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Oxford, 1885
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Anthony D
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MessagePosté le: Mar 3 Juil - 22:37 (2012)    Sujet du message: Oxford, 1885 Répondre en citant

Eucharistie

— Non, je reste sur ma position. J'ai trouvé Kundry un peu faible.
— Largo, tu es toujours trop exigeant avec les femmes !
C'était un soir de 1885. Quelques amis et moi-même revenions de l'opéra ou s’était jouée une petite pièce ravissante, mais sans prétention. Je serais bien en peine, aujourd'hui, d'en donne seulement le titre. Du Gretry, peut être. Au fil des conversations, nous en étions revenus à parler de notre dernière grande aventure musicale en évoquant notre voyage à Bayreuth, pour aller voir jouer Parsifal, dernière œuvre de Richard Wagner. Une pure merveille musicale !
— Ce n'est pas de ma faute si Parsifal était parfait ! Et puis, tu exagères, je n'ai rien dit sur les filles fleurs qui étaient délicieuses. C'était de la très belle musique – du Wagner, excusez du peu ! Il faudra tout de même que je songe à me procurer la partition. En revanche... Le livret était un peu trop bigot à mon goût. J'ai préféré la tétralogie.
— Que veux-tu répondre à ça ? Dès qu'on commence à toucher à la Bible, tu n'es jamais content.
— Aiguise ton sens critique, mon bon Edward ! Ce n'est pas par ce qu'un sujet est religieux qu'on n'a pas le droit de le critiquer. J'affirme même qu'il est doublement condamnable s'il est religieux !
Mes compagnons décidèrent que la nuit était bien avancée et qu'il était temps de se coucher, aussi, nous nous séparâmes. Je n'étais pas fatigué pour ma part, et pris la décision d'aller boire un verre à la santé de l'opéra. Je me rendis dans une maison close, non loin de là, que j'avais l'habitude de fréquenter après les concerts. Bon nombre des auditeurs prenaient le même chemin. Les lupanars présentaient l'avantage non négligeable d'être ouverts jusqu'au matin, et je comptais bien m'y attarder.

Comme je passais les portes du bordel, de belles hôtesses vinrent m'accueillir à grands renforts de rires et de baisers. Elles me connaissaient comme un habitué. Ce soir, la tête pleine de musique, ma seule envie était de m'étaler dans un de leurs larges fauteuils avec une bouteille de vin - peut être deux – afin de rejouer Parsifal pour la centième fois dans le théâtre de mon cerveau.
A peine étais-je installé qu'une de mes amies, Lise, m'apportait le fruit de mon désir. C'était une femme charmante d'une quarantaine d'années, dont le sourire mutin et les cheveux poivre et sel promettaient une expérience qui ravissait la plupart des clients. En levant la bouteille à la lumière, j’appréciais : un sauternes. La dame me connaissait bien.
— Veux-tu la partager avec moi ?
— Ça aurait été avec plaisir, mais le baron Dopple va arriver d'un instant à l'autre. Et tu sais combien il est jaloux !
— Jaloux ? Cette excuse me paraît raisonnable, mais tu peux lui dire que s'il n'y a que ça, il peut bien nous rejoindre dans ta chambre, je n'en prendrai pas ombrage !
Partant d'un grand éclat de rire, elle me donna un coup d'éventail taquin avant de retourner se poster près de la porte. Le baron arriva quelques minutes plus tard. Je levai ma bouteille à son intention, mais il m'ignora délibérément. Cela me fit sourire. J'en avais l'habitude.

Le lieu était commun, mais ça m'était égal, je ne le fréquentais pas pour son originalité. Une sensualité ambiante épaississait l'air parfumé. Les femmes évoluaient avec grâce, subversives et magnifiques. La séduction de leurs mouvements me fascinait. Baudelaire parlait de « serpents qui dansent au bout d'un bâton ». Un homme de goût.
Perdu dans mes pensées, je ne vis pas le jeune garçon qui s'approchait de moi. Il devait avoir douze ans, tout au plus.
— Mais... Qu'est ce que tu fiches ici ?
— C'est m'sieur l'agent qui m'envoie, m'sieur.
Merde.
— M'sieur l'agent ? Un grand type assez gras avec plus beaucoup de cheveux et une grosse moustache rousse ?
— C'est ça.
— Est-ce qu'il tripotait sa montre quand il t'a envoyé ?
— Oui m'sieur.
Merde.
— Bon. Où est-il ?
— Dans la rue Saint-George, m'sieur.
— Très bien, tu peux filer.
— Il a dit que vous m'donneriez des sous, m'sieur ! ajouta-t-il rapidement et avec assurance.
J'entendais très distinctement des pièces tintinnabuler dans sa poche. Sans doute Blake l'avait-il déjà payé pour la course, mais pouvais-je lui tenir rigueur d'en vouloir un peu plus ? Escroquer les fortunés est une saine activité. Et de l'argent, il se trouve que je n'en manquais pas.
Je lui tendis un billet qu'il saisit avant de partir, craignant sans doute que je lui réclame la monnaie. Ce n'était pas plus mal, Caroline descendait les escaliers à ce moment même, complètement nue. Un peu de subversion ne fait de mal à personne, mais il vaut mieux épargner de grandir trop vite à ces têtes blondes. Encore que je fusse certain que ce petit garçon était tout sauf un enfant de chœur.
Cela faisait un mois que je travaillais pour la police d'Oxford. Cet emploi, je ne l'avais pas accepté de gaité de cœur, mais un congrès à Paris avait attiré tous les légistes hors de notre belle ville. Je n'avais reçu aucune invitation pour celui-ci à cause du caractère particulier de mes affiliations : Ashcroft évoluait en dehors des systèmes légaux. Je me retrouvais donc dernier légiste disponible dans la région, et la police requerrait mes services.
J'avais bien tenté de refuser, mais mes supérieurs à Ashcroft avaient à cœur d'entretenir les meilleurs relations possibles avec la brigade criminelle. Je considérais que me choisir pour une tâche touchant de près ou de loin à la diplomatie constituait une grave erreur de jugement. Mais pouvais-je refuser ?
Pressé d'en finir, je me levai vivement, mais chancelai. Au pied du canapé, gisaient deux bouteilles vides, et une troisième généreusement entamée. De trois vins différents, pour ne rien arranger. Respirant à grandes bouffées, je me redressai précautionneusement et sortis, non sans saluer les habitués que je connaissais bien, et les gagneuses encore présentes à cet étage.

La fraîcheur nocturne s'avéra salutaire, elle dissipait mon ivresse. J'apercevais une église, non loin de là, dont le clocher donnait l'heure, mais mon regard était trop flou pour que je parvienne à la lire. Je sortis ma montre-gousset et plissai les yeux pour la déchiffrer. Il était cinq heures bien passées. Il allait me falloir au moins dix minutes pour parvenir à destination.
Disons vingt.

*********

J'étais beaucoup plus lucide lorsque j'arrivai à destination. L'agent Blake trépignait, et se jeta sur moi pour me serrer sommairement la main. Dans son autre paume, il serrait la petite montre à gousset qu'il tenait de sa maman. Il la frottait sans arrêt sur son veston quand quelque chose l'agaçait, l'indisposait ou l'inquiétait. La pauvre montre accusait une pâtine qui lui donnait un air antique.
— C'est pas trop tôt ! J'espère que le gamin ne vous est pas tombé dessus à poil !
— Pas cette fois. Vous avez eu une bonne intuition en l'envoyant là-bas.
— Peuh ! Il faisait partie d'un petit groupe que j'ai envoyé dans tous les bordels. Vous étiez forcement dans l'un d'entre eux !
— Charmant.
— Au moins, vous n'êtes pas ivre.
— Pensez-donc.
Derrière-lui, gisait une femme. Je lui donnais trente ans, tout au plus. Elle portait des vêtements d'allure stricte. Tout le bas de ses robes baignait dans le sang. Je les soulevai, et constatai sans surprise qu'il lui manquait un large morceau de cuisse, soigneusement découpé à l'aide d'un objet tranchant. C'était le troisième cadavre présentant de telles mutilations que je découvrais depuis que je travaillais pour la police.
— Encore une ?
— Y a un fou qui traîne, je vous le dis, moi !
— Sans l'ombre d'un doute.
Il râla en regardant de près l'heure qu'il était sur sa montre fétiche pendant que je continuais d'examiner la blessure.
— Celle-là aussi, vous voulez l'embarquer avec vous ? demanda-t-il.
— Oui. Je suis plus à l'aise dans mon laboratoire à Ashcroft que dans vos locaux, monsieur Blake.
— Eh bien, je vous appelle quelqu'un pour la déplacer.
— Parfait.

*********

Je lançai avec rage mon scalpel au sol. Rien. Rien d'éloquent du moins, je commençais à me lasser de tous ces corps aux meurtrissures muettes. Comme à chaque fois, la victime était considérablement mutilée. La blessure à la cuisse, profonde et fatale n'était que la dernière d'une longue série. Sans aucun doute la pauvre femme avait-elle été torturée : les mutilations, nombreuses, s'étalaient sur plusieurs semaines. Ses seins avaient été sectionnés plusieurs jours auparavant, et d'autres morceaux lui manquaient en divers endroits ; des blessures mineures, en vérité, ce qui m'inclinait à penser que le meurtrier était une sorte de sadique. Ses orteils avaient tous été retirés, et sa main gauche était amputée de plusieurs doigts.
Le plus étrange demeurait que les corps ne présentaient aucun signe de lutte. La seule explication que j'envisageais était que les victimes étaient droguées, mais à quoi bon ? Un sadique pouvait-il prendre plaisir à torturer une femme inconsciente ? Cela n'avait pas de sens pour moi. Peut-être jouissait-t-il de la voir se réveiller plus mutilée qu'a son assoupissement ? Là, encore on aurait pu s'attendre à des éléments traduisant de la panique comme des ecchymoses aux poignets et aux chevilles si elle avait été ligotée. Hormi les blessures elles-mêmes, aucun élément n'indiquait que la victime ait souffert. Pourtant, la pauvre femme avait dû connaître un martyr épouvantable. C'était à n'y rien comprendre.
Je décidai d'une pause, cela faisait trois heures que j'étais penché sur ce corps à rechercher des éléments. Chaque découverte et chaque nouvelle hypothèse ne faisait que décupler mon malaise et mes doutes.
Les affaires de la jeune femme étaient posées sur mon bureau. Je m'y dirigeai pour les observer. Il y avait des vêtements, une bourse, et une canne, et aucune piste. Encore que… la canne attirait mon attention. Une canne similaire avait été retrouvée près de la troisième victime. Un meurtrier boiteux aurait pu l'oublier dans sa précipitation. Qu'il renouvelle cette maladresse me surprenait. La perfection des incisions témoignait d'une grande méthode.
Les incisions. Elles étaient admirables, mon œil de légiste ne pouvait que le reconnaître. Elles avaient été pratiquées par une main qui ne tremblait pas d'excitation, et ne manifestait aucune émotion. D'ordinaire, les déments découpent avec une rage fébrile, et une excitation aisée à deviner dans les plaies. Mais celles-ci étaient parfaites.

Je saisis un plane de Londres sur lequel étaient repérés les lieux où avaient été découverts les morts. Une idée me vint. Tous les corps avaient été trouvés dans la même zone. Certains tueurs obéissent à un schéma symbolique, et la localisation des corps peut alors donner des indices intéressants. A l'aide d'un crayon, je joignis les lieux de chacun des six meurtres.
Le résultat s'avéra édifiant.
Un pâté incompréhensible. Mauvaise piste. Je jetai la carte à terre, et cognai ma tête sur le bois froid de mon bureau, espérant me rafraîchir les idées. En vain.

Quelques coups frappés à ma porte me rappelèrent à la réalité. C'était un jeune policier à la glorieuse moustache et aux favoris arrogants. Il me tendit une grande enveloppe de papier kraft.
— Le dossier de madame Watson.
— Merci...
Je notai son trouble, malgré ses efforts pour le dissimuler. J'oubliais souvent que l'odeur pouvait être incommodante lorsque je travaillais.
— Voulez-vous entrer ? proposai-je avec un sourire en coin.
— Non ! J'ai du travail.
— Je comprends. Bonne journée.
— A vous aussi !
Sans un regard de plus, je fermai la porte et m'installai à ma table de travail. Comme toutes les autres victimes, madame Watson habitait Oxford. C'était une dame relativement aisée, or les autres victimes ne l'étaient pas forcément. J'échouais à trouver une corrélation qui me mènerait à un véritable indice.
Un détail, pourtant, attira mon attention. Son époux vivait encore.

*********

Il était trois heures de l'après midi alors que j'arrivais au logis des Watson. C'est une domestique qui vint m'ouvrir, une dame d'un certain âge qui ne devait pas en être à sa première génération de servitude.
Elle m'invita à m'installer au salon, puis m'annonça. La pièce était vaste et décorée avec goût. De nombreuses iconographies religieuses paraient les murs. Selon toute vraisemblance, je me trouvais chez des anglais très croyants. Le maître des lieux ne tarda pas à arriver. Il se déplaçait avec peine, et à l'aide d'une canne. Encore une. Je savais que le snobisme pousse parfois certains aristocrates à se munir de cannes. Mais la sienne semblait véritablement avoir pour objet de soutenir sa démarche difficile.
Sans me saluer, il s'adressa à moi, d'une voix forte et impérieuse.
— Monsieur j'ignore ce que vous voulez, mais les policiers sont déjà venus m'importuner ce matin. J'ai dit tout ce que j'avais à dire.
— Calmez-vous. Je ne suis pas policier.
— Dans ce cas, vous avez encore moins à faire ici. Sortez.
— Je suis détective privé, précisai-je. C'était un mensonge, mais il mettait souvent les gens en confiance : les institutions font peur, tandis que les indépendants semblent inoffensifs. Par leur incompétence, bien souvent.
— Cela m'est égal, allez vous-en.
— Vous ne pouvez pas laisser les questions concernant la mort de feu votre épouse sans réponses. De prochaines victimes pourraient venir, et votre témoignage m'aidera.
— Vous aidera à quoi ? J'ai déjà dit à la police que j'ignorais tout de cette histoire.
— La police manque de certains éléments dont je dispose, menti-je. Pouvons-nous nous asseoir ?
— Je préfère rester debout. Et vous partiez de toute manière.
J'observais sa posture. Il semblait en souffrance constante.
— Laissez-moi au moins vous montrer les photos des autres victimes. Pourriez-vous me dire si votre épouse les connaissait ?
— Je me suis déjà prêté à ce jeu avec la police. Mon épouse et moi ne fréquentions aucune de ces personnes.
— Je vois qu'ils ont bien travaillé. Laissons tomber les photos dans ce cas.
— Avons-nous terminé ?
— Non. Votre femme était-elle absente de la maison depuis longtemps ?
— Absente ? Mais de quoi parlez-vous ?! Elle est simplement sortie un soir, et n'est jamais revenue. Point finale. Maintenant, allez-vous-en !
Cette confession me stupéfia. Elle réfutait l'hypothèse de la séquestration, et rendait les mutilations plus inexplicables encore.
— Foutez-moi le camp !
Je n'eus pas le temps de protester que déjà la domestique me saisissait par le bras et me mettait à la porte. Elle était aussi robuste que j'étais chétif.
Retour à la case départ. Je décidai de comparer tous les cadavres une fois de plus.

*************

Face aux photographies des victimes, j'étais désemparé. Elles présentaient toutes les mêmes mutilations, mais aucun autre élément ne permettait d'établir une corrélation. Les seins des femmes et les pénis des hommes étaient amputés. Avais-je affaire à un maniaque sexuel ? Quand bien même, cela ne me donnait d'indices que sur les pulsions meurtrières, pas sur le meurtrier lui-même.
Les blessures étaient les seuls éléments concrets de mon enquête, avec l'intime conviction qu'elles étaient le centre de l'énigme. Leur nature avait quelque chose d'inhabituel. Similaires sur chaque victime, elles étaient pourtant légèrement différentes pour un œil expert, comme si la technique, toujours identique, était opérée par une main nouvelle. Des dépôts de rouille m'amenaient à penser que la même arme avait été utilisée. Peut être avais-je affaire à une bande organisée : la même arme, des méthodes identiques, mais jamais la même main.
De ma brève rencontre avec M. Watson, je retenais que les victimes n'étaient pas séquestrées. Les mutilations s'étalaient pourtant sur plusieurs semaines. L'écheveau demeurait indémêlable, cela avait le don de m'exaspérer. Fallait-il alors que les victimes partageassent le toit de leur bourreau ? Monsieur Watson ? Son comportement avait tout pour être suspect. Et il se déplaçait avec une canne !
J'exultai un court instant avant de sombrer dans la mélancolie. Le vieux Watson avait tout l'air d'être réellement diminué. Trop sans doute pour se laisser aller à oublier la canne qui l'aidait dans ses déplacements. Et puis, rien n'expliquait pourquoi les victimes semblaient n'avoir pas résisté à leur tourmenteur.

— Ces blessures n'ont pas pu apparaître d'elles-mêmes, bordel ! hurlai-je en donnant un grand coup de pied dans mon bureau.

Soudain, comme si le formuler à voix haute m'aidait à mettre le doigt sur ce qui dormait déjà dans mon esprit, je reportai mon attention sur les photographies des cadavres. Je les étalai devant moi pour les examiner à nouveau. Tous les éléments prenaient forme dans ma tête.
Leurs dos étaient intacts. Les mutilations commençaient au niveau des fesses. L'une des victimes, plus corpulente, portait des blessures différentes. La lumière se fit dans mon esprit.
Le meurtrier qui m’obsédait tant n’existait pas !
Incrédule, je me forçai à reprendre mon raisonnement, mais j'arrivai encore et encore à la même conclusion dérangeante : les victimes s'étaient mutilées elles-mêmes !
Cette terrible possibilité me laissa étourdi de longues secondes. Un peu hagard, je me tournai vers la dépouille de Mme Watson. Ses blessures prenaient un sens nouveau et morbide, même pour moi.
Il était nécessaire que je retourne chez la seule autre victime que je connaissais et qui était encore en vie.

**************************

De retour dans le salon de M. Watson, je grattais nerveusement mon bouc. L'homme ne pouvait pas ignorer l'automutilation de son épouse, et les amputations que j'avais observées chez lui m'incitaient à croire qu'il partageait la même sinistre habitude. La veille, j'avais été reçu de manière cavalière. La diplomatie ne m'avait été d'aucune utilité. Il m'allait falloir employer une autre méthode. Les iconographies religieuses me rappelèrent à certains aspects de la religion qui pourraient bien me servir. Un homme en colère est souvent bien plus bavard qu'un homme en pleine possession de ses moyens. Et il est facile d'énerver un croyant.
Enfin, il arriva.
— Ne vous ai-je pas dit que je ne voulais plus vous voir ici ?
— Vous avez été très explicite, monsieur. Mais de nouvelles informations me sont parvenues. Je suis au regret de vous annoncer que je soupçonne votre femme de s'être suicidée.
— Quoi ?! tonna-t-il.
Eut-il été en mesure de me courir après, je crois qu'il l'aurait fait. Son regard était plein de haine, et son corps tout entier bouillonnait du désir de me sauter à la gorge. Il poursuivit entre ses dents.
— Sachez, monsieur que ma femme était une bonne chrétienne ! Jamais elle ne se serait laissée aller à cette faiblesse ! Le suicide est du domaine du diable !
Touché.
— Ne vous énervez pas. Je ne pense pas qu'elle l'ait fait en pleine possession de ses moyens.
— Où s'arrêteront vos insultes ? Vous l'accusez d'avoir été inspirée par le démon ? Sortez de chez moi !
— Écoutez, pardonnez-moi, monsieur. Quand on travaille toute la journée avec des défunts, on oublie parfois la plus élémentaire des corrections.
— En ce cas, vous seriez bien inspiré de vous taire.
— En certaines occasions, le silence est un luxe qu'on ne peut se permettre. Dans le cas présent, il s'agit de ne pas laisser impunie la mort de votre femme.
— Vous perdez votre temps.
— Sans aucun doute, mais nous devons éviter que le cas se reproduise et que d'autre innocents soient tués.
— Les innocents ne craignent rien.
— Le jugement divin ne suffit pas toujours.
— Il n'est impuissant que lorsque c'est la loi des Hommes qui exige une sentence. Le cas échéant, il n'a pas lieu d'être.
— Qu'entendez-vous par là ?
— Êtes-vous croyant, monsieur Mesto ?
Question piège, l’expérience me l'avait souvent montré. Je jugeais bon de mentir, pour lui soutirer des informations.
— Naturellement. Il me serait intolérable d'enquêter sur tant de morts sans les imaginer dans un monde meilleur.
Quelle connerie. Mais visiblement, cela l'apaisa.
— Ma femme a été rappelée par Dieu. Elle a eu la plus belle mort dont on puisse rêver : elle est partie en paix avec sa foi. Ne perdez pas de temps avec cette affaire, vous ne trouverez rien. Cela dépasse les hommes.
— Je veux comprendre.
— C'est impossible, monsieur. Excusez-moi, mais je vais devoir vous demander de prendre congé. Je suis épuisé.
— Pourrai-je repasser vous voir?
— Ce sera inutile.
Il m'accompagna à la porte, et me serra la main. Il lui manquait un annulaire.
— Quelle église fréquentez-vous ? me demanda-t-il sur le pas de la porte.
— Saint John.
C'était un autre mensonge, naturellement, mais c'était la première église qui me vint à l'esprit.
—Des charlatans ! pesta-t-il. Allez à Sainte Mary, à deux pas d'ici. Elle est incomparablement meilleure, et les sermons du père Greenwald ne s’embarrassent pas de démagogie ! Le XXème siècle sera démoniaque, croyez m'en. Les serviteurs de Dieu eux-mêmes assouplissent leurs convictions. C'est intolérable.
— Je n'y manquerai pas. Merci, monsieur.
— Dieu vous garde.

C'était moins une. Encore cinq minutes, et j'allais lui envoyer sa canne dans les plus impies localités. Il y avait quelque chose de terrifiant dans sa foi. Ses yeux n'avaient cessé de briller depuis que nous avions abordé le sujet. Je connaissais mieux que personne le pouvoir dogmatique, mais son influence était différente sur Mr Watson. Il semblait provoquer chez lui quelque chose d'addictif.
Je me fis la promesse d'aller à son église, peut être y trouverai-je des éléments. Fallait-il que je veuille mettre un terme à cette affaire pour en arriver à songer assister à un office !

*********

Le bâtiment était modeste, mais magnifique. J'y arrivais à dix heures du matin, pour la messe. Mes dernières interactions avec le milieu religieux remontaient à loin, et elles avaient toujours été conflictuelles. Surmontant mon dégoût, je pénétrai la bâtisse, et me posai sur l'un des derniers bancs. Les dévôts se précipitèrent auprès de l'autel, ce qui me laissait tranquille au dernier rang. Cela me convenait très bien. Je pouvais ainsi observer à l'envie, voire m'assoupir, si le cœur m'en disait.
Je reconnus Monsieur Watson, dans les premiers rangs. Il ne me remarqua pas, trop absorbé qu'il était dans son missel.
Les chants débutèrent. Épouvantables et faux, naturellement. Le sermon du jour parlait d'alcool. Pour peu que je j’eusse cru en toutes ces sottises, j'aurais soupçonné le ciel de chercher à m'adresser un message.
Je pouvais toujours me rabattre sur l'architecture. Comme d'habitude, elle était splendide, c'était une église gothique de toute beauté, aux vitraux fins, et aux voûtes raffinées. Mon observation m'amena à remarquer l'emploi du temps de l'église affiché près de la porte. Un détail m'y frappa. J'y voyais l'horaire de la messe et les dates de célébrations exceptionnelles, comme c'était l'usage, mais surtout, je constatai que cette église célébrait mâtine. C'était extrêmement curieux. Non seulement, les moines seuls étaient supposés respecter la liturgie des heures, mais en plus, c'était la seule des célébrations canoniales qui semblait être observée ici. Je ne voyais nulle part mention de Laudes, Sexte, des Complies, ou des Vêpres. C'était louche.
Je me levai discrètement, et quittai l'église. Il n'était plus question que j'assiste à la totalité de cet office. Je savais déjà que j'allais devoir m'en coltiner un autre le soir même.
Mâtine avait lieu à quatre heures du matin. Il valait mieux que je dorme un peu.

*********

La nuit me tendait les bras. J’allais la passer dans une église, alors que j’avais passé celle de l’avant veille dans un bordel. L’ironie me plaisait.
J'ignorais si cette cérémonie se déroulerait comme des Mâtines ordinaires, mais j'avais pris mon vieux psautier. Les douloureux souvenirs des retraites que m'avaient imposées mes parents me promettaient un long moment d'ennui et de lecture de psaumes.
Les fidèles étaient peu nombreux, et je ne parvins pas à passer inaperçu. A l'évidence, ils se connaissaient tous. Je n'eus aucune difficulté à repérer M. Watson qui paradait comme un notable. Lorsqu'il remarqua ma présence, il prit congé de ses interlocuteurs, et vint à moi, un sourire radieux aux lèvres.
— Vous ici ! Comme je suis heureux que vous m'ayez entendu ! La nuit est un merveilleux temps de prière n'est ce pas ?
— A qui le dites-vous ! Quel meilleur moment pour sentir Dieu que dans les ténèbres.
— Quia tenebrae non obscurabuntur a te, et nox sicut dies illuminabitur : sicut tenebrae eius, ita et lumen eius .
—Livre des Psaumes. Belle référence.
— Approprié pour Mâtine ! Peu de gens viennent à une telle heure. Vous devez avoir une foi admirable et beaucoup aimer Dieu.
— Il sait tout le bien que je pense de lui.
Par bonheur, l'ironie n'est pas le fort des croyants. Il posa une main bienveillante sur mon épaule, et alla s'asseoir au premier rang. Je l'y suivis. S'il me fallait assister à un rite étrange, j'aimais autant être à côté de quelqu'un sur qui calquer mes gestes pour suivre les coutumes. Et si quelque chose de curieux devait se produire, le premier rang serait l'endroit idéal pour le voir.
L'office débuta.
Comme je m'y attendais, ce fut une longue lecture de psaumes. Quoi de mieux pour abrutir une foule ? Après un temps interminable, le prêtre coupa court aux lectures et s'adressa à nous. Il était extatique, et hurlait son prêche avec une force surnaturelle.
— Mes amis ! Dieu est cette nuit avec nous, comme chaque nuit. Nous guidant dans notre vie mortelle pour nous libérer de nos vices et de nos corps. Le seigneur soit avec vous !
Je m'apprêtais à répondre « et avec votre esprit » ainsi qu'on me l'avait appris étant enfant. Mais l'assemblée se tut, et je jugeais sage d'en faire de même. De toute évidence, on n'interrompait pas ce prêtre là. L'atmosphère était dense, on aurait pu saisir la dévotion à pleine main.
— Le corps est le siège du pêché. Plus vous vous approcherez de Dieu, et plus vous quitterez votre corps. Rappelez-vous que c'est par l'abandon physique le plus total, par la mort, que vous accédez enfin au ciel !
» Dieu est immatériel, nous devons prétendre à son absolue perfection, et nous détacher de nos enveloppes ! Rappelez-vous que le Christ a sacrifié son corps pour devenir pureté totale, et nous absoudre des pêchés de nos corps !
Tout son prêche était ennuyeux à mourir. Il n'était qu'accusations et invitations à la culpabilité, accusant tout un chacun d'avoir des papilles gustatives, des oreilles, un sexe, et un cerveau pour savoir comment en tirer profit. Il montait en intensité, suivi par des fidèles hypnotisés qui, se redressant presque sur leurs pieds, buvaient ses paroles comme le plus délicat des vins. Il émanait de lui quelque chose de terriblement convainquant. Il parlait d'une voix qui se frayait un chemin jusque dans les plus intimes recoins de ma conscience pour me toucher au mieux. Une voix qui voulait tout à la fois me sonder, me comprendre, et s'imposer.
Enfin, il saisit sur l'autel une large coupe, la leva vers la nef, et hurla avec plus de force et de dévotion que jamais :
— Cette nuit, comme chaque nuit, Dieu nous propose de communier ! Ceci est votre corps livré pour lui.
Il passa alors, en partant de mon rang, auprès des fidèles en leur tendant un couteau finement ouvragé. Je les vis alors, avec horreur, se mutiler pour offrir leur chair au prêtre. Je me réjouis d'être légiste, je crois que tout autre homme que moi, inaccoutumé aux cadavres et aux corps torturés, aurait pu défaillir.
M. Watson fut le plus généreux de tous. Saisissant le couteau, il sectionna les quelques doigts subsistants sur sa main gauche au dessus de la coupe, et les regarda y tomber avec satisfaction. Me tendant l'objet, il me parla avec tendresse.
— Soyez apaisé, mon ami. La première fois est toujours difficile, mais croyez moi, vous vous sentirez libéré du poids de votre corps après cela. Pour votre première fois, quelques gouttes de sang suffiront.

Je ne peux nier que j'avais peur. Tous ces gens autour de moi, tous ces adeptes fous, observaient ce rituel avec un abandon malsain. Les dévôts qui attendaient leur tour trépignaient d'impatience, ne pouvant attendre plus longtemps de se soustraire un peu plus à leur prison de chair.
J'étais terrifié.
Je jugeais plus sage de me prêter à leur horrible jeu, et entamai ma paume avec leur terrible lame, déjà gorgée du sang de tant de fidèles. Je serrai mon poing au dessus de la quête, et vit, rassuré, le prêtre passer à mon voisin. M. Watson, avec la fierté d'un père, posa sa main torturée sur ma cuisse, et me considéra avec bienveillance. Il se plaisait à se sentir responsable de mon initiation.
— Vous avez bien fait, mon ami. Comme j'aimerais être à votre place, et revivre la félicité que vous ressentez.

De félicité, je n'en ressentais aucune. J'étais horrifié. Mais il me fallait pourtant continuer de jouer mon rôle. C'est en me retenant avec peine de vomir, moins devant l'horreur de toutes ces mutilations physiques que de celle de ces déviances mentales, que je lui souris.
— Sed et si ambulavero in valle mortis non timebo malum quoniam tu mecum es virga tua et baculus tuus ipsa consolabuntur me , paraphrasais-je, citant le psaume de la vallée de la mort.
— Exactement.
Et il m'étreignit. Son sang coulait dans mon dos.

A la fin de cette sinistre communion, la messe était dite. Le prêtre s'éclipsa vers les sous-sols en empruntant un escalier proche de la nef. Je notais sa localisation. Nous partîmes chacun de notre côté, certains boitant plus que d'autre.
Lorsque je fus certain d'être hors de vue, je rendis à grands flots sur le pavé.

*********

Le lendemain, je me levais en début d'après midi. Les événements de la veille m'avaient laissé cauchemardeux mais j'étais résolu à mettre un terme à ces horreurs. Je ne peux nier que durant toute mon enquête, et en dépit de mes conclusions, j’espérais découvrir une origine surnaturelle aux mutilations des victimes. Mais l'éclatante évidence m'interdisait tout doute : cette horreur était humaine. L'esprit humain était il donc si faible ? Pouvait-il donc si facilement, pour la promesse d'un futur meilleur, d'une après-vie somptueuse, sacrifier son présent et sa santé ? Je me jurai d'en finir avec cette folie. Je devais m'adresser au prêtre.
Nous approchions de deux heures de l'après midi. C'était le moment d'agir. Peut être était-il temps, après toute ces années, d'aller faire un tour à confesse.

*********

L'église était toujours aussi belle, mais infiniment plus sinistre maintenant que je savais ce qu'elle cachait. Et le savais-je vraiment ?
Il n'y avait que peu de fidèles présents. Le croyant a beau avoir besoin de se confesser pour le salut de son âme, il lui semble toujours inadmissible d'aller le faire à l'heure d'une digestion bien méritée. L'église se remplirait sûrement en fin d'après midi.
Je pus immédiatement prendre place dans l'étroit confessionnal. J'attendis que le prêtre s’adresse à moi, puis me rappelai que c'était à moi d'ouvrir le dialogue. Toutes ces histoires de religion étaient toujours tellement ritualisées...
— Pardonnez moi, mon père, car j'ai pêché.
S'il y avait de la lassitude dans ma voix, elle était involontaire. Je le jure.
— En quoi avez vous pêché, mon fils ?
—Par où commencer ?
—Nous avons le temps.
—J'étais présent, hier.
—Je ne vois pas en quoi il s'agit d'un pêché.
—Je veux dire que j'étais présent à Mâtine.
— Oh. Eh bien ? Vous doutez, tout cela vous dépasse ? Si cela peut vous rassurer, mon fils, vous n'êtes pas le premier. Chaque fidèle ou presque est venu me voir le lendemain de son initiation. Certains ont pleuré. Le secret du confessionnal m'interdit de donner des noms.
C'était très curieux. Sa voix me semblait différente. Moins assurée, moins galvanisante. Je mis ceci sur le compte du cadre plus intime.
— Pourquoi un tel rituel ?
— Il s'agit de se débarrasser de son enveloppe corporelle. De refuser la chair, de... De préparer son esprit en douceur à l'après-vie en se séparant progressivement du corps. Voyez-vous ? Ainsi que je l'ai dit hier.
— Vous voulez dire qu'il faut rejeter le corps que Dieu lui-même nous a donné ?
— Comment ? Eh bien… Oui, en effet... Mais c'est pour notre salut.
— Au risque de mépriser sa création ?
— Ne dites pas n'importe quoi.
— Ou bien c'est un test, peut être ?
— Oui ! Exactement. C'est un test.
Cela n'avait aucun sens. Ce prêtre, si exalté et convaincant la veille, se révélait preque à court de mots face à moi, comme s'il peinait à habiter la fervente conviction qu'il avait affichée sans peine. Ce magistral meneur d'homme avait-il pu se changer, en une nuit, en un petit homme de foi ordinaire aux idées émasculées ? C'était comme si cet homme là était un autre.
— Pardonnez-moi, j'ai peur de ne pas comprendre.
— Vous n'en avez pas besoin, mon fils. Il vous suffit d'accepter Dieu dans votre cœur.
— Puis-je vous poser une question ?
— Bien entendu, mon fils.
— Qu'avez vous fait des… Des offrandes ?
Sa respiration changea. Il était mal à l'aise.
— Je ne comprends pas la question.
— Les morceaux de corps. Les abats. Appelez-les comme vous voulez.
— Cette question est obscène. Je refuse d'y répondre.
— Quel est l’intérêt de tout ceci ?
— C'est une eucharistie.
— Les jetez-vous ?
— Êtes-vous ici pour une confession, monsieur ?
— Oh, oui.
— Eh bien confessez-vous, qu'on en finisse !
— Je n'ai pas parlé de la mienne.
— C'est la seule qui sera donnée.
— Je ne suis plus certain que ce soit utile...
— Alors allez-vous en !
Je sortis du confessionnal et pris quelques minutes pour réfléchir au cas de ce prêtre. Il était maladroit et son assurance n'avait rien à voir avec celle que je croyais lui connaître. Mais c'est lorsque je l'avais interrogé sur les offrandes des fidèles qu'il avait eu l'air le plus troublé. Peut être était-il temps de s'intéresser à elles, plutôt qu'aux mutilations ? La conséquence promettait-elle plus de réponses que la cause ?
En quittant l'église, je vérifiai l'emploi du temps de la journée. Le prêtre serait vraisemblablement absent à partir de vingt-deux heures, et ne reviendrait que pour mâtine.
Il était temps de m’intéresser à ce fameux escalier.

*********

En retournant sur les lieux du crime, je songeais qu'il aurait sans doute été plus prudent d'attendre que le prêtre ne songea plus à moi, de me faire oublier de lui. Mais une fois la grande porte passée, je ne sentis pas sa présence, et supposai que je n'aurais pas à le craindre. Ce fût sans résistance que je me dirigeai vers la nef, avec la ferme intention d'aller voir où il entreposait ses sinistres offrandes.
Ma jeunesse agitée m'avait doté de quelques talents. J'étais un enfant turbulent, et mes enseignants aimaient beaucoup me confisquer mes jouets et mes livres les plus immoraux. Je n'oublierai jamais la tête de ma gouvernante lorsqu'elle trouva dans mes affaires La philosophie dans le boudoir. Pour ma part, j'aimais beaucoup aller les récupérer.
Je pris donc dans ma poche deux fils de fer que je glissai dans la serrure du sous-sol. C'était une porte vétuste qui ne tarda pas à céder. Sans aucun doute le propriétaire supposait que la transgression d'un interdit religieux constituait la plus solide des protections.
C'était sans compter sur l'impiété de votre serviteur.

La chaleur me frappa la première, lourde et animale. Puis je fus saisi par l'humidité du lieu. L'atmosphère était pesante. Au fur et à mesure que je m'enfonçais dans les escaliers, les murs suintaient d'un étrange et épais liquide, comme s'ils transpiraient. Descendant les dernières marches, j'arrivais dans la crypte. C'est alors que je le vis.
Les murs de la pièce étaient invisibles, cachés jusque dans ses moindres recoins par de glauques tentacules. Ils s’entrelaçaient autour des poutres et des parois, sans discontinuité, tant et si bien que je ne parvenais à déterminer le commencement du moindre d'entre eux. De manière irrégulière, surgissaient de ce lugubre imbroglio des yeux aux pupilles irrégulières.
Je demeurais sur l'ultime marche, refusant de poser mon pied sur le corps de la créature qui m'entourait. Je compris soudain la raison de ces étranges mucosités murales, et l'air étouffant lors de ma descente. L'intégralité de cette crypte respirait.
— J’espérais que tu viendrais, Largo.
Cette voix raisonnait directement dans ma tête. Je la reconnus tout de suite. C'était celle que j'avais entendue la veille, directement insinuée dans mon cerveau. Dans celui de tous les fidèles, sans aucun doute, y compris celui du prêtre. Je su alors la raison de son étrange charisme, et de la précision de ses paroles. On lui soufflait son texte.
— Je ne t'attendais pas si tôt. Tu es le premier à venir à moi sans dévotion. Es tu fier ?
Je restais sans voix.
— Tu peux me parler, Largo. J'ai lu dans ton esprit. Je te connais déjà.
— Tu es...
— Je suis ton Dieu. Celui sur lequel tu te poses tant de question depuis ton enfance.
— Comment es tu arrivé ici ?
— J'ai toujours été là. L'église s'est construite sur mes fondations.
— Alors comment se fait-il que nous ne te découvrions que maintenant ?
— Autrefois, les sacrifices étaient plus copieux. Les bûchers et les inquisitions nous promettaient de glorieux festins. Mais la foi s'est perdue et nous avons dû adapter notre appétit. Un peu de sang nous a longtemps suffit, nos prêtres y pourvoyaient. Pourtant, comme vous, nous grandissons. Les adultes ont plus d'appétit que les nourrissons. Et c'est le rôle des Hommes que de nourrir Dieu.
J'ignorais à quelle sorte de créature j'avais affaire. Ce monstre semblait dénué de corps. Il n'était que prolongation d'une base inexistante, que suite sans commencement. Ses tentacules émergeaient de nulle part, et se ventousaient fermement à tout ce qu'ils pouvaient atteindre. Ses yeux terribles m'échappaient toujours autant, ils bougeaient en tous sens, mais quelle que soit leur direction, leur étrange constitution faisait qu'ils demeuraient pointés sur moi, tout en scrutant partout ailleurs.
— Tu crois donc être un dieu ?
— Nous sommes Dieu. Nous avons dicté la Bible, la Torah, le Coran, et murmuré aux oracles. Tout ce que vous croyez, c'est à nous que vous le devez.
— A vous ?
— A toute notre espèce. Nous sommes Dieux. Le Dieu unique. Nous sommes légion.
Les membres étaient collés aux murs comme du lierre. Ils semblaient inoffensifs, et croissaient sur la surface sans autre possibilité de mouvement. Je devinais cette créature complètement impotente, asservie à sa propre ossature architecturale. Je pénétrais donc la crypte, et reprit.
— Et c'est par ce que tu ne peux pas bouger que tu passes par l’intermédiaire d'un prêtre ?
—Ton cerveau est inapte au moindre mouvement par lui-même. Il est pourtant le maître de tout ton corps. Trouves-tu anormal que ce soient tes jambes qui s’exécutent pour te déplacer, tes mains pour saisir, et tes yeux pour voir, alors que ton cerveau commande tout ?
— Mais mon cerveau ressent les douleurs de mes jambes, il appartient à mon corps, comme le reste. Mon cerveau n'est qu'un organe parmi d'autres, et même s'il est le seul à le savoir. Il ne tue personne.
— Nous n'avons jamais tué personne. Nous n'avions besoin que de petites parties.
— Mais ils en faisaient toujours plus pour te plaire.
— Nous ne sommes pas responsables de cela. Nous sommes Dieu. Il est normal que l'Homme veuille se faire aimer de Nous.
J'étais sidéré. Était il possible qu'à force de servir ce refrain aux humains depuis des siècles, cette créature soit parvenue à croire elle-même à sa propre divinité ?
— C'est donc toi qui a créé l'Homme ?
— Oui. Au sixième jour.
— Et le septième jour tu as lézardé. Oui, oui, je connais.
— Notre œuvre était grande.
— Ne le prends pas mal, mais tu t'es planté dans les grandes largeurs.
— Notre œuvre était grande.
— J'ai compris. Ce prêtre était donc tes mains.
— Et mes jambes, et ma bouche. Il était le seul à faire preuve d'une dévotion et d'une ouverture suffisante pour supporter de voir Dieu sous son véritable aspect.
— Dieu en monstre affreux et tentaculaire. Quelque chose d'immonde qui touche à tout, a mille yeux, mais n'est capable de rien sans l'humain et sa crédulité. Oui, ça semble crédible.
— Sans l'humain et sa foi.
— Si tu veux.
— Et te voilà. Tu es notre plus belle création, Largo.
— J'ignore si je dois goûter le compliment ou m'insurger de l'insulte.
— Tu penses, tu raisonnes, et tu comprends l'homme. Tu pourrais être notre plus parfait instrument, un instrument qui n'aurait pas besoin que nous soufflions sans cesse nos paroles aux fidèles. Un instrument qui saurait parler par lui-même, et convaincre sans notre aide.
— Tu voudrais te prélasser encore plus ?
— Nous sommes vieux et fatigué.
— Et qu'est ce qui te fait penser que je vais obéir ?
— Tu as soif d'apprendre. Et nous savons tout. Je sais tout. Nous sommes un, et je suis plusieurs. Toute notre race, partout dans le monde, est reliée à moi. Je suis omniscient.
— Tu sais tout de ce qu'il se passe dans les cryptes du monde entier… La belle affaire.
— Nous lisons dans les esprits de tous nos fidèles.
— La belle affaire ! Les esprits endoctrinés ne m’intéressent pas. Ils sont vides et ne savent que ce qu'on leur impose. J'aime les libre pensants.
— Tu ne peux pas me résister.
— Si.
— Tu ne peux pas nous résister. Personne ne le peut.
— Et pourtant.
Je m'approchai d'un mur, et saisis un tentacule. Tous les yeux de la pièce étaient braqués sur moi, j'en avais désormais la certitude, mais rien ne bougeait à l'exception de régulières contractions. Cette espèce parasitaire ne pouvait que croître, mais pas bouger. C'était un amas de nerfs sans muscles, un amas de chair sans os.
Je tirais violemment, et entendis la voix hurler dans ma tête. Ce réflexe, au moins, était propre à beaucoup d'espèces : la souffrance engendre le cri.
— Que fais-tu ! Nous sommes Dieu !
— Il est heureux que tu y croies. Parce que moi, je n'y crois pas. Et j'espère que tu crois autant en ton paradis, Dieu de pacotille, parce que tu es poussière, et tu retourneras à la poussière. Bientôt.
— Tu ne peux pas !
Je n'écoutais plus. Pourtant, la voix désincarnée continuait de hurler ses ordres de dévotion dans ma tête. Elle continuait alors que je remontais les escaliers. Elle continuait alors que je quittais l'église. Elle continuait alors que je dévalais les rues à en perdre haleine, un sentiment indicible de rage au ventre. J'avais le devoir de mettre un terme à cette folie, mais je n'en avais pas le pouvoir. Il m'allait falloir rejoindre les locaux d'Ashcroft et demander un ordre de décontamination. Je tournais longtemps dans les rues, désorienté que j'étais par la voix qui n'avait de cesse de vociférer dans mon esprit. Et elle continuait alors que je regagnais les locaux d'Ashcroft.
Elle continuait.

*********

— La destruction a été acceptée. C'est Lucius qui s'en chargera.
J'entendais Anthea, mais sa voix me semblait moins qu'un écho. Le dieu me parlait toujours, parasitaire, ventousé à mon esprit.
— Tu m'inquiètes, reprit-elle. Tu es l'ombre de toi-même depuis deux jours. Tu as pris dix ans... J'aimerais pouvoir t'aider.
— Ce sera vite terminé. Quand cela doit avoir lieu ?
— Dans deux jours.
— Demain !
—... Je vais tenter de faire en sorte qu'il en soit ainsi.
Je la regardais avec gratitude. Je savais qu'elle n'était pas habituée à me voir ainsi, que je l'avais plus volontiers accoutumée à mon cynisme, à des plaisanteries douteuses et à des remarques sarcastiques, mais elle faisait comme si de rien n'était, et s'abstenait de tout jugement. C'était une qualité que j'avais toujours apprécié, et qui participait à la grande amitié que j'avais pour elle.
Je n'avais pas dormi depuis la veille, et demeurait dans la bibliothèque de Ashcroft pour me soustraire à mon petit appartement. Il m’oppressait trop. La voix vociférait sans discontinuer depuis lors. La créature savait qu'elle allait mourir et elle refusait de partir seule. Elle voulait emporter mon âme, disait-elle, ma santé et mon esprit. Je craignais qu'elle n'y parvienne.
Elle était forte. Elle avait réussi à asservir des générations de fidèles, elle avait réussi à pousser des âmes faibles à lui offrir sacrifices sur sacrifices. Je n'étais qu'un homme au fond, et toute la cohérence de mon esprit, tout mon rationalisme, ne pouvait complètement me préserver d'elle. Elle avait fait le serment de m'emporter dans sa chute. Je craignais qu'elle n'y parvienne.
Anthea posa sa main sur mon épaule. Sa pression était réconfortante. Elle me rappelait à la terre, me sortait de mon esprit endolori, et m'imposait cette évidence : la voix dans ma tête était moins importante que la réalité qui m'entourait. Je devais me raccrocher à cela. Il en allait de moi.
— Merci, mon amie, soupirais-je en saisissant sa main. Merci...
— Attends... Tu n'as rien entendu ?
A la vérité, je n'étais pas très attentif au monde qui m'entourait, l'esprit trop encombré par les hurlements de la voix. Anthea, elle, s'était mise sur le qui vive. La porte de la pièce s'ouvrit alors avec fracas. Je me retournai vivement, et constatai que le prêtre se tenait dans son encadrement, fou de rage. Anthea s'interposa entre lui et moi. Elle le somma de ne pas s'approcher, mais il la frappa avec une imprévisible vivacité, l’expédiant au sol, et se jeta sur moi pour me plaquer contre la table ses mains serrées autour de mes poignets.
Ma collègue se releva et tenta de le saisir, mais il la repoussa sans peine, renforcé par l'ineffable puissance de la folie. J'étais terrifié. Je n'avais jamais été quelqu'un de particulièrement fort, et mon état de fatigue n'arrangeait rien. J'étais incapable de résister. Son regard me glaçait le sang, il ne désirait que ma mort, je le savais capable de me la donner. Il me semblait pourtant indispensable de garder un ascendant et de ne rien laisser paraître de ma terreur. Je me forçai à sourire.
— Eh bien, curé ? Ce sont des avances ?
— Chien d'impie !
— La vulgarité pendant l'amour ? J'aime bien.
— Je vais te tuer ! Je vais te tuer !
— Ah non, ce genre de pratique, je fais pas. C'est un peu trop...
Il lâcha mes poignets pour se saisir de ma gorge. Je ne pouvais pas lutter. Sa force dépassait la mienne.
Mon regard se brouillait. Toute contenance m'avait abandonné, je tentais de l'atteindre, de lui griffer le visage de la manière la plus pitoyable. Paniqué, mes gestes étaient désordonnées, et il esquivait sans mal mes piètres assauts.
Au moment où je sentis que j'allais basculer, j'entendis un grand choc, puis la pression se relâcha, et l'homme d'église s'affala sur moi. Derrière-lui, je distinguai Eckhart, un autre enquêteur d'Ashcroft, qui tenait encore entre ses mains les débris de la chaise qu'il venait de fracasser sur le crâne de mon agresseur. Anthea, haletante, se tenait à ses côtés. Elle allait bien. J'étais rassuré.

Ils m’aidèrent à me relever. Je tentai de les remercier, mais aucun son ne franchit ma gorge.

*********

Je passais les heures suivantes dans ma chambre, à tenter d'occuper mon esprit. La dernière chose que j'entendis de ce simulacre divin fut un hurlement épouvanté, qui priait. C'était la prière la plus étrange que j'avais jamais entendue, elle s'adressait à un être supérieur, à elle-même, à ses alter egos. Sans début ni fin, elle n'avait aucun sens. Comme toutes les prières, sans aucun doute. Mais vociférant dans ma tête, elle semblait aussi s’adresser à moi, et cela la rendait trop concrète. Elle était tout en douleur. Son incohérence la paraît de la plus sinistre réalité : celle de la souffrance.
Quelquefois, la nuit, je l'entends encore. Il est rare de recevoir la souffrance dans son essence la plus pure, avec une telle acuité, et ce au plus profond de soi-même. Peut être était-ce là ce que la créature avait voulu me transmettre avant de mourir, distiller en moi sa douleur en manière de vengeance. C'était un sinistre leg. Parfois, j'en pleure encore.
A la seconde où j'avais entrepris cette enquête, tous mes actes m'avaient conduit vers ce dénouement. J'avais pris les décisions nécessaires ; je savais qu'il était inutile de les regretter.

Mais j'étais là, avec la créature, bien malgré moi, tandis qu'elle hurlait dans son agonie. Mes mains pressées contre mes oreilles ne me protégeaient pas de ses hurlements et de sa frayeur indicible. Comment alors ne pas m'interroger sur le bien fondé de mes actes ? Le faux dieu répandait la mort pour se nourrir ; moi, j'étais celui qui avait décidé qu'il devait mourir pour la préservation de mes semblables.
Une question insensée, impossible s'imposait malgré moi.
Qui était le monstre ?
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MessagePosté le: Mar 3 Juil - 22:37 (2012)    Sujet du message: Publicité

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Loreena Ruin
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MessagePosté le: Mar 3 Juil - 23:01 (2012)    Sujet du message: Oxford, 1885 Répondre en citant

Bon, il y a encore des fautes d'orthographe, mais je ne les relèverai pas ce soir (peut-être quelqu'un d'autre aura t-il plus de courage que moi). J'aime vraiment beaucoup ta nouvelle et ce début est extrêmement prometteur. Mais je te l'ai déjà dit. Ton personnage et l'attitude des gens autour de lui sont très bien rendus, je trouve que c'est là la force de ton écriture.

"je reportai mon attention"
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MessagePosté le: Mar 3 Juil - 23:49 (2012)    Sujet du message: Oxford, 1885 Répondre en citant

[...]

Cela faisait un mois que je travaillais pour la police d'Oxford. Cet emploi, je ne l'avais pas accepté de gaité de cœur, mais un congrès à Paris avait attiré tous les légistes hors de notre belle ville. Je ne reçus aucune invitation pour icelui à cause du caractère particulier de mes affiliations : Ashcroft évoluait en dehors des sytèmes légaux. La conséquence directe fut que je me trouvai dernier légiste disponible dans la région, et la police requerrait mes services.
J'avais bien tenté de refuser. Mais mes supérieurs à Ashcroft insistèrent pour que j'accepte ce travail, estimant que cela pourrait aider à mettre fin à la querelle qui existait entre nos services et les leurs. Je considérais que me choisir pour une tâche touchant de près ou de loin à la diplomatie constituait une grave erreur de jugement. Mais pouvais-je refuser ?

[...]

*********

J'étais beaucoup plus lucide lorsque j'arrivai à destination. L'agent Johnson trépignait, et se jeta sur moi pour me serrer sommairement la main. Je sentis des résidus de tabac dans sa paume, sans doute parce qu'il y avait souvent tapé sa pipe cette dernière heure.

[...]

- Peuh ! Il faisait partie d'un petit groupe que j'ai envoyé dans tous les bordels. Vous étiez forcément dans l'un

[...]

C'était le troisième cadavre présentant de telles mutilations que je découvrais depuis que je travaillais pour la police.
« Encore une ?
- Y a un fou qui traîne, je vous le dis, moi !
- Sans l'ombre d'un doute. »
Il râla, et bourra sa pipe de tabac neuf, pendant que je continuais à (de?) regarder la blessure.

« Celle-là aussi, vous voulez l'embarquer avec vous , demanda-t-il ?
- Oui. Je préfère de loin mes bureaux à Ashcroft aux vôtres. J'y travaille mieux.

[...]

des blessures mineures, en vérité, ce qui m'inclinait à penser que le meurtrier était une sorte de sadique.

[...]

Ou bien jouissait-il de la voir se réveiller plus mutilée qu'a son assoupissement ? Là, encore on aurait pu s'attendre à des éléments traduisant de la panique comme des ecchymoses aux poignets et aux chevilles si elle avait été ligotée ou des traces de coups si elle s'était trouvée dans une pièce et avait tenté de s'échapper en cognant contre la porte.

[...]

Chaque découverte et chaque nouvelle hypothèse ne faisait que décupler mon malaise et mes doutes.
Les affaires de la jeune femme étaient posées sur mon bureau. Je m'y dirigeai pour les observer. Il y avait des vêtements, une bourse, et une canne. Rien qui puisse m'indiquer quoi que ce soit.
La canne, pourtant, me surprenait. Une autre des victimes possédait une canne, mais si l'assassin les enfermait, ce qui me semblait l'hypothèse la plus plausible, pourquoi une canne ? Ce fou oubliait-il sa canne sur la chaussé alors qu'il abandonnait les cadavres ? Cela me semblait improbable. La perfection des incisions témoignait d'une grande méthode, il ne pouvait se trahir de la sorte.
Les incisions. Elles étaient admirables, mon œil de légiste ne pouvait que le reconnaître. Elles avaient été pratiquées par une main qui ne tremblait pas d'excitation, et ne manifestait aucune émotion. D'ordinaire, les fous découpent avec une rage fébrile, et une excitation aisée à deviner dans les plaies. Mais celles-ci étaient parfaites.

[...]

Certains tueurs obéissent parfois à un schéma symbolique, et la localisation des corps peut donner des indices intéressants. A l'aide d'un crayon, je joignis les lieux de chacun des 6 meurtres.

[...]

Quelques coups frappés à ma porte me rappelèrent à la réalité. C'était un jeune policier à la glorieuse moustache et aux favoris arrogants. Il me tendit une grande enveloppe de craft.

[...]

Aucun élément de corrélation véritablement intéressant ne pouvait encore être mis en lumière.

[...]

« -Monsieur j'ignore ce que vous voulez, mais les policiers sont déjà venus m'importuner ce matin. J'ai dit tout ce que j'avais à dire.
-Calmez-vous. Je ne suis pas policier.
-Dans ce cas, vous avez encore moins à faire ici. Sortez.
-Je suis détective privé, précisai-je. C'était un mensonge, mais il mettait souvent les gens en confiance : les organismes font peur, tandis que les indépendants semblent souvent inoffensifs. Par leur incompétence, bien souvent.
-Cela m'est égal, allez vous-en.
-Vous ne pouvez pas laisser les questions concernant la mort de feue votre épouse sans réponses. De prochaines victimes pourraient venir, et votre témoignage m'aidera.
-Vous aidera à quoi ? J'ai déjà dit à la police que j'ignorais tout de cette histoire.
-La police manque de certains éléments dont je dispose, menti-je, pouvons-nous nous asseoir ?

[...]

«Laissez-moi au moins vous montrer les photos des autres victimes. Pourriez vous me dire si votre épouse les connaissait ?
-Je me suis déjà prêté à ce jeu avec la police. Mon épouse et moi ne fréquentions aucune de ces personnes.
-Je vois qu'ils ont bien travaillé. Laissons tomber les photos dans ce cas.
-Avons nous terminé ?
-Non. Votre femme était-elle absente de la maison depuis longtemps ?
-Absente ? Mais de quoi parlez-vous ? Elle ne l'a jamais été ! Elle est sortie un soir, et n'est jamais revenue. Point final. Maintenant, allez vous-en ! »

[...]

« Maintenant, foutez-moi le camp ! »

Je n'eus pas le temps de protester que sa domestique me saisit par le bras et me mit à la porte. Elle était aussi robuste que j'étais chétif, de toute évidence.
Retour à la case départ. Je décidai de comparer tous les cadavres une fois de plus. Un corps supplémentaire m'aiderait peut-être.

[...]


Des dépôts de rouille m'inclinaient à penser qu'il s'agissait toujours de la même arme. Peut être s'agissait il d'une bande organisée, la même arme, des méthodes identiques, mais jamais la même main.
Les victimes n'étaient pas séquestrées, c'est ce que je retirais de ma brève rencontre avec M. (Mr=anglais, et précédemment tu as utilisé Mme et non Mrs) Watson.

[...]

Restait que les victimes semblaient ne pas avoir lutté.

« Ces blessures n'ont pas pu apparaître d'elles-mêmes ! Hurlai-je en donnant un grand coup de pied dans mon bureau. »

Soudain, comme si le formuler à voix haute m'aidait à mettre le doigt sur ce qui dormait déjà dans mon esprit, je reportai mon attention sur les cadavres. Tous les éléments prenaient forme dans ma tête.
Je repris les photographies.
Les dos étaient intacts. Les mutilations commençaient au niveau des fesses. L'une des victimes, plus obèses, portait des blessures différentes. La lumière se fit dans mon esprit.
Ce meurtrier qui m’obsédait tant n’existait pas. Les victimes s'étaient toutes mutilées elles-mêmes.


Je suis super fan et très jaloux sinon. J'ai grand hâte de lire la suite.


Dernière édition par Felwynn le Mar 3 Juil - 23:54 (2012); édité 1 fois
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MessagePosté le: Mar 3 Juil - 23:52 (2012)    Sujet du message: Oxford, 1885 Répondre en citant

Il y a aussi des soucis dans ta ponctuation pour les dialogues, n'Anthony. Il faudrait qu'on décide une fois pour toute comment on présente et qu'on le fasse tous comme ça. Je connais deux solutions, personnellement :

" .....
— ....
— .... "

ou directement :

— ....
— ....
— ....

ce qui est certain par exemple c'est que pour :

"Ces blessures n'ont pas pu apparaître d'elles-mêmes ! Hurlai-je en donnant un grand coup de pied dans mon bureau."

il faudrait au minimum écrire, je pense :

"Ces blessures n'ont pas pu apparaître d'elles-mêmes !", hurlai-je en donnant un grand coup de pied dans mon bureau.

Voili voilou
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MessagePosté le: Mer 4 Juil - 08:45 (2012)    Sujet du message: Oxford, 1885 Répondre en citant

>_< Y a pas de quoi être jaloux ! J'ai vraiment HONTE de mon orthographe ! C'est lamentable qu'un amoureux de la langue française qui lit autant n'arrive toujours pas a saisir les arcanes de cet art ! T_T La littérature me hait autant que je l'adore !

Je vais corriger tout ça immédiatement dès que j'en aurai le temps. Merci pour votre patience et votre lecture ! Smile Je suis content que cela vous plaise malgré mes faiblesses françaises.
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MessagePosté le: Mer 4 Juil - 09:20 (2012)    Sujet du message: Oxford, 1885 Répondre en citant

Par contre j'ai l'impression que tu n'as pas tenu compte de mes remarques pour la première partie que j'avais lue, je suis déçue Sad
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MessagePosté le: Mer 4 Juil - 09:48 (2012)    Sujet du message: Oxford, 1885 Répondre en citant

Relis ce que je t'ai envoyé la première fois, et tu verra que si. En revanche, il y a certaines choses avec lesquels je n'étais pas d'accord, d'une part, et d'autre pour lesquelles uniquement souligner en jaune ne m'indique pas ce qui te déplaisait, d'autre part. Aussi n'ai-je peut-être pas toujours changer tout ce qui te déconvenait. Désolé madame... v_v
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MessagePosté le: Mer 4 Juil - 10:14 (2012)    Sujet du message: Oxford, 1885 Répondre en citant

Le icelui est resté, c'est ça que je vois :p et à peu près toutes les fautes que j'avais indiquées et que Luca a dû relever à nouveau ! En fait, quand tu ne voyais pas ce que je reprochais, c'était peut-être juste que le mot contenait une faute d'orthographe ou de conjugaison ><
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MessagePosté le: Mer 4 Juil - 10:28 (2012)    Sujet du message: Oxford, 1885 Répondre en citant

Bon ben pour le coup c'est réglé de ce côté puisque les mots sont précorrigés cette fois-ci.

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MessagePosté le: Mer 4 Juil - 13:25 (2012)    Sujet du message: Oxford, 1885 Répondre en citant

Je viens de terminer la lecture et ce n'est absolument pas le type de personnage que je m'attendais à trouver au sein de l'Institut.




Et c'est tant mieux. J'ai apprécié Largo, son parler, ses expression, sa manière d'être et de foncer quand une question lui ronge l'esprit. Je veux plus de Largo. Bien plus.


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MessagePosté le: Ven 6 Juil - 20:51 (2012)    Sujet du message: Oxford, 1885 Répondre en citant

Merci à tous pour votre aide et vos encouragements ! Smile J'ai corrigé ce qui pouvait l'être, j'espère que cela conviendra mieux !
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MessagePosté le: Mar 21 Aoû - 12:51 (2012)    Sujet du message: Oxford, 1885 Répondre en citant

Fin de la nouvelle postée ! Je suis à votre écoute pour toutes remarques, doléances, lettres d'insultes, bons pour une nuit d'amour. Very Happy
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MessagePosté le: Mar 21 Aoû - 13:00 (2012)    Sujet du message: Oxford, 1885 Répondre en citant

Le marathon de l'orthographe! Youpi! Very Happy

Je vais lire ça dès que possible et pour les corrections je prendrai des notes au fil de la lecture comme l'autre fois...


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Anthony D
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MessagePosté le: Mar 21 Aoû - 16:37 (2012)    Sujet du message: Oxford, 1885 Répondre en citant

Oui ben ça je sais, vous étiez prévenus, fallait pas me demander d'écrire une nouvelle ! >_<
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Anthony D
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MessagePosté le: Sam 1 Sep - 15:20 (2012)    Sujet du message: Oxford, 1885 Répondre en citant

Je viens de poster une version corrigée.

EDIT : HONTE A MOI ! Je viens de repérer au moins deux anachronismes. Je corrigerai ça sous peu !
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 07:20 (2017)    Sujet du message: Oxford, 1885

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