière moi, accroché à ma veste. Il était fier de moi. J'avais maintenant la lame dans ma main et je n'avais plus peur de Rose. C'était elle qui avait peur de moi. Elle n'avait en fait jamais bougé. Elle émit un simple « pourquoi ? » en guise d'adieu. Elle tenait ma veste et peu à peu lâcha prise. Sa bouche délivra un merveilleux coulis vermillon, avant que son corps ne chutât dans le fleuve.

Je me réveillai encore dans cette maudite alcôve, du sang partout sur mes vêtements. Mais je savais que cette fois-ci serait la dernière. Le couteau, plein de sang, était à côté de moi. La preuve de mon crime. J'eus de la peine à me lever, mais je parvins à retourner à l'hôtel. J'avais laissé ma chemise, seule touchée par le sang, dans les égouts pour ne pas attirer l'attention des agents. Je me dirigeais enfin vers la baignoire pour y rester autant de temps qu'il en faudrait pour me sentir réellement bien à nouveau. Je croyais avoir été amoureux et j'avais tué celle avec qui je pensais terminer ma vie. Soudain, une douleur me prit à la poitrine et tandis que je baignais dans une eau à peine chaude, je me mis à pleurer toutes les larmes de mon corps.

Le 15 juin 1889, tandis que l'exposition universelle de Paris durait encore longtemps, je ne souhaitais pas rester plus en ces lieux maudits pour moi à présent. J'aurais aimé revoir Ernest pour le remercier mais je ne savais pas comment le retrouver. Je me mis donc en route avec ces souvenirs qui hanteront sûrement toute ma vie. Rencontrer une créature aussi légendaire est terrifiant. Toutefois, pensant à l'issue de cette affaire, je ne pouvais empêcher un sentiment de fierté m'envahir. Mais celui-ci se mêlait au remord que j'éprouvais en pensant à ce que j'avais pu ressentir pour Rose. Mais elle m'avait manipulé. Tout cela était-il véritable ? Le remord laissa alors place à l'héroïsme. J'avais combattu une sirène. Je lui avais échappé et m'en étais sorti... presque indemne.

La traversée de la Manche fut à nouveau la scène de vomis et malaises de ma part. Je ne pus m'empêcher d'imaginer Rose venir m'aider avec son mouchoir. Je mis alors la main dans la poche de ma veste qui sentait encore l'égout, pour m'emparer du mien. Je découvris là deux morceaux de papier. Sur l'un était inscrit « Je veux fuir mais Ernest nous envoûte. William a tué ces enfants et le cocher mais il est innocent. Ernest nous tient prisonnier. Il a parlé de venger sa bien-aimée morte à cause du père de William. ». Un frisson m'envahit lorsque je reconnus l'écriture de Rose et cela devint des tremblements nerveux lorsque je finis la lecture de ce mot. Je pensais être enfin sorti de cet enfer et le voilà qui me poursuivait. Elle avait dû placer ce mot dans ma veste lorsque je la poignardai. Elle n'était donc pas cette sirène que je voulais qu'elle soit. Son emprise sur moi n'était donc que de l'amour ? Ce sentiment pouvait-il donc être si fort ? Tout me revint alors brutalement à l'esprit et je perdis tout repère. Pourtant, sur ces flots, je n'en avait déjà guère. Une succession de haut-le-cœurs amorcèrent une lourde chute. Étais-je maudit ? Je me mis à hurler des borborygmes et que je voulais mourir. Des membres de l'équipage vinrent alors à mon secours. Je pleurais tant que je n'entendais pas ce qu'ils me disaient. Je serrai mes poings, contenant les papiers, et je crois avoir frapper ces hommes qui me portaient secours. Mais personne ne pouvait désormais sauver mon âme. J'étais terrassé. Je l'avais tuée tuée tuée. Ernest s'était joué de nous.

« Pourquoi ? » : j'ai répété cette question de nombreuses fois par jour durant mon internement. J'ai écrit cette question de nombreuses fois durant mon internement. Heureusement, Anthéa Gladstone de l'institut Ashcroft a ouvert une aile d'assistance psychologique qui m'a accueilli et pris en charge. Aujourd'hui, je peux écrire ce rapport grâce à son travail pertinent qui m'a permis de mieux comprendre tout cela durant les mois qui ont suivi. J'ai également réussi à mieux résister au choc de la découverte de ce qui était écrit sur le second papier que je tenais ce jour-là. Ce mot était écrit de la main d'une autre personne, selon Anthéa. Je lui répondis que cela pouvait être, par conséquent, Ernest. Il m'avait lui aussi, tenu la veste lorsqu'il se cachait derrière moi. Elle mit plusieurs jours à me questionner avant de me montrer ce papier. Elle voulait s'assurer que je sois prêt. Alors, elle considéra que je pouvais accepter le message d'Ernest, plus long que celui de Rose :
« Cette Rose est une sirène. Elle sait que je le sais et veut ma mort. Elle nous manipule et a causé la mort de l'homme près du restaurant, des enfants et du cocher. Elle a également tué ton père. »

Je n'étais pas aussi prêt qu'elle l'espérait. Je m'effondrai aussitôt. La démence m'avait à nouveau envahit et il me fallu plusieurs mois encore pour calmer mes angoisses.

Je réalise que tout ce que je viens d'écrire peut me coûter la vie, car j'ai probablement tué tous ces gens. Pour ma défense, je pense avoir réellement été confronté à une sirène mais je ne sais pas encore qui de Rose ou Ernest est cette créature. J'espère qu'un enquêteur ouvrira ce dossier dans le but de résoudre cette affaire. Toutefois, Ernest est toujours en vie et me condamne à me méfier de notre prochaine rencontre. Je la crains et dors très mal. J'ai toujours besoin d'aide pour surmonter tout cela et je confie l'ensemble à notre psychologue Anthéa Gladstone.

Rapport terminé

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Dernière édition par krapox le Mer 24 Oct - 21:49 (2012); édité 3 fois
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MessagePosté le: Sam 30 Juin - 14:59 (2012)    Sujet du message: Publicité

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Loreena Ruin
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MessagePosté le: Mer 4 Juil - 10:12 (2012)    Sujet du message: Nouvelle Krapox première version. Répondre en citant

Correction sur document Word : http://www.sendspace.com/file/36p2f1

Sinon, je trouve le déroulement bien mené et intéressant, il y a du mystère, des situations étranges qui posent question sans donner trop de réponses, même si on commence déjà à faire de suppositions. C'est pas mal.


EDIT : je précise que j'ai mis en vert ce que j'ai modifié, souligné ce qui est à modifier, mis en jaune les répétitions, entre parenthèse les éléments inutiles selon moi et entre crochets mes remarques.
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MessagePosté le: Mer 4 Juil - 10:32 (2012)    Sujet du message: Nouvelle Krapox première version. Répondre en citant

Merci pour la correction et l'encouragement Wink
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Jackal
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MessagePosté le: Mer 4 Juil - 11:36 (2012)    Sujet du message: Nouvelle Krapox première version. Répondre en citant

Pour tout ce qui est un peu gênant dans les tournures de phrases, lisa, je le pense, à tout dit. Après, il faut voir comment va évoluer l'histoire.

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MessagePosté le: Dim 12 Aoû - 11:12 (2012)    Sujet du message: Nouvelle Krapox première version. Répondre en citant

Je suis désolé, Lisa, mais je me rends compte que je n'ai pas enregistré le documents avec tes corrections. J'espère que tu les as toujours quelque part dans ton ordinateur. Pourrais-tu me les redonner s'il te plait (puisque le lien est mort maintenant) ?
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Loreena Ruin
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MessagePosté le: Lun 13 Aoû - 10:02 (2012)    Sujet du message: Nouvelle Krapox première version. Répondre en citant

Désolée mais je n'ai pas gardé le fichier originel
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MessagePosté le: Lun 13 Aoû - 10:17 (2012)    Sujet du message: Nouvelle Krapox première version. Répondre en citant

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Loreena Ruin
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MessagePosté le: Lun 13 Aoû - 11:10 (2012)    Sujet du message: Nouvelle Krapox première version. Répondre en citant

Tu as de la chance en fait je l'ai encore. Je te l'envoie par mail.
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MessagePosté le: Lun 13 Aoû - 12:21 (2012)    Sujet du message: Nouvelle Krapox première version. Répondre en citant

YOUPI ! Merci !

Mais je n'ai rien reçu. As-tu le bon e-mail ?
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MessagePosté le: Dim 16 Sep - 20:39 (2012)    Sujet du message: Nouvelle Krapox première version. Répondre en citant

En cours d'écriture mais pas terminé, j'en suis désolé. Je vais tenter de le finir mardi (car demain sera encore chargé).
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MessagePosté le: Mer 19 Sep - 12:18 (2012)    Sujet du message: Nouvelle Krapox première version. Répondre en citant

Rapport terminé. Je ne me suis pas relu sur la fin. Mais j'ai un boulot à terminer urgemment donc je vous laisse juger de la nouvelle Smile

Un lien vers une version PDF : http://dl.free.fr/gCBQShKtj

La version word : http://dl.free.fr/m71eTzsjF
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Thomas_D
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MessagePosté le: Jeu 20 Sep - 17:16 (2012)    Sujet du message: Nouvelle Krapox première version. Répondre en citant

Je rends ma copie.

J'ai fait mes remarques et commentaires en couleur sur un fichier word : http://www.sendspace.com/file/zknhif
J'ai été très exigeant, tu verras.

Globalement, il y a beaucoup, beaucoup de travail.


Sur la forme, le style est parfois alambiqué. Tu dois viser la simplicité.
L'absence de dialogue fait que tout ça manque cruellement de relief.
Tu dois utiliser la mise en abîme que permet un récit en mode "journal"
Tu dois nous montrer les sentiments et les émotions, pas simplement les citer. C'est le "Show don't Tell"

Sur le fond, je n'adhère pas à l'intrigue. Il n'y a pas de fil narratif cohérent. Cette enquête n'est pas logique à de multiples points de vue : motivation, psychologie, faits. nJe ne détailles pas ici toutes les failles qui me semblent trop nombreuses et que je pointe dans le corps de texte.

Je pense qu'il faut donc revoir cette nouvelle en profondeur pour qu'elle devienne publiable.


L'histoire en elle-même, d'une sirène meurtrière nommée Ernest est en revanche une bonne idée, avec une vraie bonne fausse piste, mais le traitement est à revoir.


Au travail, donc.
Si mes commentaires ne te semblent pas clairs, n'hésite pas à m'en parler.


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krapox
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MessagePosté le: Mer 26 Sep - 00:02 (2012)    Sujet du message: Nouvelle Krapox première version. Répondre en citant

document téléchargé mais pas pris le temps de le lire encore. Ce sera fait dans la semaine. Merci pour ton travail (d'avance) !
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Jackal
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MessagePosté le: Lun 22 Oct - 10:33 (2012)    Sujet du message: Nouvelle Krapox première version. Répondre en citant

Chalut, Krapox. Il me faudrait une photo de ta trombine pour réaliser un portrait de William.
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Mon blog: http://jackalht.over-blog.com/


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MessagePosté le: Mar 23 Oct - 10:12 (2012)    Sujet du message: Nouvelle Krapox première version. Répondre en citant

Ah oui...
euh...
Ah j'en ai une sur le site de covoiturage ^^

http://www.sendspace.com/file/bvvch1

Je te la mets là, mais on ne voit pas vraiment mes petites barbiches de bouc Razz=
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 00:52 (2017)    Sujet du message: Nouvelle Krapox première version.

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