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Chalk Hills, Montgomery, Angleterre 1881
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Jackal
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MessagePosté le: Mar 3 Juil - 08:29 (2012)    Sujet du message: Chalk Hills, Montgomery, Angleterre 1881 Répondre en citant

En version word: http://www.sendspace.com/file/19z2kq




Pour les impatients:

Enracinés





Ce texte est extrait du journal de Lucius Ferguson et se trouve être en lien avec son rapport datant du 23 juin 1881.


Je n’ai plus pour habitude d’aborder les problèmes avec légèreté et détachement. Seulement, pour le cas qui nous occupe, j’ai voulu retrouver l’ancien moi, celui qui n’avait pas froid aux yeux, celui qui se riait bien de sa misérable vie. Mais l’affaire du jeune Baxter (cf : Dans la tête d’un ange) m’a profondément remuée et celle que je m’apprête à narrer n’est que ma seconde sur le terrain. Entre temps, j’ai passé des mois dans les bureaux de l’Institut, à servir de consultant pour certains de mes collègues ou à parfaire mes connaissances en matière d’occulte pour mieux appréhender les enquêtes futures. J’ai également passé de longs moments avec mon ami et confrère, Eckhart Bane. Nous avons longuement discuté de ce que j’avais vécu et ressentit au cours de l’affaire Baxter. Bane m’a étudié, cerné, compris, sans jamais sourciller lorsque je buttais sur un souvenir trop douloureux. Plus jamais je ne veux me sentir aussi mal quand je me retrouverai à nouveau confronté à ce genre de situation. C’est une chose que je dois garder à l’esprit, car en rejoignant Ashcroft, je me doutais bien que je devrais faire face à de telles horreurs. Un policier, lui-même, doit affronter des événements parfois durs et traumatisants. Mais rien de comparable avec ceux que vivent les enquêteurs d’Ashcroft. Pour ma part, il me faut garder le cap et tenir la mission qui m’est confiée: réunir les témoignages éventuels, inspecter, regrouper les faits et les preuves, les étudier, et surtout tâcher de rester en vie.
Par chance, l’été arrive et je me sens mieux. Les souvenirs ne s’effaceront jamais, je le sais, mais je me suis découvert depuis quelque temps comme une force nouvelle qui me pousse à aller de l’avant. Je suis encore certain que Bane n’est pas étranger à l’état dans lequel je me trouve au moment où l’agent Blake, de Scotland Yard, vient me voir en me demandant d’apporter mes lumières sur un cas de disparition d’un jeune homme en pleine forêt. Byron Blake est depuis longtemps au fait des choses qui se passent à l’Institut et il lui arrive souvent de faire appel à nos services. C’est un homme avisé qui ne recule devant rien pour mener à bien une enquête. Pas même lorsqu’il sait qu’il se heurte au monde dont l’Institut s’est fait une spécialité. Travailler avec lui est toujours intéressant. Malheureusement, cette fois-ci ce fera sans lui. Bien que l’idée de me suivre jusqu’au bout lui fait plaisir, sa hiérarchie le pousse à suivre une piste bien terre-à-terre.
Une fois le dossier en mains, mais surtout après sa lecture, je sens au plus profond de moi qu’est enfin venu le temps de sortir de la chaleur de la bibliothèque et du calme de la salle des archives pour m’attaquer à une enquête dans sa totalité et de façon concrète. Blake avait vu juste. Ce ne sera pas une partie de plaisir, mais je dois voir ça comme un véritable rite de passage. Je dois réussir à aller de l’avant. Je dois rejoindre le terrain.
Au pire, cette histoire s’avèrera n’être qu’une vaste escroquerie masquant un accident mortel ou je ne sais quelle autre fourberie visant à effrayer les curieux qui chercheront à connaître la vérité sur la disparition du jeune Gleason.


***


Les faits se sont produits le 16 Juin 1881, dans une forêt du Montgomery. Trois jeunes étudiants, Brett Yates, Ramos Clifton et Gavin Gleason, fils de bonnes familles, venant de la ville, sont partis ensemble dans l’idée de s’improviser chasseurs.
Armés de fusils et accompagnés de trois chiens chacun, ils passèrent une journée dans les bois à la recherche de proies potentielles. Ne trouvant rien sur quoi faire feu ils décidèrent de regagner au plus vite le village où ils avaient trouvé un toit pour la nuit. Inexpérimentés en matière d’orientation, ils se perdirent avec une facilité déconcertante tandis qu’un orage s’apprêtait à leur tomber dessus. C’est lorsque le soleil commença à se coucher et que l’orage s’abattit sur eux qu’ils trouvèrent une cabane perdue dans une petite clairière entourée d’arbres morts. Elle devait sans nul doute être un refuge pour les chasseurs habitués du coin.
Après avoir attaché les chiens dehors sous un préau couvrant quelques stères de bois, les trois amis décidèrent de profiter de cet abri et commencèrent à se servir dans un buffet plein de bouteilles d’alcool.
Vers cinq heures du matin heures du matin, les jeunes hommes, grisés, était toujours éveillés lorsqu’une plainte déchirante retentit au dehors de la maison. Une autre, suivit, douloureuse et brutale, puis une troisième, plus étouffée et mourant dans une sorte de couinement. Trois autres suivirent dans un crescendo d’une grande violence. Les chasseurs en herbes comprirent que quelque chose avait dû arriver aux chiens qu’ils avaient abandonnés à leur sort. Clifton pensa qu’un éclair qui avait dû frapper les bêtes, mais, d’après les dires de son ami Yates, aucune détonation ne s’était faite entendre à ce moment là. Ils sortirent pour voir ce qui se tramait, fusils en mains, doigts sur la détente et peur aux ventres. Ils commencèrent à faire le tour de la maison. Les gémissements étouffés d’un des chiens se fit alors entendre. Il venait de derrière la maison. Les gamins pressèrent alors le pas pour aller à son secours. Ils appelèrent l’animal pour susciter une réaction de sa part, mais n’eurent pour seule réponse qu’un ultime aboiement, coupé brusquement dans un gargouillis. Une fois arrivés derrière la bâtisse, les trois amis ne virent rien de l’animal qui, plus tôt, hurlait à la mort. Ils ne trouvèrent pas plus d’éléments expliquant la disparition de ses congénères. La pluie battante avait même probablement effacé toute trace d’un éventuel combat entre les chiens et une bête sauvage. La bête sauvage fut d’ailleurs la première chose à laquelle ont pensé les gamins. C’était pour eux l’évidence même et la pensée qu’un ours ou une meute de loups rôdait dans les parages les effrayait au plus haut point, ce qui les encouragea à rebrousser chemin et à retourner dans le refuge aussi vite que possible. Mais pas sans se montrer un minimum prudent, car si l’ « animal » se cache dans l’obscurité, l’idée d’une attaque surprise n’était pas à exclure. Ils firent alors le trajet à pas feutrés pour ne pas émettre le moindre son et de guetter tout bruit suspect pouvant trahir la présence d’un prédateur. Ils étaient presque arrivés à la porte d’entrée lorsque la chose se manifesta. Gleason, qui fermait la marche, s’était soudain mis à pousser un long hurlement. Quand Yates et Glifton tournèrent brusquement la tête vers leur ami, ils le virent être traîné sur le sol, vers l’arrière de la maison. Dans un dernier effort pour se retenir à une arête de la maison, ses doigts lâchèrent prise et il disparut derrière celle-ci, comme happé par la chose. Terrifiés au plus haut point, ses deux amis ne purent se résoudre à partir à sa recherche. Ils coururent vers l’entrée de la cabane quand quelque chose agrippa la cheville de Yates qui, pris de stupeur, tomba au sol. Quelque chose l’avait agrippé par le pied et cherchait à le tirer vers l’arrière de la maison. D’après Yates, la chose avait l’allure d’un très long serpent. Malgré la panique et l’affolement, le jeune homme parvint à viser avec son fusil et put se libérer après avoir tiré une cartouche sur la chose. Son camarade l’aida à se relever pour retrouver au plus vite l’intérieur sécurisant de la maison. Alors qu’ils rebroussaient chemin, le sol fut marqué d’un sillage qui suivait leurs déplacements, comme si leur assaillant se frayait un chemin sous la tourbe pour leur barrer le passage. Ils comprirent tous deux que regagner la maison serait peine perdue. Ils ouvrirent le feu sur la chose, mais rien n’y fit. Elle se déplaçait toujours en suivant leur parcours et lorsqu’ils furent à court de munitions, elle fondit droit sur eux. C’est avec toute la force de l’effroi que les deux compères prirent la fuite vers les bois. Ils puisèrent en eux une énergie insoupçonnée pour distancer la chose. Les éclairs éblouissants et providentiels, de plus en plus réguliers, leur révélaient le chemin, ainsi que certains obstacles à éviter.
La terreur poussa les deux fuyards à presser d’avantage leur course effrénée, lorsque le prédateur commença à pousser une série de râles inhumains. Ils entendirent également des bruits de branches brisées ainsi que des claquements puissants, comme des fouets frappant les troncs des arbres.
C’est après cinq longues minutes que les sons émis par ce qui les pourchassait cessèrent petit à petit. Apparemment, la furie de la chose avait ses limites.
Ils attendirent quelques instants que le calme se confirme avant de se remettre à courir sans s’arrêter jusqu’à leur arrivée au petit village où ils avaient trouvé logis la veille.
Trois heures plus tard, un contingent de policiers inspecta les alentours de la cabane sans trouver aucune trace du jeune Gleason ou des chiens.


***


Cela faisait une bonne dizaine d’année que le coin n’avait pas enregistré de disparition inexpliquée et voilà que deux citadins arrivent avec une histoire incroyable. La police pense à une attaque d’animal sauvage. Quant à ce qu’ont vu Clifton et Yates, l’abus de la boisson et le choc de l’attaque aurait, d’après la police, été à l’origine d’un délire de la part de Clifton et Yates. Mon cher ami Blake n’est pas convaincu par cette version. Il a fait parti de la seconde équipe d’inspection dépêchée par son supérieur, ami du père de Gavin Gleason. Sir John Gleason a fait pression sur ses contacts afin de tirer cette affaire au clair et il est à dire qu’il ne croit en aucun cas à l’attaque d’une bête mystérieuse. Blake, quant à lui, a vécu suffisamment de cas étranges pour se dire que celui-ci pourrait éveiller ma curiosité. Il va donc de soit que je prenne part aux recherches et que je poursuive ses investigations.

J’accepte le dossier.

Dans mes préparatifs, je demande à ce que deux membres d’Ashcroft viennent avec moi pour tirer quelques informations dans le village de Chalk Hills pendant que je cherchai d’éventuels indices sur les lieux-mêmes. J’aimerais qu’ils cherchent à savoir quand à été construit l’abri, par qui, combien de personnes ont disparu dans les environs et depuis quand. Au-delà de ça, j’aimerais aussi savoir si un jour, personne n’a jamais entendu parler, dans une légende quelconque, d’une créature qui enlèverait des gens une fois la nuit tombée. Le nuit est, je le pense, très importante. Dans le témoignage, il semblerait que la chose ait arrêté sa course au moment où le soleil commençait à poindre. Peut-être est-ce une créature proche d’un troll. Nous avons bien eu deux chasses aux trolls, mais elles ont eu lieu en Norvège (le nom de troll est un pis-aller puisque la seule relation entre les créatures rencontrées et celles du folklore norvégien est leur calcification totale au contact de la lumière).

Se présentent à moi deux amis : Jane Remington et Thomas Sammoth. Je sais qu’ils sont eux-mêmes chefs d’équipe, en général, mais pour cette première sortie depuis plusieurs mois, ils veulent garder un œil sur moi et je les en remercie.

Le 19 juin, nous partons pour Chalk Hills, petit village chaleureux et agréable. Le coin idéal pour vivre une vie paisible, loin des tourments de la cité et parfait pour fonder une famille. Le genre de coin pour lequel je n’ai absolument aucun goût. Pendant le voyage en voiture, Remington, Sammoth et moi discutons de l’affaire sous ses différents aspects et ses différentes implications en partant de différentes bases. Nous relisons les dépositions des jeunes hommes et cherchons une dernière fois un quelconque problème d’incohérence dans les faits relatés.
Notre travail relève beaucoup plus de l’observation et de l’étude que de l’action car, de toute évidence, ce sur quoi nous portons notre intérêt n’est en aucun cas explicable par notre science et nous sommes les premiers à y apporter un regard aussi neuf. Tout du moins à notre niveau de connaissance scientifique. Si nous étions connus du grand public, nous passerions pour des illuminés bons à enfermer. A une autre époque, nous aurions été brulés vifs.
Cette pensée me fait souvent sourire quand je me dis que, vu où nous en sommes de nos jours, il ne serait pas impossible que notre spécialité soit étudiée et maîtrisée durant le siècle à venir. Nous aurions été des précurseurs. Cette idée est une bonne motivation.
Mais elle a ses limites.
Je suis profondément inquiet, maintenant. Une image en tête me ramène à ma première affaire. Je réprime un haut le cœur causé par une crise d’angoisse. Jane le remarque et demande aussitôt au cocher de s’arrêter. Sammoth, qui voit à son tour dans quel état j’ai réussi à me mettre, ouvre la portière en hâte pour me laisser sortir du fiacre. Dans ma précipitation, je manque de chuter, mais je me rattrape rapidement au véhicule pour tenir debout. Mes deux collègues me rejoignent et me demande comment je me sens. Je leur avoue éprouver quelques difficultés à respirer, mais je les rassure également en leur disant que je ne vais pas tarder à me reprendre. Bien sûr ils savent pourquoi je vais aussi mal. Je ne peux pas nier que je cherche à me prouver quelque chose, et je ne peux pas non plus dire que je suis animé par le courage. A mes débuts en tant que détective j’ai souvent eu à côtoyer étroitement la mort et la folie humaine. Mais leur ancrage dans le concret et le « monde réel » ne m’ont jamais autant choqué que ce que j’ai pu découvrir avec l’Institut. Je dois me ressaisir ou je finirai au fond d’une bibliothèque. Je veux retrouver ma passion. Mon goût pour l’aventure.
Thomas me dis que nous ne sommes pas loin de Chalk Hills. Une heure à pied, tout au plus. Je lui réponds que s’il me propose de terminer le trajet à pieds, je ne dis pas non. Il donne alors une note au cocher avec l’adresse de l’hôtel où nous passerons notre séjour et nous reprenons notre chemin.
Marcher me fait du bien. Je me sens plus calme. Moins oppressé. Etre aux côtés de deux personnes qui me comprennent m’aide à aller mieux.

Nous arrivons enfin à destination. Ce que je peux dire, c’est que Chalk Hills est exactement comme je l’avais imaginé. Un bourg est magnifique entouré de cottages. Pour la plupart, des résidences d’été appartenant à de riches familles vivant dans les grandes villes. Certaines sont déjà présentes, mais d’autres devraient les rejoindre dans le mois à venir.
Nous rencontrons Blake à l’hôtel. Il m’attendait personnellement pour m’accompagner au refuge. Nous récapitulons rapidement les tâches de chacun. Sammoth s’occupera de la recherche de pistes dans les archives de la ville, Miss Remington mènera une enquête auprès des habitants tandis que je me rendrai à la cabane. Une fois cela fait, Blake et moi nous mettons en route pour la fameuse clairière.

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Jackal
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MessagePosté le: Jeu 5 Juil - 16:04 (2012)    Sujet du message: Chalk Hills, Montgomery, Angleterre 1881 Répondre en citant

Du coup, je suppose que je vais attendre pour publier la suite...
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MessagePosté le: Jeu 5 Juil - 17:46 (2012)    Sujet du message: Chalk Hills, Montgomery, Angleterre 1881 Répondre en citant

Bah en même temps je l'ai déjà lue non?

Je veux bien faire une relecture mais normalement je t'avais déjà dit ce que j'en pense depuis plutôt moult.
Allez, je relis ça ce soir. Entre la migraine et le prochain mal de dents Wink
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MessagePosté le: Ven 6 Juil - 10:08 (2012)    Sujet du message: Chalk Hills, Montgomery, Angleterre 1881 Répondre en citant

Moi j'attends d'avoir le temps de te faire une correction en long en large et en travers :p
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MessagePosté le: Ven 6 Juil - 18:46 (2012)    Sujet du message: Chalk Hills, Montgomery, Angleterre 1881 Répondre en citant

Bah j'ai fait des corrections, des recoupages, des modifs, etc... Puis bon, y a le scénar' et j'ignore si je t'en avais parlé.
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MessagePosté le: Sam 7 Juil - 09:09 (2012)    Sujet du message: Chalk Hills, Montgomery, Angleterre 1881 Répondre en citant

J'emporte ta nouvelle ce weekend, je fais les corrections et de les renvoie Lundi.
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MessagePosté le: Sam 7 Juil - 13:37 (2012)    Sujet du message: Chalk Hills, Montgomery, Angleterre 1881 Répondre en citant

Ca marchouille ^^
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Loreena Ruin
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MessagePosté le: Sam 14 Juil - 11:26 (2012)    Sujet du message: Chalk Hills, Montgomery, Angleterre 1881 Répondre en citant

Voici la première partie de la correction, vu que c'est long (six pages) je n'ai corrigé je crois que les 3 ou 4 premières pages. Je te le mets en lien : http://www.sendspace.com/file/tfum1e

Globalement, je trouve ça très bien, simplement, je pense que tout le passage où tu racontes ce qu'il s'est passé dans la forêt, tu devrais bien préciser que c'est le récit fait par les deux survivants à la police, sinon c'est un peu étrange.
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MessagePosté le: Jeu 19 Juil - 07:53 (2012)    Sujet du message: Chalk Hills, Montgomery, Angleterre 1881 Répondre en citant

Merci beaucoup Lisa. je m'y mets le plus vite possible.
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MessagePosté le: Sam 1 Sep - 15:47 (2012)    Sujet du message: Chalk Hills, Montgomery, Angleterre 1881 Répondre en citant

J'ai lu et commenté le texte sous version word.
Tu pourras la trouver là : http://www.sendspace.com/file/r0b0py
J'ai été sans pitié pour t'aider au mieux à améliorer le texte. Dans l'état actuel il a pas mal de problèmes :

- de rythme (et de concordance des temps)
et
- de focalisation (Lucius est quasiment absent du récit, sauf pour se plaindre).

Tu verras à la fin que je propose une solution qui permet de résoudre ces deux problèmes en revoyant la structure du début du récit.
N'hésite pas à me dire si je n'ai pas été clair dans mes commentaires.


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Jackal
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MessagePosté le: Sam 15 Sep - 23:59 (2012)    Sujet du message: Chalk Hills, Montgomery, Angleterre 1881 Répondre en citant

Pfiou... Bon, je suis pas en retard d'un jour, je suis techniquement en retard de presque une heure. Bon, je viens de finir cette réécriture (à l'origine, l'histoire dans la cabane ne comptait comme personnages que Lucius et le gamin, mais j'ai trouvé plus logique, vu sa situation que Lucius soit épaulé, ce qui change énormément de choses quant à sa façon de se comporter). Bon, sinon j'ai testé ce que ça donnait sur le recueil au bon format et ça fait 37 pages. Format A4, ça m'en fait une vingtaine.

Alors voilà le texte pas relu et pas corrigé, mais complet. Ca, c'est pour ceux qui n'ont pas peur de souffrir des yeux:

Enracinés








Ce texte est extrait du journal de Lucius Ferguson et se trouve être en lien avec son rapport datant du 24 juin 1881.





Notre monde regorge de légendes, de mythes et de mystères, c’est un fait. Seulement, si enquêter pour Ashcroft m’a bien appris une chose d’important, c’est que bon nombre de ces fables cachent de bien sombres vérités. Mais qu’en est-il pour ces êtres de l’ombre dont nous n’avons jamais entendu parler ?
Au fil des années, nous avons répertorié de nombreuses monstruosités cruelles et malveillantes dont personnes n’avaient jamais parlé auparavant. Nous sommes certains qu’elles sont aussi nombreuses qu’elles sont anciennes. Par conséquent, avoir jusque-là ignoré leur existence ne peut signifier qu’une seule chose : toute personne les ayant vues n’a jamais pu ou n’en jamais parlé.
De nos jours, l’esprit cartésien est la norme. Une norme que je trouve hypocrite, si vous me permettez le mot. Il n’y a qu’à faire le compte des personnes dites saines d’esprit qui vont prier à l’Eglise. Ils prient une chose dont ont leur a simplement parlé alors qu’ils ne peuvent croire à l’existence de choses bien plus terribles que le diable lui-même. Cela pousse malheureusement certaines personnes au silence lorsque le paranormal vient se heurter à ce semblant de stabilité sur laquelle leur vie était basée depuis leur plus jeune âge. Quant à ceux qui parlent de leurs expériences surréalistes, vous devinerez aisément qu’ils sont mis en marge de la société, car jugés déments ou fabulistes. C’est pour ces gens que l’Institut a vu le jour.
Deux jeunes hommes font parti de ces personnes qui ont pu parler. Par chance, il se trouva une oreille attentive pour les écouter et pour faire parvenir leur cas entre mes mains.

C’est en ce pluvieux matin du 19 juin 1881 que l’officier Byron Blake, de Scotland Yard, se rend aux bureaux de l’Institut Ashcroft pour me faire part d’une affaire des plus alarmantes. Blake est habitué à venir vers nous lorsqu’un cas requiert notre expérience. Il a lui-même dû faire face aux horreurs qui font notre spécialité avant de nous connaître et, par la suite, a collaborer sur quelques-unes des affaires enregistrées dans nos dossiers. Dossiers que je suis justement en train de reclasser lorsque Blake pénètre dans la salle des archives, qui, depuis quelques mois, est devenue mon antre.
- Bonjour Lucius. Pardonnez-moi pour le dérangement, mais on m’a dit que je pourrai vous trouvez ici. J’espère ne pas vous déranger en plein travail.
- Voyez-vous ça ? Ce bon vieux Byron. Comment vous portez-vous, mon cher ? Pas trop perdu dans la paperasserie ?
- Ne m’en parlez pas. Des meurtres, des disparitions, des vols. Elucider un cas est passionnant, mais une fois l’enquête close, il est toujours éreintant pour un homme de terrain de passer des heures le nez dans les papiers.
- Vous savez, quand on a vu ce que le monde peut nous montrer de pire, il est parfois plus agréable de se contenter d’aider à élucider les enquêtes aux archives. Je dois dire que cela me réussit plutôt bien pour le moment.
L’ironie de mes paroles a peut-être été trop accentuée par le ton de ma voix, si j’en crois le regard confus que me lance Blake.
- Je suis navré, Lucius. Je ne voulais pas remuer le couteau dans la plaie. Veuillez m’excuser.
- Mais je vous en prie, mon vieux. Ce n’est rien. Comme vous pouvez le constater, je vais on ne peut mieux.
Je mentais allègrement. Voilà des mois que je me cloitre au sous-sol de l’Institut au lieu de rejoindre mes collègues sur le terrain. Dans ma jeunesse, j’ai connu l’occulte et le surnaturel, mais ma première investigation en tant que membre officiel d’Ashcroft m’a laissé des séquelles psychiques irrémédiables. Je n’arrive toujours pas à me défaire de ses visions de cauchemars qu’a occasionnés mon enquête sur la disparition du jeune Baxter. Un cas dont l’horreur ne saurait encore être dépeinte aujourd’hui. Blake était au fait de ma condition et je voyais sur son visage qu’il sentait que ma réponse n’était pas sincère.
- Que puis-je pour vous, officier ?
- Ecoutez, je peux m’adresser à M. Bane, si vous préférez. Je ne voudrais pas vous gêner dans votre travail, d’autant plus que je ne suis pas sensé ma trouver ici.
- Mais non, voyons. Je suis toujours ravi de venir à un ami. Je crois deviner que vos supérieurs ne veulent pas entendre parler d’un de leurs meilleurs agents venant demander assistance à une bande de « dégénérés » si je me souviens du terme employé par votre capitaine.
- Vous avez mis le doigt dessus, mon cher Lucius. Très bien.
Il marque une légère pose.
- Voilà: il y a trois jours, le fils d’un notable londonien a disparu il y a de cela deux nuits dans une forêt du Montgomery. Lui et deux de ses amis s’y étaient rendu pour faire une partie de chasse. Quelque chose les a attaqué. Ils n’ont pas pu décrire clairement cette chose, mais bien que tout le monde se borne à penser à une attaque d’une bête des bois, je persiste à croire qu’ils ont été confrontés à bien pire.
- Et vous voudriez que je retrouve un cas similaire dans nos dossiers. Je vois. Vous avez le rapport sur vous ?
Je lui prends la pochette qu’il me tend et en lit le contenu. Le rapport a été rédigé d’après les témoignages de Brett Yates et de son ami Ramos Clifton.

Les faits se sont produits le 16 Juin, dans une forêt du Montgomery. Trois jeunes étudiants, Yates, Clifton et leur camarade Gavin Gleason, fils de bonnes familles londoniennes, partirent ensemble dans l’idée de s’improviser chasseurs. Ils étaient tous trois armés de fusils et accompagnés de trois chiens chacun. Après une journée infructueuse ils décidèrent de regagner au plus vite le village où ils avaient trouvé un toit pour la nuit. Seulement, ils s’égarèrent très vite dans les bois. C’est sous la pluie et l’orage qu’ils poursuivirent leur chemin à travers les arbres et qu’ils finirent par découvrir une petite clairière entourée d’arbres morts, et au milieu de laquelle se trouvait une cabane. Sans doute était-ce un refuge de chasseurs.
Ils y entrèrent après avoir pris soin d’attacher les chiens à l’extérieur sous un préau couvrant quelques stères de bois.
A l’intérieur se trouvait tout pour le confort des chasseurs, y compris de nombreuses bouteilles d’alcool dont ils profitèrent plus que de raison.
Dans les environs de cinq heures et demi du matin, les jeunes hommes, grisés, était toujours éveillés lorsqu’ils entendirent aboyer leurs chiens qui furent brutalement réduits au silence après ce que les deux jeunes hommes ont décri comme un lourd et violent claquement de fouet. Armés de leurs fusils, ils sortirent pour voir ce qui se tramait. Ils commencèrent à faire le tour de la maison. Les gémissements étouffés d’un des chiens se fit alors entendre. Il venait de derrière la maison. Ils appelèrent l’animal pour susciter une réaction de sa part, mais n’eurent pour seule réponse qu’un ultime aboiement étouffé, coupé brusquement dans un « gargouillis ». Une fois arrivés derrière la bâtisse, les trois amis ne virent nulle trace de l’animal. Ils ne trouvèrent pas plus d’éléments expliquant la disparition de ses congénères. Yates proposa à ses amis de vite retourner à l’intérieur au cas où les chiens auraient été attaqués par une bête sauvage rôdant toujours dans les parages. Ils étaient presque arrivés à la porte d’entrée quand Gleason, qui fermait la marche, poussa soudain un hurlement. Quand Yates et Clifton se retournèrent, ils aperçurent leur ami être emporté derrière la cabane. Ils n’ont pas pu dire ce qu’était cette chose, malheureusement. Terrifiés au plus haut point, ses deux amis ne purent se résoudre à partir à sa recherche. Ils coururent vers l’entrée de la cabane quand quelque chose agrippa la cheville de Yates. D’après Yates, la chose avait l’allure d’un très long serpent. Malgré la panique, le jeune homme parvint à viser avec son fusil et put se libérer après avoir tiré une cartouche sur la chose. Son camarade l’aida à se relever pour l’entraîner dans la cabane. Ils étaient à une courte distance de la porte quand la « chose » leur aurait barré le chemin en jaillissant du sol. Les deux garçons ouvrirent le feu sur elle. La bête qu’ils n’ont pu voir perceptiblement poussa un cri que Clifton avait comparé à une « parodie dénaturée et obscène d’un cri humain ». La peur les contraignit à prendre la fuite à travers les bois. Pendant leur course, ils pouvaient entendre leur assaillant les poursuivre. Clifton a parlé de bruits de branches brisées ainsi que des claquements puissants, comme si quelqu’un fouettait les arbres en même temps qu’il se frayait un chemin dans la végétation. C’est après, approximativement, cinq minutes que les sons émis par ce qui les pourchassait cessèrent petit à petit. Ils attendirent quelques instants que le calme se confirme avant de courir à nouveau sans s’arrêter jusqu’à leur arrivée au petit village où ils avaient trouvé logis la veille.
Trois heures plus tard, un contingent de policiers inspectait les alentours de la cabane sans trouver aucune trace du jeune Gleason ou des chiens.

- Je suppose, mon cher Blake, que vous voudriez que je découvre si des cas similaires ont été répertoriés ici.
- Vous n’êtes pas plus intrigué que ça ?
- Ce serait vous mentir si je vous répondais « oui», mais bon, vous aider est tout de même la moindre des choses que je puisse faire. De votre côté, vous n’avez rien trouvé de significatif dans les dossiers de la police locale?
- Si, nous avons une dizaine de disparitions enregistrées entre 1862 et 1871. Depuis, le coin est resté tranquille. Mais jamais aucun des disparus n’a été retrouvé, vivant ou mort. Ils se sont tout simplement évaporés dans la nature. Mais jamais rien n’a été rapporté à propos de cette créature jusqu’à maintenant.
- Et vous penser que les affaires se recoupent ? Je vois. Bon, voyons ce que nous avons par chez nous. Joignez-vous à moi, cher ami.

Six heures. Il nous a fallu en tout Six heures pour parcourir l’intégralité des fichiers utiles et pour faire chou blanc. Les fameuses disparitions semblent n’avoir jamais attiré la curiosité de l’institut, les seules créatures à tentacules relevées dans nos dossiers sont essentiellement aquatiques et les fouisseuses n’ont pas de tentacules ou de queue ou de membres faisant office de « fouet ». Blake me tend le dernier dossier qu’il y avait à lire. Je le range dans son casier et referme le tout.
- J’en ai assez lu comme ça, mon vieux. De toute évidence, soit ces étudiants ont été agressés par un fou dangereux qui aurait repris du service après des années, soit il y a sur les lieux.
- Merci bien pour votre aide, Lucius. En tout cas, une patrouille reste sur les lieux le temps que je suis ici. Si le coupable humain tout ce qu’il y a de plus normal, soit il a une planque dans les bois, soit nous le trouverons à Chalk Hills ou dans un des villages les plus proches. Merci de votre aide, mon ami.
- Navré de ne pouvoir en faire plus.
Quelqu’un frappe à la porte et l’ouvre. C’est Eckhart Bane. Il a l’air éreinté. Je crois qu’il n’a pas fermé l’œil de la nuit.
-Messieurs, bonjour. Pardonnez cette intrusion pendant vos recherches.
Il vient nous serrer la main, tire une des chaises de mon bureau, s’y installe et nous fait signe de nous joindre à lui. Trop heureux de pouvoir enfin nous reposer, nous ne faisons pas prier.
- Blake, on vient de m’apprendre que vous requérez l’aide de nos services. Seulement, je suis au regret de vous dire que nous sommes actuellement en sous-effectif. Deux de nos membres se sont évaporé dans la nature il y a un mois, quatre ont plié bagages au cours des dernières semaines et les derniers à travailler parmi nous sont soit en mission, soit… convalescents. Je suis moi-même sur un cas épineux. Cependant, il reste Thomas Sammoth qui travail actuellement sur un cas qui, je le pense, peut souffrir d’une petite parenthèse.
- C’est très aimable à vous, Bane, mais je ne suis pas venu pour perturber les travaux de vos collègues.
- Ecoutez, Blake, en tant que bon ami de Sammoth, faites-moi confiance, je suis certain qu’il sera plus que ravi de revoir la lumière du jour le temps de l’enquête.
- Je suis navré, mais je ne voudrais pas le faire se déplacer s’il doit se retrouver seul. Mes supérieurs exigent que je leur transmette mon rapport au plus vite, alors c’est au plus vite que je dois repartir. Une fois sur place, il m’est ordonné que j’enquête dans les bourgs entourant la forêt. Mon équipe a donc beaucoup de pain sur la planche et doit agir rapidement.
Bane semble réfléchir, mais j’ai plus le sentiment qu’il le fait pour mettre les formes à ce qu’il se prépare à annoncer.
- Blake, allez retrouver Sammoth au laboratoire. Dites-lui que vous serez trois.
Blake parait surpris.
Je le suis beaucoup moins.
- Dites-lui aussi de préparer une voiture pour demain matin.
Je sers les mâchoires tandis que je regarde Blake me lancer un regard interloqué. D’un geste de la main, Bane l’invite élégamment à quitter la pièce.
- Le laboratoire, mon cher Blake, rappelle-t-il avec un sourire confiant.
Blake s’exécute et nous laisse, Bane et moi, seuls.
- Vous ne manquez pas de culot, Eckhart, dis-je, la voix refreinant un accès de colère.
- Pourquoi ne pas avoir manifesté votre mécontentement ? Blake aurait pris parti pour vous et je n’aurais pas insisté. Vous pouviez, mais vous ne l’aviez pas fait. Pourquoi ?
- Vous n’aviez pas le droit. Voilà qui est bien bas de votre part.
- Non. C’est comme ça que vous fonctionnez. Vous n’aimez pas abandonner vos amis. C’est comme en période de guerre. Ceux qui ne désertent pas alors qu’ils ne savent plus pourquoi ils se battent restent pour continuer la lutte auprès de leurs camarades. De Graves, Blake, Sammoth, moi. Nous sommes vos frères d’armes. Je ne veux pas vous voir dépérir comme j’en ai vu d’autres le faire. J’ai foi en vous, Lucius. Je suis navré que votre première mission au sein de l’institut vous ait tant affecté. C’est affreux ce qui est arrivé à ce petit garçon et j’ignore tout ce que vous avez pu voir, mais nous avons tous vécu, ici, un jour, une épreuve traumatisante.
Les yeux rivés sur mes mains jointes et serrées, je me remémore tout ce qui s’est passé il y a des mois. Je repense à toutes ces discussions que nous avons eues avec Bane. Il ne m’a jamais laissé tomber. Mais il ne m’avait encore jamais brusqué.
- Et si les choses tournaient mal à nouveau. S’il s’avérait encore que les choses tournent mal ?
- Vous ne serez pas seul, Lucius. On ne vous laissera pas seul. Vous avez déjà vu ce dont l’homme était capable bien avant de nous rejoindre. Quand nous nous sommes rencontré, je me rappelle comment vous avez surmonté la découverte du surnaturel. Comment vous avez accepté le fait que notre monde n’était pas que science et pensée cartésienne. Tout cela est la réalité. Et je ne pensais que j’aurais un jour à vous le rappeler. Vous êtes un bon enquêteur et vous avez ce qu’il faut pour le rester. Ne gâchez pas votre talent. Nous avons besoin que vous vous joignez à nouveau à nous.
Quoi que je puisse dire, je sais que dorénavant, Bane ne cessera pas de revenir à la charge avec toujours plus d’argument. Ca n’en finira jamais. Je pourrais tout aussi bien me contenter de me lever, quitter la pièce et récupérer mes effets personnels et ne jamais revenir, mais quelque chose m’en empêche.
Bane croise les bras, me faisant comprendre qu’il attend une réponse. Dans ma tête, c’est la torture. Je suis tiraillé entre mon envie de retrouver mon ancienne force de caractère et la peur de revivre les événements de l’affaire Baxter.
Tout est une question de décision. Quelqu’elle soit, les conséquences seraient désastreuses. Mais je m’étais un jour promis de ne pas céder à la terreur. Quel échec. Mais tout au fond de moi, je sais que si je ne fais rien, je demeurerai à jamais dans le cloisonnement de ces murs. Et si la fin de la réclusion était venue ? Je dois me lancer.
- Eckhart. Je crois pouvoir dire qu’il y a peu d’amis en ce monde qui méritent qu’on se batte pour eux. Je vais au laboratoire retrouver Sammoth et Blake, dis-je, un fond de résignation dans la voix.

***

Le matin du 19 juin, Blake, Sammoth et moi chargeons nos affaire dans la voiture qui nous emmenera à Chalk Hills.
Je n’ai pas dormi de la nuit. L’angoisse m’a retourné les sangs et mon cœur avait tambouriné comme une machine infernale dans ma poitrine. Seul dans ma chambre, j’ai retourné cent fois dans ma tête les raisons qui m’ont poussé à accepter de partir. Mais j’ai promis à Bane de tenir et je me tiendrais à cette promesse.
- Je suis ravi de vous voir à nouveau sur pied, Lucius, me dit Sammoth en prenant ma valise des mains pour l’installer dans le fiacre. C’est important pour moi de vous savoir prêt à reprendre du service.
Bien que peu convaincu, je rétorque une réponse qui aurait pu paraître amusée si mon visage ne trahissait pas une certaine anxiété.
- J’aurais été un bien piètre ami si nos funérailles n’avaient pas lieu le même jour.
Sammoth rit de bon cœur et me gratifia d’une grande tape sur l’épaule.
- Vous assisterez aux miennes bien avant d’avoir l’âge de vous inquiéter de la visite de la Faucheuse, mon vieux.
Je ne peux m’empêcher d’étirer, bien malgré moi, un large sourire. L’humour fraternel. Voilà quelque chose qui m’avait manqué. C’est important pour moi sur le terrain. Tout du moins, ça l’était.
Nous nous installons dans la voiture, suivis de Blake qui adressait ses remerciements à Bane. « N’oubliez pas que notre cause est juste » m’avait-il dit, la veille au soir. Je tâcherai de garder ça en tête quand un monstre se jettera sur moi pour dévorer mes entrailles.
Nous voilà partis pour Chalk Hills, petit village chaleureux et agréable. Apparemment le coin idéal pour vivre une vie paisible, loin des tourments de la cité, et parfait pour fonder une famille. Le genre de coin pour lequel je n’ai absolument aucun goût. Pendant le voyage, Blake, Sammoth et moi discutons de l’affaire sous ses différents aspects et ses différentes implications en partant de différentes bases. Si c’est une hallucination, comment Clifton et Yates ont-ils pu avoir la même ? Ont-ils mentis pour couvrir, de manière aussi imbécile, la mort de leur ami ? Ne serait-ce qu’un simple cannular parmi tant d’autres ? Existe-t-il réellement une telle créature dans les bois du Montgomery ? Nous relisons les dépositions des jeunes hommes et cherchons une dernière fois une incohérence dans les témoignages des deux étudiants.
Alors que je termine une troisième fois la lecture du rapport, Sammoth me dit que nous arrivons à destination.
Ce que je peux dire, c’est que Chalk Hills est exactement comme l’idée que je m’en été faite : un bourg magnifique entouré de cottages. Pour la plupart, des résidences d’été appartenant à de riches familles vivant dans les grandes villes. Certaines sont déjà présentes, mais d’autres devraient les rejoindre dans le mois à venir.
Nous descendons à l’hôtel du village pour y déposer nos bagages, tout en prenant soin de na pas oublier notre matériel, et nous nous mettons en route pour la fameuse clairière.

***
Après une heure de marche à travers les bois, débouchons sur la fameuse clairière. Un détail me trouble, cependant. L’endroit n’est pas comme je l’imaginais. Blake, lui-même parait choqué.
- Blake. Vous ne trouvez pas la clairière transformée depuis votre première venue ?
- En effet, répond-il, hébété. Comment cela est-il possible ?
- Bon sang, regardez comme la végétation est luxuriante, enrichit Sammoth.
Tout autour de nous, les arbres brillent de couleurs éclatantes, les fleures parfumées et sublimes recouvrent la terre comme si rien n’avait jamais porté atteinte à leur existence et la végétation vie comment jamais je ne l’ai vu vivre. C’était une merveille de la nature. La seule chose qui gâche la beauté de ce coin de paradis est la vieille cabane en bois plantée en son centre. Plutôt grande et mal fichue, elle occupait l’espace comme un furoncle encombrerait le plus beau des visages.
- Je ne comprends pas, reprend Blake, j’y étais encore hier matin. Je vous assure que les arbres morts étaient bel et bien morts. La boue n’était pas encore sèche et l’herbe y était parsemée.
Sammoth fouille dans sa sacoche et en sort son canif. Il découpe un échantillon de terre fleurie sur un rayon de quinze centimètres environ et l’extrait sans quelque difficulté. Il le pose au sol en faisant attention à ce que les racines gardent la même orientation. Je lance un petit rire complice.
- Petit malin que vous êtes, cher ami.
Blake, un peu perdu, tente de dire quelque chose, mais il s’en abstient lorsqu’il me voit commencer à recueillir un autre échantillon quelques mètres plus loin. Nous récoltons ainsi six morceaux de terre fleurie à différents points autour de la cabane.
- Vous avez quoi de votre côté, Lucius ? Crie Sammoth.
- J’ai la même chose que vous, je pense. Les racines pointent toutes en direction du refuge. Vous voulez qu’on déterre un arbre, pour être sûr ?
Mon collègue ricane et tend un des échantillons à Blake.
-Vous voyez ça, mon cher ? Et bien ce n’est pas normal.
- J’avoue ne pas comprendre.
- Et bien sur ce petit bout de terre, nous avons trois fleurs. Ces trois jolies demoiselles ont toutes leurs racines tournées vers un point d’origine duquel elles tirent l’eau. De plus, leur inclinaison suggère qu’elle ne cherche pas ce qui les fait vivre en profondeur. J’ai bien peur que leur source soit la cabane.
- Si une source d’eau se trouve sous la cabane, je ne vois pas ce qu’il y a d’étrange de ce côté-là.
- La clairière fait approximativement vingt mètres de diamètre et les fleures ont envahi tout le terrain, dis-je en rejoignant mes compagnons. De si petites plantes ne peuvent pas étirer leurs racines vers un point de convergence aussi éloigné. Soit la nature nous offre une nouvelle surprise et nos deux clients ont été attaqués par une souche qui poussait trop vite, soit, vous avez bel et bien déniché un cas qui mérite notre attention.
- Je ne pense pas que mes supérieurs seront heureux de l’apprendre. Par ailleurs, il va me falloir vous abandonner. Mon équipe m’attend. La police locale va continuer les recherches par le sud et mon équipe enquêtes sur les coupables potentiels. Je dois superviser le tout, alors, j’espère que vous ne m’en voudrez pas. Nous nous retrouvons ce soir à l’hôtel.
- Je suis navré, mais nous nous retrouverons demain matin.
Pourquoi ? Pourquoi cette idée m’est-elle venue ? Pourquoi m’y suis accroché. Je regrette déjà mes mots. Sammoth est visiblement surpris par mes propos.
- Je pense qu’il nous faudra passer la nuit dans la cabane.
- Et pourquoi, mon cher Lucius ? Me demande Sammoth, encore plus éberlué.
- La chose, si elle existe, a, je pense, attiré les étudiants à elle. De plus, regardez autours de nous. Tout est recouvert de végétation. Le sol, les arbres, les pierres, mais pas la cabane. Cette chose n’a probablement aucune influence sur la cabane.
Mon petit discours, bien qu’énoncé sur un ton peu engageant, semble avoir caressé la curiosité de mon collègue. C’est alors sur un air plus convaincu que je reprends.
- De plus, nous sommes armés et mieux préparé que l’étaient ces gamins qui, ne l’oublions pas, ont réussit à s’en sortir en fuyant. Je dois dire que malgré mon manque d’entraînement, j’ai les jambes parées pour une bonne course si un sanglier venait à me pourchasser. Pas vous, Thomas ?
Je vois son visage se détendre et m’adresser une mine enjouée. Blake me fait un signe respectueux de la tête comme pour saluer le retour d’un confrère parmi les siens.
- Alors, mes amis, je vois que vous êtes décidés, conclue Blake. Décidément, les membres d’Ashcroft sont plus dingues que je le pensais. Soyez on ne peut plus prudent. Je tiens à vous retrouver sains et saufs demain.

Blake parti, Mon collègue et moi pénétrons dans le refuge pour examiner les lieux. Tout d’abord, nous observons sa construction : l’entrée donne directement sur un salon d’une vingtaine de mètres carré, meublé d’une simple table en bois, de quatre chaises, d’un garde mangé délabré et d’un buffet contenant de la vaisselle propre et une vingtaine de bouteilles d’alcool plus ou moins neuves. Au fond de la pièce se trouve une cheminée à la gauche de laquelle monte un escalier usé menant à l’étage. En haut, nous ne découvrons une chambre dans laquelle pourrissent quatre sommiers défoncés. Seule une petite fenêtre éclaire les lieux. J’en conclu que cela fait un bout de temps que les chasseurs ou randonneurs se contentent de passer leurs après-midi en ces lieux.
Une fois de retour en bas, nous sortons nos outils pour inspecter le baraquement. Les outils et produits confectionnés par les spécialistes de notre laboratoire vont nous permettre de détecter les potentiels résidus prouvant la présence d’esprits ou autres êtres immatériels. Rien d’anormal à signaler. Sammoth prononce des paroles incantatoires qui pourraient perturber, voire amener à nous d’éventuelles bêtes étranges auxquelles l’institut aurait déjà eu affaire.
Il est maintenant 20 heures et il s’est pour le moment rien produit d’étrange ou de surnaturel. Rien n’a réagit à nos tests.
- Bredouille, mon bon Lucius. Bredouille. Je pense qu’on peut ranger nos affaires et commencer à nous attaquer à nos collations.
- Je pense comme vous. Cependant, laissez nos ustensiles tels qu’ils sont. Nous recommencerons après la pause. Une fois la nuit tombée. Si la chose vie la nuit, nous serons plus à-même de la prendre dans nos filets.
- Enfin, pour peu qu’on sache ce qu’elle est et que notre encombrante cargaison soit utile sur elle.
- Jouons la prudence, cher confrère. Jouons la prudence.

Deux heures se sont écoulées, la nuit a depuis un moment plongé la clairière dans le noir et nous recommençons tous nos tests. Toujours rien de probant dans le salon et même chose dans la chambre.
- Nous voilà bien avancés, ma lance Sammoth. Alors je pense qu’il ne nous reste plus qu’à rester là, à attendre.
- Je ne sais pas. On peut toujours refaire nos détections à l’extérieur.
- Inutile. Ce qui alimente les plantes est ici. Si c’est un esprit ou une manifestation immatérielle, les réponses auraient déjà dû nous être données ici.
- Sauf si il s’agit de végétaux tueurs. Vous savez, des plantes dévoreuses d’êtres humains.
- Vous vous moquez de moi ?
- Un peu, j’avoue.
- Attendez, Lucius ! Vous entendez ?
- Je n’entends rien.
- Si, si, écoutez.
J’ai beau tendre l’oreille, je n’entends rien. Mon ami serait-il en train de se moquer de moi à son tour ? Nous nous trouvons dans le silence le plus total, alors je ne vois pas ce qu’il pourrait entendre.
C’est là qu’un premier grondement nous parvint comme un écho sourd et lointain.
- Thomas. J’ai bien peur que votre envie de découvrir quelque chose de mystérieux vous ait dérangé l’esprit.
En effet, le grondement se fait entendre à nouveau et je comprends alors qu’il ne s’agit ni plus ni moins que d’un orage qui s’en vient ;
- Bougre d’idiot, raillai-je.
- Bon, je le reconnais que ceci est la détonation de l’orage, mais je suis certain d’avoir entendu autre chose d’approchant.
- Commençons plutôt à encenser ce taudis avant d’interpréter tout et n’importe quoi comme étant l’œuvre de la chose. Avec cette attitude, la paranoïa va nous gagner avant que le soleil ne se lève.
Nous nous mettons alors à bruler nos encens pour protéger notre abri quand une constatation me vient. Je me sens bien. Quelle singulière sensation. Etre sur le terrain en compagnie de mon ami me rassure. Mes angoisses se sont envolées, même si un léger sentiment d’inquiétude subsiste. J’ai autant envie de découvrir ce à quoi nous allons être confrontés que je le redoute. Par ailleurs, je n’éprouve absolument aucune crainte à l’idée que ce soit un fou dangereux. Curieusement aucune.
C’est en passant mon encens par-dessus la porte d’entrée qu’un détail m’interpelle. Je prends une chaise et grimpe dessus pour mieux observer le haut du chambranle. Un symbole y est gravé. Je me muni d’un morceau de papier et d’un crayon, puis je frotte la mine sur toute la surface de ma feuille jusqu’à obtenir les détails de la gravure.
- Thomas, regardez ça. C’est inscrit dans le brois. Ca ne vous rappelle rien ?
- On dirait un sceau de protection détourné. J’y vois tracée la marque de la Forteresse, quelques autres marques de confinement, mais la plupart des inscriptions me sont inconnues. Mais si la Forteresse apparaît, c’est que ce sceau empêche l’intrusion de quelque chose dans cette ruine. On a souvent assimilé le mythe du vampire à ce genre de symboles. Ils empêchent l’être surnaturel d’entrer s’il n’y est pas convié.
- Tout comme ceux à l’entrée de l’Institut, je vois. Et bien quelqu’un de bien informé est passé par ici à ce que je vois. Pas étonnant que les étudiants aient été attaqués à l’extérieur si leur agresseur n’a pas un être créé par Mère Nature.
Je m’attendais à une réplique de la part de mon ami mais il plaqua une main contre mon torse.
- Lucius ! Là ! Vous entendez ?
Je ne dorénavant plus convaincu que l’imagination de Thomas lui a joué des tours, car voilà que je perçois à mon tour ce le fameux bruit. C’est un son faible, répétitif. Presque une voix. Je m’apprête à dire quelque chose quand mon ami m’intime le silence. Du doigt, il m’indique la cheminée. A pas lents et silencieux, nous nous y dirigeons, munis de nos lampes à huile. A mesure que mes pas me font avancer, je sens la peur remonter en moi comme une nausée soudaine. Plus nous approchons, plus le son se fait plus audible, plus clair et identifiable. Ce sont de faibles gémissements plaintifs. Des gémissement implorant et emprunts d’une grande douleur. Thomas murmure à mon oreille :
- Soulevez la trappe au sol de la cheminée. Elle mène aux fondations. Il y a sûrement quelqu’un en dessous. Je vais jeter un œil.
Je sais qu’en disant « quelqu’un », il pense tout comme moi au jeune Gleason. Je suis certain que c’est lui. Il faut que ce soit lui. Mais je n’ose imaginer ce qui a bien pu le conduire ce garçon à aboutir sous nos pieds. Une fois au pied de la cheminée, je m’empare de la trappe en métal. Une fois l’ouverture libérée, Sammoth y passe précautionneusement la tête et sa lampe.
- Alors ? Vous voyez quelque chose ?
Pour seule réponse, il me tend sa main libre pour me faire comprendre de patienter un moment.
Ca y est ! Il se lève d’un bon en reprenant son souffle. Ce qu’il cherchait l’a apparemment surpris. Mais il ne prend pas la peine de retrouver sa respiration. Sans attendre, il saisit le tisonnier qui se trouvait sur la cheminée et sort en trombe. Je n’ai pas en le temps de lui poser la moindre question ni de savoir si je devais le suivre. C’est quand je me de décide à le rejoindre qu’il rentre en claquant la porte derrière lui, la volonté gravée sur son visage et une hache dans les mains. Il repousse la table aussi loin que possible de son emplacement et se met en position pour frapper le sol.
- Vous allez m’aider à retirer le plancher, Lucius.
- Vous avez vu le petit ?
- Je crois que c’est lui. On va le sortir de là. Je vais entamer le bois avec ça, puis vous retirerez les planches à l’aide du tisonnier.
J’avais compris.
Il se met alors à frapper par terre de toutes ses forces et aussi précisément que possible sur le bord des planches pour que le tisonnier puisse faire levier. Une fois ceci fait, ma tâche est aisée. A peine nous retirons une planche que je vois à quel point la situation est alarmante. A la vu du jeune homme emprisonné sous la cabane, nous pressons la destruction du plancher. Trois, quatre, nous retirons cinq planches. Le trou est assez grand pour que nous puissions libérer le pauvre garçon. Il se trouve dans un sous-sol d’à peine un mètre de profondeur. Mais le pire est l’état dans lequel Gavin Gleason se trouve : Son visage émacié était ruisselant de larmes et de sang. On lui a cousu les lèvres avec des racines. Plus affreux encore son corps est enterré jusqu’au buste, lui-même transpercé par d’innombrables racines émergeant de la terre. Ses yeux grands ouverts nous suppliaient quelque chose tandis qu’il remue en tous sens comme un homme ligoté.
- Foutre ciel, jure Sammoth.
Pour ma part, je ne peux pas jurer. Je ne peux plus rien dire. Je suis paralysé le temps d’une seconde. Une seconde qui s’écoule comme se sont écoulés ces derniers mois que j’ai passé, enfermé dans mon sous-sol. Protégé dans mon sous-sol.
S’en est trop.
Je m’arme de mon couteau et bondis dans le trou. Il y a suffisamment de place pour que je m’accroupisse. Aussi précisément que ma nervosité me le permet, je défais les liens celant la bouche du petit. Ceci fait, il l’ouvre aussi grand que la douleur lui permet et pousse une plainte déchirante, un râle de souffrance, le tout empreint d’un sentiment de libération. Thomas me tend sa gourde.
- Tiens, gamin. Hydrate-toi.
Il boit le contenu de la gourde jusqu’aux dernières gouttes. Il a l’air d’aller mieux. Thomas nous rejoint, lui aussi équipé de son couteau.
- Ca va aller. On te cherchait.
- Tu es bien Gavin Gleason ?
Sa voix tremblante émet un faible « oui » souligné par un hochement de tête vif. Il remue à nouveau comme un dément qui tente de s’échapper d’une camisole de force. Il s’arrête, résigné, et pleure tout ce qu’il a à pleurer. Sammoth ne tient plus. Il agrippe toutes les racines qu’il peut et commence à en trancher une bonne poignée.
- Non ! hurle Gavin. Ne faites pas ça !
Mon ami n’a pas le tend de comprendre ce qui se passe. Les racines tranchées s’allongent en un éclair et reviennent se planter littéralement dans la poitrine du malheureux, qui pousse un long hurlement inhumain, ce qui tend la peau de ses lèvres et élargit davantage leurs plaies.
- Arrêtez ! Ne me faites plus ça ! Tuez-moi ! Par pitié, tuez-moi ! Vous ne pouvez pas me sauver ! Vous ne pouvez pas… Tuez-moi et sauvez-vous.
Je suis encore sous le choc lorsque Thomas me regarde, effaré, ne trouvant quoi dire.
- On doit… commence Thomas. On doit bien pourvoir trouver quelque chose. Il y a quelque chose à faire.
Mon esprit tente de se remettre sur les rails. Mon regard est alors attiré par une masse faiblement éclairée par ma lampe. Je m’en saisie et la tend en direction du fond des fondations. Des squelettes. Une dizaine de squelettes humains. Tous les corps sont ensevelis jusqu’au buste, des racines mortes enroulées autours d’eux. Il s’agit sans aucun doute des personnes disparues dans la région dont Blake m’avait parlé. Les malheureux.
Gavin ne doit pas finir comme eux. Il y a sûrement quelque chose à faire.
- Thomas, dans le manuel de Jenkins, il y a les indications pour préparer une solution qui élimine les parasites occultes. Je vous en prie, allez la trouver.
- Tout de suite.
- Gavin, il va falloir te montrer courageux. Je sais que tu souffres et que tu as peur, mais je t’en prie, tu ne dois pas flancher. Tu dois garder la tête froide.
- J’ai mal. J’ai mal et j’ai peur. Il me fait peur.
- Oui, dis-moi. Qui t’a fait ça ?
- Je ne sais pas qui il est, répond-il en essayant de contenir ses larmes. Je ne sais pas ce que c’est. C’est un monstre. Une bête avec un visage d’homme. Il ne sort que la nuit pour aller chasser du petit gibier. Quand il revient, il retire les racines qui ferment ma bouche, il me fait boire et me force à manger toute la viande qu’il a apportée avant de recoudre mes lèvres. Chaque jour, il y a… de nouvelles racines qui viennent me transpercer.
- Bon sang…
- Je… Je crois qu’il dort le jour. Quand il en a finit avec moi, il part à l’autre bout des fondations. Je ne l’ai jamais bien vu, mais… je crois qu’il dort le jour.
- Ecoute-moi. On va tout faire pour te sortir de là, d’accord ?
- Mais vous n’y arriverez pas ! Vous avez bien vu ? C’est impossible de me défaire de ces saloperies. Voyez comment suis enterré. Dites-vous que c’est bien pire en bas. Je les sens remuer dans mes jambes. Elles sont partout dans mon corps. Je suis à peine vivant…
Il s’effondre à nouveau assailli par les pleures.
- Je veux en finir au plus vite… Je ne veux plus le revoir.
La situation est insoutenable. Je suis tiraillé entre l’envie de le libéré de son fardeau et une farouche détermination à le sauver. J’espère de tout cœur qu’il y a quelque chose dans le livre de soins. A cette pensée vient une réponse immédiate.
- Ca n’ira pas, Lucius, me dit Thomas, résigné. La solution n’est efficace que pour un parasite. Gavin compte un bon millier de parasites. Si ce n’est plus. Bien plus. Ca ne fera pas effet.
- Il y aurait autre chose ?
- Rien sur ce qui nous occupe ici.
- Si on ne peut pas arracher les racines du corps de Gavin, il aurait été plus commode de bruler la forêt.
- J’y avais pensé. Mais c’est une solution aussi radicale qu’inutile.
- Il ne tiendra pas deux jours de plus. Vous avez vu comme il est faible. La créature a beau le nourrir, Le petit est trop en piteuse état pour survivre.
- Donnez-moi le livre, je vous prie. J’aimerais voir par moi-même.

Effectivement, je ne trouve rien. Voilà deux heures que je parcoure le  manuel de jenkins. Il est rempli de sorts et de recettes de mixtures et de potions. Tout dans ses pages tourne autours des fantômes, de certains démons et de monstres. On y apprend comment s’en préserver, comment sauver quelqu’un d’une emprise, comment le soigner, ainsi qu’une myriade de choses très utiles dans de nombreux cas de figure. Mais rien en rapport, de loin ou de près, avec celui que nous vivons là.
Thomas reste auprès de Gavin, le temps que je trouve une idée. A priori nous ne risquons rien jusqu’au levé du jour. Jusqu’à ce que la bête revienne de la chasse. Pour calmer Gavin, nous avons commencé à le faire boire quelques verres du bourbon qui se trouvait dans le buffet. L’effet a été rapide, je dois dire. Lui et Thomas discutent calmement. Grisé, le jeune homme parle de sa vie, de ce qu’il aurait voulu faire s’il n’était pas convaincu de ne pas s’en sortir vivant. Mon collègue, lui, tente de le rassuré du mieux qu’il peut.
Je ne peux pas laisser tomber. J’essaie de me convaincre qu’il reste de l’espoir depuis tout à l’heure, mais je comprends tout aussi bien que je me mens. Oui. Je crois qu’il n’est plus utile de se battre. Je sens monter en moi une grande colère. Envers moi-même et envers le monstre responsable de la mort maintenant inévitable d’un jeune garçon qui n’aurait jamais du subir pareil martyr. Je referme le livre, me lève de ma chaise et lance violemment l’ouvrage contre la porte d’entrée. Je vais annoncer quelque chose, quand, illuminée par un éclair, une chose attire mon attention et me glace le sang.
Un visage me scrute derrière une fenêtre.
Je ne le perçois pas avec exactitude, mais suffisamment bien pour noter plusieurs détails. Des trait allongés en font une véritable caricature de visage humain, émacié, creusé jusqu’à l’ossature. La blancheur morbide de sa peau lui donne un aspect crayeux. Mais ce qui choque par-dessus tout, c’est son regard. Un regard vide, noir et sans yeux. Seules me contemplent deux orbites profondes.
Nous restons tous deux figés quelques secondes à nous étudier l’un l’autre. Lui, comme un prédateur paré à tuer. Moi, tendu comme une proie se préparant à être attaquée. Je suis sur le point de prévenir Sammoth quand la chose s’abaisse subitement et qu’un grattement sonore résonne dans la cabane. Mon collègue interloqué par ce capharnaüm se redresse d’un bond.
- Que se passe-t-il, Lucius ?
Ce bruit ne peut signifier qu’une chose. Il faut agir vite.
- Thomas ! Sortez de ce trou !
- Mais Gavin !
- La bête est là ! Elle se fraye un chemin vers vous !
Gavin est affolé, il tourne la tête dans tous les sens, remuant son corps comme un dément, se débattant avec la terre. Dans le désespoir le plus total, Sammoth tente de l’aider à s’extraire en creusant le sol.
Bien que l’idée me semble stupide, ma raison cède la place à la panique et je me jette dans le trou afin tout mettre en œuvre pour lui venir en aide. A l’aide de nos couteaux et avec une rapidité stupéfiante, nous réussissons à trancher de nombreux liens. Au fur et à mesure que nous parvenons à exhumer les bras du garçon, les racines fondent à une vitesse ahurissante dans son corps meurtri. Il cri à pleins poumons et exprime avec force toute sa douleur. C’est déchirants, horrible, mais mon ami et moi agissons avec le maximum de sang froid dont nous pouvons être capables. Nous entendons la terre remuer tout près de nous. La bête n’en a plus pour longtemps avant de nous atteindre. Ca y est. Les deux bras du petit sont libres. Je remonte au salon, suivi de Thomas, et nous nous mettons à genou au-dessus de l’ouverture pour tirer les bras de Gavin. Il a été enterré récemment, ce qui fait que la terre est assez meuble pour que nous puissions l’extraire. Mais c’était sans compter sur les liens qui maintenaient ses jambes plantées dans le sol. Nous réussissons à le faire sortir jusqu’à la ceinture, mais nous lâchons prise quand les plantes viennent encore plus nombreuses et voraces pour ramener Gavin à sa tombe, plus profondément qu’avant.
- Pitié ! Je vous en prie, tuez-moi ! Faites-le, supplie-t-il.
Je ne réfléchis plus une seconde. Je suis ampli de frayeur quand je m’empare de mon arme à feu. Une détonation fait vibrer mes tympans. C’est Sammoth qui a tiré avant moi.
Mais le tir a manqué sa cible. La balle est allée se ficher dans la peau du dos blanc et argileux du monstre. Il s’est jeté avidement sur Gavin pour le protéger comme l’aurait fait un lion pour intimider les charognards envieux de sa prise. Il ne veut pas que nous le privions de sa précieuse source d’énergie. Thomas et moi tirons sur la chose, Lui avec sang froid et moi pris de stupeur. Mais avant de pourvoir savoir si la chose est blessée, la végétation encombre le trou pour en obstruer l’accès.
Mon humeur tourne comme une girouette, laissant la panique couler vers la colère et la frustration.
- Merde ! Merde ! Et Merde !
- Mais, je ne comprends pas ! Pourquoi est-il revenu aussi tôt ? Gavin nous a dit qu’il ne revenait pas avant la fin de la nuit.
C’est vrai. Nous avions le temps, mais un élément l’a poussé à revenir vers nous. Gavin et ses amis ont pu passer la nuit entière dans le refuge sans encombre ?
Mais bien sûr !
- Nous avons été stupides, Thomas. Honteusement stupides. Je crois que la végétation est en symbiose avec la créature. Elle répond sûrement à ses besoins. Quand nous avons commencé à saouler Gavin, les plantes se sont mises à assimiler l’alcool. La boisson étant nocive pour elles, la créature a pu le sentir et est revenue pour nous arrêter. Nous avons précipité les choses.
- Lucius. Il était condamné. Nous ne pouvions rien faire pour l’aider. Absolument rien. Vous avez vu la quantité de racines qui traversait son corps ? Nous aurions causé des dommages irréversibles et des hémorragies internes. C’était fini pour lui bien avant que nous le retrouvions.
J’ai beau savoir que Sammoth a raison, je ne peux m’empêcher de me sentir effroyablement responsable. Mais c’est vrai. Nous ne pouvons rien faire. Cependant, il est toujours possible d’en finir.
- Vous êtes dans le vrai. Mais au levé du soleil, nous quitterons cet endroit après l’avoir réduit en cendre. Cette créature ne doit pas pouvoir sortir au grand jour. Pensez-y. Yates et Clifton ont cessé d’être poursuivi à l’heure de l’aurore. Je crois que le soleil commençait à poindre. Si nous brulons la cabane en plein jour, il ne quittera pas le sous-sol.
- Et si ce n’est pas le cas ?
- Et bien nous connaissons sa façon de faire. Nous n’aurons, je pense, pas trop de difficultés à trouver un nouveau lieu où il aura fait son nid. Le jour se lève dans deux heures et demie. Soyons près à partir.

Il est presque cinq heures et nous sommes parés à toute éventualité, armes aux poings. Thomas reste calme, mais je suis nerveux. Cela fait deux heures que nous entendons, mêlé au tonnerre et à la pluie, le bruit incessant de racines qui circulent contre le bois du plancher, juste sous nos pieds. Ces sons discontinus s’étendent sur toute la surface, maintenant. La chose ne veut pas que nous percions une nouvelle ouverture pour atteindre Gavin. Dans le premier trou, nous pouvons encore voir les racines, compactées les unes contre les autres, remuer comme une horde de serpents.
- Aidez-moi ! S’il vous plait, aidez-moi !
Sammoth et moi bondissons de nos chaises. La voix de Gavin. Ses cris ne viennent plus de sous nos pieds, mais de l’extérieur. Il est juste derrière la porte. Nous quittons nos chaises et fonçons comme un seul homme à son secours. Nous ne cherchons même pas à trouver où réside le piège. Sur le pas de la porte, Gavin est là, sur le dos, meurtri, maculé de sang et couvert de plaies ouvertes sur tout le corps. Nous le tirons au plus vite à l’intérieur avant de nous enfermer. La chaire de ses jambes est en lambeaux et ses os sont exposés par endroits. Il est profondément choqué et ses yeux trahissent une démence intense.
- De l’eau, nous dit-il. S’il vous plait. Il me faut de l’eau. Beaucoup d’eau.
Sammoth lui amène ma gourde et lui fait boire le reste de son contenu tandis que je le maintiens assis. Il s’éclaircit la gorge mais respire avec grande difficulté.
- Merci… Merci.
- Qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi t’a-t-il laissé t’échapper ? Demande Sammoth.
- Il faut… Il faut me tuer. Vous devez me tuer. Vous devez le faire…
Il ne peut plus nous répondre. Ses yeux se ferment lentement. Je crains alors le pire, mais en lui prenant le pouls, je constate qu’il est simplement évanoui.
- Thomas, je dois avouer que je ne m’attendais pas à ça. Il y a un je ne sais quoi qui sent le roussi. La bête cherche à nous atteindre d’une manière ou d’une autre.
- Peut-être pense-t-elle que nous allons immédiatement l’emmener avec nous.
- Probablement. Pour le moment, nettoyons ses blessures. C’est encore ce que nous pouvons faire de mieux.
Nous soignons les plaies comme nous le pouvons avec les onguents venus de notre laboratoire. Leurs effets sont rapides. Les blessures sont maintenant vierges de toute infection, et les chaires à vif en sont préservées. Ca ne fera pas de miracle, mais au moins, si les dégâts internes ne sont pas trop graves, il a peut-être encore des chances de s’en sortir vivant. Il persiste un espoir. Pourtant, j’ai du mal à croire que son cœur n’ait pas lâché. Les racines ont du prendre soin de ne pas endommager ses organes vitaux. C’est déjà un bon signe.

Un autre détail me taraude. Je pense, à la vue de son regarde inquiet que Sammoth, tout comme moi, redoute l’avènement du pire. Voilà vingt bonnes minutes que les racines ont l’air d’avoir arrêté leur progression dans les fondations.
Gavin se redresse soudainement. Sammoth et moi nous précipitons sur lui. La bouche grande ouverte, il cherche de l’air. Nous essayons vainement de la maintenir tranquille pour mieux l’examiner, mais il se débat avec tant de force que le maîtriser se révèle impossible. D’un simple geste du bras, il parvient à nous frapper si fort que nous nous étalons à terre, le souffle coupé. Ce même bras se met à gonfler en déchirant la chaire. Des racines en jaillirent et s’assemblèrent pour former une épaisse liane mouvante qui plonge dans le trou du plancher. De l’ouverture surgit alors une multitude de racines qui s’étendent sur la surface des murs à une vitesse stupéfiante. Gavin n’est plus maître de son corps. Des racines s’extirpent de sa peau pour le fixer au sol, comme s’il était prisonnier d’une toilé d’araignée. Il ne peut plus hurler mais je sais qu’il veut à tout prix que nous abrégions ses souffrances. Je serai le pire des montres si je n’agissais pas maintenant. Je me redresse d’un bond malgré la douleur puis je tire le bras de Thomas, encore un peu sonné, afin de l’aider à se relever. Les racines gagnent rapidement du terrain. Sammoth s’arme de sa hache tandis que je coure comme un dératé vers la table sur laquelle se trouve ma lampe à huile. Je m’en empare et m’arme de mon pistolet que je pointe sur la tête de Gavin. Comment puis-je encore hésiter en un moment aussi désespéré. « Tire ! Me dis-je. Tire ! Tu le lui ôte la vie que pour le libérer ! Libère-le, bon sang ! »
Le coup part tout seul.
C’est comme si ma main avait pris elle-même la décision de faire feu. Une décision que j’aurais du prendre il y a des heures, déjà.
Sammoth surgit derrière moi et m’empoigne le bras pour m’entraîner vers les escaliers. Les racines recouvrent maintenant les murs, le plafond, la porte et une grande partie du plancher et des meubles. Je suis encore sous le choc, mais mon esprit lutte pour rester alerte. Nous montons à l’étage, mais je suis traversé par une idée.
- Thomas ! Passez-moi la hache !
- Que voulez-vous faire ?
- J’ai dit qu’on allait bruler cet endroit, alors prenez ma lampe.
Nous échangeons nos outils et je tranche les racines barrant mon chemin jusqu’au buffet. Il est recouvert de végétation. Seuls quelques coups suffisent pour que je puisse ouvrir les portes du meuble. J’attrape une bouteille d’alcool que je jette violement au fond de la pièce, une autre dans le coin opposé. Je les brise toutes un peu partout dans le salon tout en tailladant les lianes qui cherchent à m’agripper. Elles sont faibles. Elles s’étendent beaucoup trop par rapport à l’énergie dont elles disposent, il est donc facile de les couper, mais plus difficile de leur échapper. Je me retrouve Maintenant coincé, une jambe piégée dans un entremêlement de racines. Elles compensent leur manque de robustesse par leur nombre. Sammoth se jette aussitôt à mon secoure en s’emparant de la hache et me libère en quelques coups bien placés. Nous retournons aux escaliers où je récupère la lampe et la projette au beau milieu du salon. Le verre explose à l’impacte avec le sol et l’huile s’enflamme, provoquant une réaction en chaîne. L’alcool rependu un peu partout dans la pièce brule à son tour. Des colonnes de feu envahissent la pièce et emportent avec elles les racines dans un ballai infernal.
- Lucius ! Il est temps de se sauver ! Venez.
Mon regard se détourne de ce spectacle mais pas sans s’être porté une dernière fois sur le corps du malheureux Gavin Gleason.
Nous filons dans la chambre et ouvrons sa fenêtre par laquelle Sammoth jette sa hache. Il y a assez d’espace pour que nous nous y glissions et la hauteur est suffisante pour que nous nous laissions tomber sans risque. Nous nous lançons sans perdre une seconde, Sammoth le premier. Je m’apprête à faire de même quand j’entends mon ami pousser un cri de stupeur. Je regarde en-dessous de moi et le vois en train de lutter contre une chose qui l’entraîne dans un trou creusé sous la cabane. Avec la force du désespoir, il cherche de quoi se cramponner dans la terre boueuse et glissante. Je me hâte et passe mon corps entier par la fenêtre, me jette dans le vide et chute avec heurt sur le sol gorgé d’eau juste à côté de Thomas. Encore allongé, je me tourne vers mon ami pour m’accrocher à ses mains que je tire aussi fort que cela m’est possible. Je m’agenouille et parvient à l’attirer à moi. Son corps est pratiquement entièrement délogé de sous la cabane, ce qui me permet de voir que la jambe de mon ami est tirée par un tentacule blanc et argileux. C’est la bête que nous sommes en train de défier. Sammoth en profite pour passer sa jambe libre au-dehors du trou et pousse tant qu’il le peut. La bête glisse, elle aussi, et ne parvient pas à garder sa prise. Je reprends alors la hache et acène un coup abrupt au tentacule qui, bien que quasi-intact, disparait sous les fondations du refuge en flammes dans un râle immonde et inhumain.
- Venez, Thomas ! On s’en va ! Vite !
Nous fuyons à toute jambe dans la forêt, sous une pluie écrasante, laissant derrière nous la cabane dévorée par les flammes. Nous traversons les arbres à toute vitesse en mettant le plus d’écart possible entre nous et la bête. Je me souviens très bien du rapport et je sais qu’elle va se lancer à notre poursuite.
Après une centaine de mètre de course, mes prévisions se révèlent exactes. Je ne vois encore rien, mais j’entends nous rattraper dangereusement un bruit oppressant. Un bruit de fouet. Rythmique et rapide, il se mélange aux craquements de branches que la créature déchire avec rage pour nous retrouver.

Nous puisons en nous des forces insoupçonnées pour la distancer en oubliant les limites de nos muscles. La pluie nous aveugle, les branches fouettent nos visages, la terre noyée dans les flaques nous fait déraper et les éclairs et providentiels, de plus en plus réguliers, nous permettent d’éviter certains obstacles. Une curiosité morbide me pousse à regarder à deux reprises derrière moi. Il faut que je sache à quoi ressemble le monstre. Un premier éclair me permet de discerner son visage de statue ampli d’une fureur aliénée. Le second le dévoile dans toute son horreur. Un corps sans jambes qu’il déplace à vive allure et d’arbre en arbre à l’aide de longs bras fins terminés par des tentacules qu’il claque avec violence sur les troncs pour se propulser. Malgré son handicape, il fait preuve d’une vélocité effarante. Cerner tout ce que cela implique m’encourage à ne plus me retourner et à me concentrer sur mon unique but : la survie. La terreur décuple mes forces lorsque la créature lance un long hurlement assourdissant et glacial. Je l’entends faire claquer ses tentacules avec plus de force dans un fracas effrayant. Il est de plus en plus proche et sa voix témoigne de sa furie. Sammoth est à plusieurs mètres devant moi. Je peux le rattraper. Je le peux. Je trébuche sur une souche mais je me relève aussitôt pour continuer à fuir. Nous sommes maintenant en dehors du bois et arrivons dans un champ. Je vois le ciel. Un ciel gris. Le plus beau que j’ai jamais vu. Le jour a commencé à se lever. Mais je ne m’arrête pas. Je continue. Je coure. Je suis essoufflé. Je n’en peux plus.
Sous la pluie, épuisé, je m’arrête et me laisse tomber à genoux dans la boue. Thomas, que j’avais dépassé sans faire attention, me rejoint et, comme moi, regarde vers l’orée du bois. Là-bas, loin devant nous, nous parvenons à voir la bête nous scruter. Elle ne peut plus nous atteindre. Elle ne peut plus rien nous faire. L’aube est là.
Sans même faire éclater sa colère dans un dernier râle, la bête disparait à travers les arbres.
Nous sommes sains et saufs. La victoire de cette course est belle, mais elle fait resurgir un goût amer. Nous sommes vivant, mais Gavin…
Il était condamné, je le concède, mais je ne peux oublier ce qui s’est passé.
Pour ce monstre, je suis certain que c’est terminé. Tout cela ne doit pas recommencer. Les prochaines fois où une vie sera en jeu, je ne laisserai pas ces horreurs se reproduire. Plus jamais je n’hésiterai. Plus jamais je ne laisserai quelqu’un subir ce que Gavin a subit.
Sammoth s’affale, éreinté au point de ne plus en pouvoir respirer.
- Ce fut une nuit difficile, mon ami. Une nuit très difficile.
- Oui, Thomas, le plus difficile de ma vie, je crois. Mais je crois qu’il faut s’attendre à en vivre de bien pire.

***

Quelques heures plus tard Sammoth et moi sommes à peine remis de nos émotions que nous nous rendons à nouveau dans la clairière. Nous sommes accompagnés de Blake et d’une dizaine de ses hommes.
Sans surprise, c’est sous une pluie battante que nous retrouvons les lieux dévastés. La cabane est en ruines et la végétation alentour à subit les ravages occasionnés par la perte de l’être qui l’alimentait. On pourrait dire que le doigt du diable s’est posé en ce lieu pour en absorber la vie.
Au cours de l’inspection, Blake fait en sorte que ses hommes nous laissent, à mon collègue et moi, le temps de récupérer et d’emporter tout ce qui pourra paraître hors du commun. Dans l’incendie, nos sacoches, nos livres et notre matériel ont fini carbonisé. Il ne reste plus aucune trace de notre passage.
Sous nos pieds, le plancher n’est plus qu’un tas de cendres pâteuses s’enfonçant dans le sol à chacun de nos pas. Il ne restait des murs que quelques planches calcinées qui se battent encore pour tenir droit contre la structure qui cédera bientôt sous leur poids.
Dans ce qui était la tanière du monstre, nous retrouvons les squelettes de ces anciennes victimes et celui, plus récent, de Gavin.
J’en ai assez vu. Faisons vite.
Il faut que je sache si la bête est là.
A l’aide de barres de fer, nous tâtons sous la cendre pour la trouver. C’est là que nous touchons au but. Nous buttons sur quelque chose de dur. Je préviens Blake qui me rapporte une pelle. Je creuse dans la boue grise jusqu’à atteindre une pierre. Avec une corde passée autour d’elle, nous parvenons à la dégager de la cendre. Une fois remontée en dehors des ruines, la pluie nous révèle sa texture, ses formes et sa couleur blanche. La pierre a l’aspect d’une sculpture totémique.
Une sculpture très ancienne qui ressemble à s’y méprendre à La bête.

***

Dans le rapport officiel soumis à la police et communiqué aux journaux, la cabane était la planque d’un rôdeur qui aurait enlevé et assassiné de sang froid une dizaine de personnes dont il aurait inhumé les corps. Ses restes auraient d’ailleurs été découverts dans les débris de la cabane à côté de ceux de Gavin Gleason, sa dernière victime. Une lutte entre les eux hommes aurait été à l’origine de l’incendie accidentel qui les a tués.
Rien n’a été évoqué au sujet de notre présence.
Pour parvenir à ce pieu mensonge, Mr. Phyneas Bane a du faire appel à certains de ses contacts et Blake, qui travaillait a bien évidemment été le père de l’idée.

Pour ma part, je suis reste encore quelques temps aux archives avant de reprendre le service. Juste le temps d’étudier d’un peu plus prêt la pierre qui, j’en suis certain, renferme le monstre.






Et ça, c'est pour ceux qui préfère les fichiers word qu'ils sont meilleurs de les lire:

http://www.sendspace.com/file/1iuw8z
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MessagePosté le: Dim 16 Sep - 11:30 (2012)    Sujet du message: Chalk Hills, Montgomery, Angleterre 1881 Répondre en citant

Relecture en cours. Smile

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MessagePosté le: Mar 18 Sep - 18:02 (2012)    Sujet du message: Chalk Hills, Montgomery, Angleterre 1881 Répondre en citant

Je viens d'envoyer ma correction à Loïc par mail.
Je ne vais pas faire ici le détail. Il y a pas mal de fautes et de phrases incomplètes. Il faudra te relire davantage.

Mes principales critiques sont :

- L'introduction.
Trop longue et trop vague, elle cherche à introduire tout Ashcroft alors qu'elle devrait se concentrer sur Lucius.
L'intro doit poser un point de départ simple, ici Lucius est aux archives suite à un traumatisme sur le terrain, et Blake vient lui apporter un cas qu'il a envie d'accepter.
On met trop de temps à entrer dans l'action.


- Le problème majeur est l'absence de focalisation. C'est un point très difficile sur lequel il faut travailler beaucoup pour choper le truc.
La focalisation, en l'occurrence, c'est Lucius, et c'est Lucius APRES les évènements, au moment où il écrit son journal. Il faut absolument coller au personnage du début à la fin.

- C'est un journal.
On devrait avoir dans le style et dans les éléments du récit une exploitation du format "journal", avec un personnage capable de prendre du recul, de faire une analyse à posteriori. Cela est absent.
Ce format pourrait aussi permettre à Lucius un regard ironique ou au moins critique sur le rapport de Police (qui ne devrait sans doute pas être écrit au passé simple, ça fait bizarre...).

- Ca papote beaucoup.
Les dialogues sont très important, mais ils doivent avoir une fonction. Ici, trop souvent ils interrompent l'action sans apporter d'élément crucial à ce moment là.

- Je suis assez critique aussi sur le déroulement de l'intrigue dont les ficelles sont un peu grosses : les personnages comprennent tout immédiatement et arrivent aux "bonnes" conclusions tout de suite. Et pourtant à la fin on n'attrape pas le monstre (même s'il est dans la pierre, pour le lecteur, le monstre court toujours).

ATTENTION aux temps du récit. Visiblement tu as commencé à écrire au passé et il en reste des traces. Attentions aussi à quelques répétitions.
J'ai corrigé les fautes que j'ai vues et demandé des reformulations quand les expressions sont approximatives ou bizarres ou quand la phrase est mal tournée et difficilement compréhensible.


Enfin, je me permets un rappel de la règle du « Show, don't tell».
Y a pas beaucoup de règle d'écriture qui me convainquent, mais celle-là, si.
Il ne faut pas nous dire qu'Untel a peur ou est en colère, mais nous le faire comprendre par son comportement, ses gestes, sa voix, etc. C'est beaucoup plus intéressant à lire. Essaie d'avoir cette règle en tête en retravaillant le texte.


Voilà.


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MessagePosté le: Mer 19 Sep - 10:35 (2012)    Sujet du message: Chalk Hills, Montgomery, Angleterre 1881 Répondre en citant

Bah en même temps comme je l'ai dit, pour livrer à la date prévue, je n'ai fait aucune relecture si ce n'est au cours de l'écriture. Je viens d'ouvrir ton mail et wouhou! Y a un sacré boulot de correcteur. Je m'y remets dés que je termine BSF. Merci pour ce titanesque boulot.
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MessagePosté le: Dim 21 Oct - 21:11 (2012)    Sujet du message: Chalk Hills, Montgomery, Angleterre 1881 Répondre en citant

Yopla!

http://www.sendspace.com/file/3btzl1


Pour ceux qui ne veulent pas télécharger:

Enracinés







Ce texte est extrait du journal de Lucius Ferguson et se trouve être en lien avec son rapport datant du 24 juin 1881.


Voilà des mois que je me cloitre au sous-sol de l’Institut de Recherche et d’Archivage Ashcroft au lieu de rejoindre mes collègues sur le terrain. Dans ma jeunesse, j’ai connu l’occulte et le surnaturel, mais ma première investigation en tant que membre officiel d’Ashcroft m’a laissé des séquelles psychiques irrémédiables. Je n’arrive toujours pas à me défaire de ses visions de cauchemars qu’a occasionnées mon enquête sur la disparition du jeune Baxter. Un cas dont l’horreur ne saurait être dépeinte encore aujourd’hui, mais il me semble important de parler de ma condition de fragilité au moment où l’affaire qui va nous intéresser m’a été confiée.

C’est en ce pluvieux matin du 19 juin 1881 que l’officier Byron Blake de Scotland Yard, se rend aux bureaux de l’Institut Ashcroft pour me faire part d’une affaire des plus alarmantes. Blake est habitué à venir vers nous lorsqu’un cas requiert notre expérience. Il a lui-même dû faire face aux horreurs qui font notre spécialité avant de nous connaître et, par la suite, a collaboré sur quelques affaires sur lesquelles travaillait l’Institut Ashcroft.
Je suis en train de compulser une série de dossiers quand Blake pénètre dans la salle des archives, qui, depuis quelques mois, est devenue mon antre.
- Bonjour Lucius. Pardonnez-moi pour le dérangement, mais on m’a dit que je pourrai vous trouvez ici. J’espère ne pas perturber votre travail.
- Voyez-vous ça ? Ce bon vieux Byron. Comment vous portez-vous, mon cher ? Pas trop perdu dans la paperasserie ?
- Ne m’en parlez pas. Des meurtres, des disparitions, des vols. Elucider un cas est passionnant, mais une fois l’enquête close, il est toujours éreintant pour un homme de terrain de passer des heures le nez dans les papiers.
- Vous savez, quand on a vu ce que le monde peut nous montrer de pire, il est parfois plus agréable de se contenter de se montrer utile en étudiant les fichiers. Je dois dire que cela me réussit plutôt bien pour le moment.
L’ironie de mes paroles a peut-être été trop accentuée par le ton de ma voix, si j’en crois le regard confus que me lance Blake.
- Je suis navré, Lucius. Je ne voulais pas remuer le couteau dans la plaie. Veuillez m’excuser.
- Mais je vous en prie, mon vieux. Ce n’est rien. Comme vous pouvez le constater, je vais on ne peut mieux.
Je mens allègrement et Blake doit le sentir. Depuis des mois, je me cloitre au sous-sol de l’Institut au lieu de rejoindre mes collègues sur le terrain.
- Que puis-je pour vous, officier ?
- Ecoutez, je peux m’adresser à M. Bane, si vous préférez. Je ne voudrais pas vous gêner dans votre travail, d’autant plus que je ne suis pas censé me trouver ici.
- Mais non, voyons. Je suis toujours ravi de venir en aide à un ami. Il vaudrait mieux que vos supérieurs n’entendent pas parler d’un de leurs meilleurs agents venant demander assistance à une bande de « dégénérés » si je me souviens du terme employé par votre capitaine.
- Vous avez mis le doigt dessus, mon cher Lucius. Très bien.
Il marque une légère pose.
- Voilà: il y a trois jours, le fils d’un notable londonien a disparu dans une forêt du Montgomery. Lui et deux de ses amis s’y étaient rendu pour faire une partie de chasse. Quelque chose les a attaqués. Ils n’ont pas pu décrire clairement cette chose, mais bien que tout le monde se borne à penser à une attaque d’une bête des bois, je persiste à croire qu’ils ont été confrontés à bien pire.
- Et vous voudriez que je retrouve un cas similaire dans nos dossiers. Je vois. Vous avez le rapport sur vous ?
Je prends la pochette qu’il me tend et en lis le contenu. Le rapport de Blake a été rédigé d’après les témoignages de Brett Yates et de son ami Ramos Clifton. J’y lis les faits suivants :

Le 16 Juin, dans une forêt du Montgomery, les trois étudiants, Yates, Clifton et leur camarade Gavin Gleason, fils de bonnes familles londoniennes, partirent ensemble dans l’idée de s’improviser chasseurs. Ils étaient tous trois armés de fusils et accompagnés chacun par trois chiens. Après une journée infructueuse ils décidèrent de regagner au plus vite le village où ils avaient trouvé un toit pour la nuit. Seulement, ils s’égarèrent très vite dans les bois. C’est sous la pluie et l’orage qu’ils poursuivirent leur chemin à travers les arbres et qu’ils finirent par découvrir une petite clairière entourée d’arbres morts, et au milieu de laquelle se trouvait une cabane. Sans doute était-ce un refuge de chasseurs.
Ils y entrèrent après avoir pris soin d’attacher les chiens à l’extérieur sous un préau couvrant quelques stères de bois.
A l’intérieur se trouvait tout pour le confort des chasseurs, y compris de nombreuses bouteilles d’alcool dont ils profitèrent plus que de raison.
Dans les environs de cinq heures et demi du matin, les jeunes hommes, grisés, étaient toujours éveillés lorsqu’ils entendirent aboyer leurs chiens qui furent brutalement réduits au silence après ce que les deux jeunes hommes ont décri comme un lourd et violent claquement de fouet. Armés de leurs fusils, ils sortirent pour voir ce qui se tramait. Les gémissements étouffés d’un des chiens se firent entendre. Ils venaient de l’arrière de la cabane. Ils appelèrent l’animal pour susciter une réaction de sa part, mais n’eurent pour seule réponse qu’un ultime aboiement étouffé, coupé brusquement dans un « gargouillis ». Une fois arrivés derrière la bâtisse, les trois amis ne virent nulle trace de l’animal. Ils ne trouvèrent pas plus d’élément expliquant la disparition de ses congénères. Yates proposa à ses amis de vite retourner à l’intérieur au cas où les chiens auraient été attaqués par une bête sauvage rôdant toujours dans les parages. Ils étaient presque arrivés à la porte d’entrée quand Gleason, qui fermait la marche, poussa soudain un hurlement. Quand Yates et Clifton se retournèrent, ils aperçurent leur ami être emporté par quelque chose derrière la cabane. Ils n’ont pas pu dire ce qu’était cette chose, malheureusement. Terrifiés au plus haut point, ses deux amis ne purent se résoudre à partir à sa recherche. Ils coururent vers l’entrée de la cabane quand quelque chose agrippa la cheville de Yates. D’après Yates, la chose avait l’allure d’un très long serpent. Malgré la panique, le jeune homme parvint à viser avec son fusil et put se libérer après avoir tiré une cartouche sur la chose. Son camarade l’aida à se relever pour l’entraîner dans la cabane. Ils étaient à une courte distance de la porte quand la « chose » leur aurait barré le chemin en jaillissant du sol. Les deux garçons ouvrirent le feu sur elle. La bête qu’ils n’ont pu voir perceptiblement poussa un cri que Clifton a comparé à une « parodie dénaturée et obscène d’un cri humain ». La peur les contraignit à prendre la fuite à travers les bois. Pendant leur course, ils pouvaient entendre leur assaillant les poursuivre. Clifton a parlé de bruits de branches brisées ainsi que de claquements puissants, comme si quelqu’un fouettait les arbres en même temps qu’il se frayait un chemin dans la végétation. C’est après, approximativement, cinq minutes de course que les sons émis par ce qui les pourchassait cessèrent petit à petit. Ils attendirent quelques instants que le calme se confirme avant de retourner au plus vite au petit village où ils avaient trouvé logis la veille.
Trois heures plus tard, un contingent de policiers inspectait les alentours de la cabane sans trouver aucune trace du jeune Gleason ou des chiens.

- On dirait que vous vous êtes lancé dans une chasse bien hasardeuse, mon cher Byron.
- Vous n’êtes pas plus intrigué que ça ?
- Ce serait vous mentir si je vous répondais « oui», mais vous aider est la moindre des choses que je puisse faire. De votre côté, vous n’avez rien trouvé de significatif dans les dossiers de la police locale?
- Si. Nous avons une dizaine de disparitions enregistrées entre 1862 et 1871. Depuis presque dix ans, le coin est resté tranquille. Mais jamais aucun des disparus n’a été retrouvé. Ils se sont tout simplement évaporés dans la nature. Mais jamais rien n’a été rapporté à propos d’une créature jusqu’à maintenant.
- Et vous pensez que les affaires se recoupent ? Je vois. Bon, voyons ce que nous avons par chez nous. Joignez-vous à moi, cher ami.

Six heures. Il nous a fallu en tout Six heures pour parcourir l’intégralité des fichiers utiles et pour faire chou blanc. Les fameuses disparitions semblent n’avoir jamais attiré la curiosité de l’institut, les seules créatures à tentacules relevées dans nos dossiers sont essentiellement aquatiques et les fouisseuses n’ont pas de tentacules ou de queue ou de membres faisant office de « fouet ». Blake me tend le dernier dossier qu’il y avait à lire. Je le range dans son casier et referme le tout.
- J’en ai assez lu comme ça, mon vieux. De toute évidence, soit ces étudiants ont été agressés par un fou dangereux qui aurait repris du service après des années, soit ils ont eu affaire à bien pire.
- Merci bien pour votre aide, Lucius. En tout cas, une patrouille reste sur les lieux le temps que je suis ici. Si le coupable est un humain tout ce qu’il y a de plus normal, soit il a une planque dans les bois, soit il se trouve à Chalk Hills ou dans un des villages les plus proches. Merci de votre aide, mon ami.
- Navré de ne pouvoir en faire plus.
Quelqu’un frappe à la porte et l’ouvre. C’est Eckhart Bane. Il a l’air éreinté. Je crois qu’il n’a pas fermé l’œil de la nuit.
-Messieurs, bonjour. Pardonnez cette intrusion pendant vos recherches.
Il vient nous serrer la main, tire une des chaises de mon bureau, s’y installe et nous fait signe de nous joindre à lui. Trop heureux de pouvoir enfin nous reposer, nous ne nous faisons pas prier.
- Blake, on vient de m’apprendre que vous requérez l’aide de nos services. Seulement, je me vois au regret de vous dire que nous sommes actuellement en sous-effectif. Deux de nos membres se sont évaporé dans la nature il y a un mois, quatre ont plié bagages au cours des dernières semaines et les derniers à travailler parmi nous sont soit en mission, soit… convalescents. Je suis moi-même très occupé. Cependant, il reste Thomas Sammoth qui travail actuellement sur un cas qui, je le pense, peut souffrir d’une petite parenthèse.
- C’est très aimable à vous, Bane, mais je ne suis pas venu pour perturber les travaux de vos collègues.
- Ecoutez, Blake, connaissant bien Sammoth, faites-moi confiance, je suis certain qu’il sera plus que ravi de revoir la lumière du jour le temps de l’enquête.
- Je suis navré, mais je ne voudrais pas le faire se déplacer s’il doit se retrouver seul. Mes supérieurs exigent que je leur transmette mon rapport au plus vite, alors c’est au plus vite que je dois repartir. J’ai pour ordre d’enquêter dans les bourgs entourant la forêt. Mon équipe a donc beaucoup de pain sur la planche et doit agir rapidement.
Bane semble réfléchir, mais j’ai le sentiment qu’il le fait pour mettre les formes à ce qu’il se prépare à annoncer.
- Blake, allez retrouver Sammoth au laboratoire. Dites-lui que vous serez trois.
Blake parait surpris.
Je le suis beaucoup moins.
- Dites-lui aussi de préparer une voiture pour demain matin.
Je sers les mâchoires. Blake me lance un regard interloqué. D’un geste de la main, Bane l’invite élégamment à quitter la pièce.
- Le laboratoire, mon cher Blake, rappelle-t-il avec un sourire confiant.
Blake s’exécute et nous laisse, Bane et moi, seuls.
- Vous ne manquez pas de culot, Eckhart, dis-je, refreinant un accès de colère.
- Pourquoi ne pas avoir manifesté votre mécontentement ? Blake aurait pris parti pour vous et je n’aurais pas insisté. Vous pouviez, mais vous ne l’aviez pas fait. Pourquoi ?
- Je vois ce que vous voulez faire, Eckhart, mais je ne suis pas prêt à reprendre du service.
- Si, Lucius. Il est temps pour vous. C’est comme ça que vous fonctionnez. Vous n’aimez pas abandonner vos amis. C’est comme en période de guerre. Ceux qui ne désertent pas alors qu’ils ne savent plus pourquoi ils se battent restent pour continuer la lutte auprès de leurs camarades. De Graves, Blake, Sammoth, moi. Nous sommes vos frères d’armes. Je ne veux pas vous voir dépérir comme j’en ai vu d’autres le faire. Je suis navré que votre première mission pour l’institut vous ait tant chamboulé. C’est affreux ce qui est arrivé à ce petit garçon, mais nous avons tous vécu, ici, un jour, une épreuve traumatisante.
Les yeux rivés sur mes mains jointes et serrées, je me remémore ce qui s’est passé il y a des mois. Je repense à ces discussions que nous avons eues avec Bane. Il ne m’a jamais laissé tomber. Mais il ne m’avait encore jamais brusqué.
- Et si les choses tournaient mal à nouveau. S’il s’avérait encore que les choses tournent mal ?
- Vous ne serez pas seul, Lucius. On ne vous laissera pas seul. Quand nous nous sommes rencontré, je me rappelle comment vous avez surmonté la découverte du surnaturel. Comment vous avez accepté le fait que notre monde n’était pas que science et pensée cartésienne. Vous êtes un bon enquêteur. Ne gâchez pas votre talent. Nous avons besoin que vous vous joignez à nouveau à nous.
Quoi que je puisse dire, je sais que dorénavant, Bane ne cessera pas de chercher à me convaincre. Ca n’en finira jamais. Je pourrais tout aussi bien me contenter de me lever, quitter la pièce, récupérer mes effets personnels et ne jamais revenir, mais je ne pourrais jamais m’y résoudre.
Bane croise les bras. Il attend une réponse. Dans ma tête, c’est la torture. Je suis tiraillé entre mon envie de retrouver mon ancienne force de caractère et la peur. Ce que j’ai vécu et ce que j’ai vu au cours de ma première enquête pour Ashcroft m’a profondément affecté. J’ignore si j’ai l’esprit suffisamment fort pour revivre de telles horreurs.
Tout est une question de décision. Je m’étais un jour promis de ne pas céder à la terreur. Quel échec. Mais tout au fond de moi, je sais que si je ne fais rien, je demeurerai à jamais dans le cloisonnement de ces murs. Et si la fin de la réclusion était venue ? Je dois prendre une décision. Je dois me lancer.
- Eckhart. Je crois pouvoir dire qu’il y a peu d’amis en ce monde qui méritent qu’on se batte pour eux. Je vais au laboratoire retrouver Sammoth et Blake, dis-je, un fond de résignation dans la voix.

***

Le matin du 19 juin, Blake, Sammoth et moi chargeons nos affaires dans la voiture qui nous emmènera à Chalk Hills.
Je n’ai pas dormi de la nuit. L’angoisse m’a retourné les sangs et mon cœur avait tambouriné comme une machine infernale dans ma poitrine. Seul dans ma chambre, j’ai ressassé cent fois dans ma tête les raisons qui m’ont poussé à accepter de partir. Mais j’ai promis à Bane de tenir et je me tiendrais à cette promesse.
- Je suis ravi de vous voir à nouveau sur pied, Lucius, me dit Sammoth en prenant ma valise des mains pour l’installer dans le fiacre. C’est important pour moi que vous repreniez le service.
Bien que peu convaincu, je trouve une réponse qui aurait pu paraître amusée si mon visage ne trahissait pas une certaine anxiété.
- J’aurais été un bien piètre ami si nos funérailles n’avaient pas lieu le même jour.
Sammoth rit de bon cœur et me gratifia d’une grande tape sur l’épaule.
- Vous assisterez aux miennes bien avant d’avoir l’âge de vous inquiéter de la visite de la Faucheuse, mon vieux.
Je ne peux m’empêcher d’étirer, bien malgré moi, un large sourire. L’humour fraternel. Cela m’avait manqué. C’est important pour moi sur le terrain. Tout du moins, ça l’était.
Nous nous installons dans la voiture, suivis de Blake qui adresse ses remerciements à Bane.
Nous voilà partis pour Chalk Hills, petit village chaleureux et agréable. Apparemment le coin idéal pour vivre une vie paisible, loin des tourments de la cité, et parfait pour fonder une famille. Le genre de coin pour lequel je n’ai absolument aucun goût. Pendant le voyage, Blake, Sammoth et moi discutons de l’affaire sous ses différents aspects. Si c’est une hallucination, comment Clifton et Yates ont-ils pu avoir la même ? Le témoignage de l’un a-t-il affecté celui de l’autre ? Ont-ils mentis pour couvrir, de manière aussi imbécile, la mort de leur ami ? Serait-ce un simple canular parmi tant d’autres ? Existe-t-il réellement une telle créature dans les bois du Montgomery ? Nous relisons les dépositions des jeunes hommes et cherchons une dernière fois une incohérence dans les témoignages des deux étudiants.
Alors que je termine une troisième fois la lecture du rapport, Sammoth me dit que nous arrivons à destination.
Ce que je peux dire, c’est que Chalk Hills est exactement comme l’idée que je m’en été faite : un bourg magnifique entouré de cottages. Pour la plupart, des résidences d’été appartenant à de riches familles vivant dans les grandes villes. Certaines sont déjà présentes, mais d’autres devraient les rejoindre dans le mois à venir.
Nous descendons à l’hôtel du village pour y déposer nos bagages, tout en prenant soin de ne pas oublier notre matériel, et nous nous mettons en route pour retrouver le lieu de la disparition de Gavin Gleason.

***
Après une heure de marche à travers les bois, débouchons sur la fameuse clairière. Un détail me trouble, cependant. L’endroit n’est pas comme je l’imaginais. Blake, lui-même parait choqué.
- Blake. Vous ne trouvez pas la clairière transformée depuis votre première venue ?
- En effet, répond-il, hébété. Comment cela est-il possible ? La végétation est luxuriante.
Tout autour de nous, les arbres brillent de couleurs éclatantes, les fleures parfumées et sublimes recouvrent la terre. C’est une merveille de la nature. La seule chose qui gâche la beauté de ce coin de paradis est la vieille cabane en bois plantée en son centre. Plutôt grande et mal fichue, elle occupe le terrain comme un furoncle encombrerait le plus beau des visages.
- Je ne comprends pas, reprend Blake, j’y étais encore hier matin. Je vous assure que les arbres morts étaient bel et bien morts. La boue n’était pas encore sèche et l’herbe y était clairsemée.
Sammoth affiche une moue perplexe. Il fouille dans sa sacoche et en sort son canif. Il découpe un échantillon de terre fleurie sur un rayon de quinze centimètres environ et l’extrait en arrachant les racines dont il observe l’orientation. Après avoir posé au sol son petit carottage, il s’en va en réaliser un autre cinq mètres plus loin, et analyse à nouveau l’orientation des racines. Je m’approche de mon collègue et jette un œil intrigué à son œuvre. Il y a en effet un élément perturbant dans ce qu’il a recueilli. Blake, un peu perdu, semble vouloir nous demander ce que nous sommes en train de faire, mais il s’en abstient lorsqu’il me voit commencer à recueillir un autre échantillon à l’autre bout de la clairière.
Nous récoltons ainsi six morceaux de terre fleurie à différents points autour de la cabane.
- Vous avez quoi de votre côté? Me demande Sammoth.
- J’ai la même chose que vous, je pense. Les racines pointent toutes en direction du refuge. Vous voulez qu’on déterre un arbre, pour être sûr ?
Sammoth ricane et tend un des échantillons à Blake, perturbé par notre manque de communication.
-Vous voyez ça, mon cher ? Et bien ce n’est pas normal.
- J’avoue ne pas comprendre.
- Et bien sur ce petit morceau de terre, nous avons trois fleurs. Ces trois jolies demoiselles ont toutes leurs racines tournées vers un point d’origine d’où elles tirent ce qui les fait vivre. De plus, leur inclinaison suggère qu’elles ne cherchent pas leurs aliments en profondeur. J’ai bien peur que leur source d’énergie soit la cabane.
- Si une source d’eau se trouve sous la cabane, je ne vois pas ce qu’il y a d’étrange de ce côté-là.
- La clairière fait approximativement vingt mètres de diamètre et les fleurs ont envahi tout le terrain, dis-je en rejoignant mes compagnons. De si petites plantes ne peuvent pas étirer leurs racines vers un point aussi éloigné. Soit la nature nous offre une nouvelle surprise et nos deux clients ont été attaqués par une souche qui poussait trop vite, soit, vous avez bel et bien déniché un cas qui mérite notre attention.
- Je ne pense pas que mes supérieurs seront heureux de l’apprendre. Par ailleurs, il va me falloir vous abandonner. Mon équipe m’attend. La police locale va continuer les recherches par le sud et mon équipe enquêtes sur les suspects potentiels. Je dois superviser le tout, alors, j’espère que vous ne m’en voudrez pas. Nous nous retrouvons ce soir à l’hôtel.
- Je suis navré, mais nous nous reverrons demain matin.
Pourquoi ? Pourquoi cette idée m’est-elle venue ? Pourquoi m’y suis-je accroché ? Je regrette déjà mes mots. Sammoth est visiblement surpris par mes propos.
- Je pense qu’il nous faudra passer la nuit dans la cabane.
- Et pourquoi, mon cher Lucius ? me demande Sammoth, encore plus éberlué.
- La chose, si elle existe, a, je pense, attiré les étudiants à elle. Ils ont passé une nuit sans encombre en restant à l’intérieur de la cabane. De plus, regardez autours de nous. Tout est recouvert de végétation. Le sol, les arbres, les pierres, mais pas la cabane. La chose ne doit probablement pas avoir d’influence sur la cabane elle-même.
Mon petit discours, bien qu’énoncé sur un ton peu engageant, semble avoir caressé la curiosité de mon collègue. C’est alors sur un air plus convaincu que je reprends.
- De plus, nous sommes armés et mieux préparés que l’étaient ces trois gamins. Deux d’entre eux en sont revenus saufs. Je dois dire que malgré mon manque d’entraînement, j’ai les jambes parées pour une bonne course si un sanglier venait à me pourchasser. Pas vous, Thomas ?
Je vois son visage se détendre et m’adresser une mine enjouée. Blake me fait un signe respectueux de la tête comme pour saluer le retour d’un confrère parmi les siens.
- Alors, mes amis, je vois que vous êtes décidés, conclut Blake. Décidément, les membres d’Ashcroft sont plus dingues que je le pensais. Soyez on ne peut plus prudents. Je tiens à vous retrouver sains et saufs demain.

Blake parti, mon collègue et moi pénétrons dans le refuge pour examiner les lieux. Tout d’abord, nous observons sa construction : l’entrée donne directement sur un salon d’une vingtaine de mètres carré, meublé d’une simple table en bois, de quatre chaises, d’un garde mangé délabré et d’un buffet contenant de la vaisselle propre et une vingtaine de bouteilles d’alcool poussiéreuses. Au fond de la pièce se trouve une cheminée à la gauche de laquelle monte un escalier usé menant à l’étage. En haut, nous découvrons une grande chambre dans laquelle pourrissent quatre sommiers défoncés. Seule une petite fenêtre éclaire les lieux. J’en conclus que cela fait un bout de temps que les chasseurs ou randonneurs se contentent de passer leurs après-midi en ces lieux.
Une fois de retour en bas, nous sortons le matériel et les produits confectionnés par les spécialistes de notre laboratoire. Ils vont nous permettre de détecter les potentiels résidus prouvant la présence d’esprits ou autres êtres immatériels dans le refuge. Nous commençons par la poudre de Volztok pour dévoiler les empruntes immatérielles et l’essence révélatrice de brume d’ectoplasme. Ceux que nous appelons démons ou fantômes sont tous composés de cette matière qui laisse toujours les mêmes preuves de son passage derrière elle. Pour se prémunir de la dégradation causée par l’action de leur présence sur notre plan d’existence ou d’un sort pour les chasser, les démons émettent des ondes perceptibles grâce à notre détecteur de vibrations spectrales. Mais voilà, il n’y a rien d’anormal à signaler après les tests. Sammoth prononce les paroles incantatoires qui pourraient perturber, voire amener à nous d’éventuelles bêtes étranges auxquelles l’institut a déjà eu affaire, mais là encore, nous n’obtenons aucun résultat. Il en va étrangement de même lorsque nous réitérons nos expériences à l’extérieur. Nos détecteurs ne signalent aucune activité spectrale, chose étrange quand on pense qu’une magie doit bien devoir opérer en ces lieux pour agir ainsi sur la végétation.
Il est maintenant vingt heures et il ne s’est pour le moment rien produit d’étrange ou de surnaturel. Rien n’a réagi à nos tests.
- Bredouilles, mon bon Lucius. Bredouilles. Je pense qu’on peut ranger nos affaires et commencer à nous attaquer à nos collations.
- Je pense comme vous. Cependant, laissez nos ustensiles tels qu’ils sont. Nous recommencerons après une pause, une fois la nuit tombée. Si la chose s’active la nuit, nous serons plus à-même de la prendre dans nos filets.
- Enfin, pour peu qu’on sache ce qu’elle est et que notre encombrante cargaison soit utile sur elle.
- Restons prudents, cher confrère. Restons prudents.

Deux heures se sont écoulées, la nuit a plongé la clairière dans le noir et nous recommençons tous nos tests. Encore une fois, nous faisons chou-blanc.
- Nous voilà bien avancés, me lance Sammoth. Je pense qu’il ne nous reste plus qu’à rester là, à attendre.
- Inutile de reprendre nos expériences à l’extérieur. Si c’était un esprit ou une manifestation immatérielle, les réponses auraient déjà dû nous être données ici.
- Sauf s’il s’agit de végétaux tueurs. Vous savez, des plantes dévoreuses d’êtres humains.
- Vous vous moquez de moi ?
- Un peu, j’avoue.
- Attendez, Lucius ! Vous entendez ?
- Je n’entends rien.
- Si, si, écoutez.
J’ai beau tendre l’oreille, je n’entends rien. Mon ami serait-il en train de se moquer de moi à son tour ? Nous nous trouvons dans le silence le plus total, alors je ne vois pas ce qu’il pourrait entendre.
C’est là qu’un premier grondement nous parvint comme un écho sourd et lointain.
- Thomas. J’ai bien peur que vous ne soyez troublé par votre envie de découvrir une entité surnaturelle.
En effet, le grondement se fait entendre à nouveau et je comprends alors qu’il ne s’agit ni plus ni moins que d’un orage qui s’en vient ;
- Bougre d’idiot, raillai-je.
- Bon, je le reconnais que cette détonation est due à l’orage, mais je suis certain d’avoir entendu autre chose d’approchant.
- Commençons plutôt à encenser ce taudis avant d’interpréter tout et n’importe quoi comme étant l’œuvre de la chose. Avec cette attitude, la paranoïa va nous gagner avant que le soleil ne se lève.
Nous nous mettons alors à brûler nos encens pour protéger notre abri quand une constatation me vient. Je me sens bien. Quelle singulière sensation. Etre sur le terrain en compagnie de mon ami me rassure. Mes angoisses se sont envolées, même si un léger sentiment d’inquiétude subsiste. J’ai autant envie de découvrir ce à quoi nous allons être confrontés que je le redoute. Par ailleurs, je n’éprouve absolument aucune crainte à l’idée que ce soit un fou dangereux. Curieusement aucune.
C’est en passant mon encens par-dessus la porte d’entrée qu’un détail m’interpelle. Je prends une chaise et me hisse au dessus pour mieux observer le haut du chambranle. Un symbole y est gravé. Je me munis d’un morceau de papier et d’un crayon, puis je frotte la mine sur toute la surface de ma feuille jusqu’à obtenir les détails de la gravure.
- Thomas, regardez ça. C’est inscrit dans le bois. Ca ne vous rappelle rien ?
- On dirait un sceau de protection détourné. J’y vois tracée la marque de la Forteresse et quelques autres marques de confinement, mais la plupart des inscriptions me sont inconnues. Mais si la Forteresse a été gravée, c’est que ce sceau empêche l’intrusion de quelque chose dans cette ruine. On a souvent assimilé le mythe du vampire à ce genre de symboles. Ils empêchent l’être surnaturel d’entrer s’il n’y est pas convié.
- Tout comme ceux à l’entrée de l’Institut. Et bien quelqu’un de bien informé est passé par ici à ce que je vois. Pas étonnant que les étudiants aient été attaqués à l’extérieur si leur agresseur n’a pas été créé par Mère Nature.
Je m’attendais à une réplique de la part de mon ami mais il plaqua une main contre mon torse.
- Lucius ! Là ! Vous entendez ?
Je ne suis dorénavant plus convaincu que l’imagination de Sammoth lui a joué des tours, car voilà que je perçois à mon tour ce le fameux bruit. C’est un son faible, répétitif. Presque une voix. Je m’apprête à demander à mon ami s’il a une idée de ce que c’est quand il m’intime le silence. Du doigt, il m’indique la cheminée. A pas lents et silencieux, nous nous y dirigeons, munis de nos lampes à huile. A mesure que j’avance, je sens la peur remonter en moi comme une nausée soudaine. Plus nous approchons, plus le son devient clair et identifiable. Ce sont de faibles gémissements plaintifs. Des gémissements implorants et emprunts d’une grande douleur. Sammoth murmure à mon oreille :
- Soulevez la trappe au sol de la cheminée. Elle mène aux fondations. Il y a sûrement quelqu’un en dessous. Je vais jeter un œil.
Je sais qu’en disant « quelqu’un », il pense tout comme moi au jeune Gleason. Je suis certain que c’est lui. Il faut que ce soit lui. Mais je n’ose imaginer ce qui a bien pu conduire ce garçon à aboutir sous nos pieds. Une fois au pied de la cheminée, je m’empare de la trappe en métal. Une fois l’ouverture libérée, Sammoth y passe précautionneusement la tête et sa lampe.
- Alors ? Vous voyez quelque chose ?
Pour seule réponse, il me tend sa main libre pour me faire comprendre de patienter un moment.
Ca y est ! Il se lève d’un bon en reprenant son souffle. Ce qu’il cherchait l’a apparemment surpris. Mais il ne prend pas la peine de retrouver sa respiration. Sans attendre, il saisit le tisonnier qui se trouve sur la cheminée et sort en trombe. Je n’ai pas le temps de lui poser la moindre question. Je n’ai même pas la présence d’esprit de le suivre. C’est quand je me de décide à le rejoindre qu’il rentre en claquant la porte derrière lui, la volonté gravée sur son visage et une hache dans les mains. Il repousse la table aussi loin que possible de son emplacement et se met en position pour frapper le sol.
- Vous allez m’aider à retirer le plancher, Lucius.
- Vous avez vu le petit ?
- Je crois que c’est lui. On va le sortir de là. Je vais entamer le bois avec ça, puis vous retirerez les planches à l’aide du tisonnier.
Je lui fais un signe de tête en guise d’approbation.
Il se met alors à frapper le plancher de toutes ses forces et aussi précisément que possible sur le bord des lattes pour que le tisonnier puisse faire levier. Ceci fait, ma tâche est aisée. A peine nous retirons une planche que je vois à quel point la situation est alarmante. A la vue du jeune homme emprisonné sous la cabane, nous pressons la destruction du plancher. Trois, quatre, nous retirons cinq planches. Le trou est assez grand pour que nous puissions libérer le pauvre garçon. Il se trouve dans un sous-sol d’à peine un mètre de profondeur. Mais le pire est l’état dans lequel Gavin Gleason se trouve : son visage émacié ruisselle de larmes et de sang. On lui a cousu les lèvres avec des racines. Plus affreux encore son corps est enterré jusqu’au buste, lui-même transpercé par d’innombrables racines émergeant de la terre. Ses yeux grands ouverts nous supplient tandis qu’il remue en tous sens comme un homme ligoté.
- Foutre ciel, jure Sammoth.
Pour ma part, je ne peux pas jurer. Je ne peux plus rien dire. Je suis paralysé le temps d’une seconde. Une seconde qui s’écoule comme se sont écoulés ces derniers mois que j’ai passé, enfermé dans mon sous-sol. Protégé dans mon sous-sol.
C’en est trop.
Je m’arme de mon couteau et bondis dans le trou. Il y a suffisamment de place pour que je m’accroupisse. Aussi précisément que ma nervosité me le permet, je défais les liens celant la bouche du petit. Ceci fait, il l’ouvre aussi grand que la douleur lui permet et pousse une plainte déchirante, un râle de souffrance, le tout empreint d’un sentiment de libération. Sammoth me tend sa gourde.
- Tiens, gamin. Hydrate-toi.
Il boit le contenu de la gourde jusqu’aux dernières gouttes. Ca semble le soulager. Sammoth nous rejoint, lui aussi équipé de son couteau.
- Ca va aller. On te cherchait.
- Tu es bien Gavin Gleason ?
Sa voix tremblante émet un faible « oui » souligné par un hochement de tête vif. Il remue à nouveau comme un dément qui tente de s’échapper d’une camisole de force. Il s’arrête, résigné, et pleure tout ce qu’il a à pleurer. Sammoth ne tient plus. Il agrippe toutes les racines qu’il peut et commence à en trancher une bonne poignée.
- Non ! hurle Gavin. Ne faites pas ça !
Mon ami n’a pas le temps de comprendre ce qui se passe. Les racines tranchées s’allongent en un éclair et reviennent se planter dans la poitrine du malheureux, qui pousse un long hurlement inhumain, ce qui tend la peau de ses lèvres et élargit davantage leurs plaies.
- Arrêtez ! Ne me faites plus ça ! Tuez-moi ! Par pitié, tuez-moi ! Vous ne pouvez pas me sauver ! Vous ne pouvez pas… Tuez-moi et sauvez-vous.
Je suis encore sous le choc lorsque Sammoth me regarde, effaré, ne trouvant quoi dire.
- On doit… commence Sammoth. On doit bien pourvoir trouver une solution. Il y a sûrement quelque chose à faire.
Mon esprit tente de se remettre sur les rails. Mon regard est alors attiré par une masse faiblement éclairée par ma lampe. Je m’en saisie et la tend en direction du fond des fondations. Des squelettes. Une dizaine de squelettes humains. Tous les corps sont ensevelis jusqu’au buste, des racines mortes enroulées autours d’eux. Il s’agit sans aucun doute des personnes disparues dont Blake m’avait parlé. Les malheureux.
Gavin ne doit pas finir comme eux. Il faut que nous agissions vite.
- Thomas, dans le manuel de Jenkins, il y a les indications pour préparer une solution qui élimine les parasites occultes. Je vous en prie, allez la trouver.
- Tout de suite.
- Gavin, il va falloir te montrer courageux. Je sais que tu souffres et que tu as peur, mais je t’en prie, tu ne dois pas flancher.
- J’ai mal. J’ai mal et j’ai peur. Il me fait peur.
- Oui, dis-moi. Qui t’a fait ça ?
- Je ne sais pas ce que c’est. C’est un monstre. Une bête avec un visage d’homme. Il ne sort que la nuit pour aller chasser du petit gibier. Quand il revient, il retire les racines qui ferment ma bouche, il me fait boire et me force à manger toute la viande qu’il a apportée avant de recoudre mes lèvres. Chaque jour, il y a… de nouvelles racines qui viennent me transpercer.
- Bon sang...
- Je… Je crois qu’il dort le jour. Quand il en a fini avec moi, il part à l’autre bout des fondations. Je ne l’ai jamais vu clairement, mais… je crois qu’il dort le jour.
- Ecoute-moi. On va tout faire pour te sortir de là, d’accord ?
- Mais vous n’y arriverez pas ! Vous avez bien vu ? C’est impossible de me défaire de ces saloperies. Voyez comment suis enterré. Dites-vous que c’est bien pire en bas. Je les sens remuer dans mes jambes. Elles sont partout dans mon corps. Je suis à peine vivant…
Il s’effondre à nouveau assailli par les pleurs.
- Je veux en finir au plus vite… Je ne veux plus le revoir.
Quelle résignation. Je n’ai aucun mal à comprendre cette envie d’être libéré. Il a vécu le pire et nous sommes impuissants face à un tel désarroi. Je suis tiraillé entre l’envie de le libéré de son fardeau et une farouche détermination à le sauver. J’espère de tout cœur qu’il y a une formule ou une préparation utile dans le livre de soins. A cette pensée vient une réponse immédiate.
- Ca n’ira pas, Lucius, me dit Sammoth, résigné. La solution n’est efficace que pour un parasite. Gavin compte sûrement un bon millier de racines en lui. On ne sait même pas combien sont encore plantées dans la partie inhumée de son corps.
- Il y aurait autre chose ?
- Rien sur ce qui nous occupe ici.
- Il ne tiendra pas deux jours de plus. Vous avez vu comme il est faible. La créature a beau le nourrir, Le petit est trop en piteuse état pour survivre.
- Donnez-moi le livre, je vous prie. J’aimerais voir par moi-même.

Effectivement, je ne trouve rien. Voilà deux heures que je parcours le  manuel de Jenkins. Il est rempli de sorts et de recettes de mixtures et de potions. Tout dans ses pages tourne autours des fantômes, de certains démons et de monstres. On y apprend comment s’en préserver, comment sauver quelqu’un d’une emprise, comment le soigner, ainsi qu’une myriade de choses très utiles dans de nombreux cas de figure. Mais rien en rapport, de près ou de loin, avec celui qui nous occupe.
Sammoth reste auprès de Gavin, le temps que je trouve une idée. A priori nous ne risquons rien jusqu’au levé du jour. Jusqu’à ce que la bête revienne de la chasse. Pour calmer Gavin, nous avons commencé à le faire boire quelques verres du bourbon qui se trouvait dans le buffet. L’effet a été rapide, je dois dire. Lui et Sammoth discutent calmement. Grisé, le jeune homme parle de sa vie, de ce qu’il aurait voulu faire s’il n’était pas convaincu de ne pas s’en sortir vivant. Mon collègue, lui, tente de le rassurer du mieux qu’il peut.
Je ne peux pas laisser tomber. J’essaie de me convaincre qu’il reste de l’espoir, mais je que je me mens. Je crois qu’il n’est plus utile de se battre. Je sens monter en moi une grande colère. Envers moi-même et envers le monstre responsable de la mort maintenant inévitable d’un jeune garçon qui n’aurait jamais dû subir pareil martyr. Je referme le livre, me lève de ma chaise et lance violemment l’ouvrage contre la porte d’entrée. Je me lève pour retrouver Sammoth, quand, illuminée par un éclair, une chose attire mon attention et me glace le sang.
Un visage me scrute derrière une fenêtre.
Je ne le perçois pas avec exactitude, mais suffisamment bien pour noter plusieurs détails. Des trait allongés en font une véritable caricature de visage humain, émacié, creusé jusqu’à l’ossature. La blancheur morbide de sa peau lui donne un aspect crayeux. Mais ce qui choque par-dessus tout, c’est son regard. Un regard vide, noir et sans yeux. Seules me contemplent deux orbites profondes.
Nous restons tous deux figés quelques secondes à nous étudier l’un l’autre. Lui, comme un prédateur paré à tuer. Moi, tendu comme une proie se préparant à être attaquée. Je suis sur le point de prévenir Sammoth quand la chose s’abaisse subitement et qu’un grattement sonore résonne dans la cabane. Mon collègue interloqué par ce capharnaüm se redresse d’un bond.
- Que se passe-t-il, Lucius ?
Ce bruit ne peut signifier qu’une chose. Il faut agir vite.
- Thomas ! Sortez de ce trou !
- Mais Gavin !
- La bête est là ! Elle se fraye un chemin vers vous !
Gavin est affolé, il tourne la tête dans tous les sens, remuant son corps comme un dément, se débattant avec la terre. Dans le désespoir le plus total, Sammoth tente de l’aider à s’extraire en creusant le sol.
Bien que l’idée me semble stupide, ma raison cède la place à la panique et je me jette dans le trou afin tout mettre en œuvre pour lui venir en aide. A l’aide de nos couteaux et avec une rapidité stupéfiante, nous réussissons à trancher de nombreux liens. Au fur et à mesure que nous parvenons à exhumer les bras du garçon, les racines fondent à une vitesse ahurissante dans son corps meurtri. Il cri à pleins poumons et exprime avec force toute sa douleur. C’est déchirants, horrible, mais mon ami et moi agissons avec le maximum de sang froid. Nous entendons la terre remuer tout près de nous. La bête n’en a plus pour longtemps avant de nous atteindre. Ca y est. Les deux bras du petit sont libres. Je remonte au salon, suivi de Sammoth, et nous nous mettons à genou au-dessus de l’ouverture pour tirer les bras de Gavin. Il a été enterré récemment, ce qui fait que la terre est assez meuble pour que nous puissions l’extraire. Mais c’est sans compter sur les liens qui maintiennent ses jambes plantées dans le sol. Nous réussissons à le faire sortir jusqu’à la ceinture, mais nous lâchons prise quand les plantes viennent encore plus nombreuses et voraces pour ramener Gavin à sa tombe, plus profondément qu’avant.
- Pitié ! Je vous en prie, tuez-moi ! Faites-le, supplie-t-il.
Je ne réfléchis plus une seconde. Je suis empli de frayeur quand je m’empare de mon arme à feu. Une détonation fait vibrer mes tympans. C’est Sammoth qui a tiré avant moi.
Mais le tir a manqué sa cible. La balle est allée se ficher dans la peau du dos blanc et argileux du monstre. Il s’est jeté avidement sur Gavin pour le protéger comme l’aurait fait un lion pour intimider les charognards envieux de sa prise. Il ne veut pas que nous le privions de sa précieuse source d’énergie. Sammoth et moi tirons sur la chose, lui avec sang froid et moi pris de stupeur. Mais avant de pourvoir déterminer si la chose est blessée, la végétation encombre le trou pour en obstruer l’accès.
Mon humeur tourne comme une girouette, laissant la panique couler vers la colère et la frustration.
- Merde ! Merde ! Et Merde ! On ne peut plus rien faire pour Gavin et on ne peut plus sortir sans risquer d’être pris au piège !
- Mais, je ne comprends pas ! Pourquoi est-il revenu aussi tôt ? Gavin nous a dit qu’il ne revenait pas avant la fin de la nuit.
C’est vrai. Nous avions le temps, mais un élément l’a poussé à revenir vers nous. Gavin et ses amis ont pu passer la nuit entière dans le refuge sans encombre ?
Mais bien sûr !
- Nous avons été stupides, Thomas. Honteusement stupides. Je crois que la créature est en symbiose avec la végétation. Elle répond sûrement à ses besoins. Quand nous avons commencé à saouler Gavin, les plantes se sont mises à assimiler l’alcool. La boisson étant nocive pour elles, la créature a pu le sentir et est revenue pour nous arrêter. Nous avons précipité les choses.
- Lucius. Il était condamné. Nous aurions causé des dommages irréversibles et des hémorragies internes si nous avions cherché à le sortir de terre. C’était fini pour lui bien avant que nous le retrouvions.
J’ai beau savoir que Sammoth a raison, je ne peux m’empêcher de me sentir effroyablement responsable. J’aurais dû faire ce qu’il m’avait demandé et le tuer.
- Ma décision est prise, Thomas. Au levé du soleil, nous quitterons cet endroit après y avoir mis le feu. Si on s’en tient à ce que nous a dit Gavin, cette créature ne doit pas pouvoir sortir au grand jour. Yates et Clifton ont cessé d’être poursuivis à l’heure où l’aurore devait se lever. Si nous brûlons la cabane en plein jour, ce monstre ne quittera pas le sous-sol. Le jour se lève dans deux heures et demie. Soyons prêts à partir.

Il est presque cinq heures et nous sommes parés à toute éventualité, armes aux poings. Sammoth reste calme, mais je suis nerveux. Cela fait deux heures que nous entendons, mêlé au tonnerre et à la pluie, le bruit incessant de racines qui circulent contre le bois du plancher, juste sous nos pieds. Ces sons discontinus s’étendent sur toute la surface, maintenant. La chose ne veut pas que nous percions une nouvelle ouverture pour atteindre Gavin. Dans le premier trou, nous pouvons encore voir les racines, compactées les unes contre les autres, remuer comme une horde de serpents.
- Aidez-moi ! S’il vous plait, aidez-moi !
Sammoth et moi bondissons de nos chaises. La voix de Gavin. Ses cris ne viennent plus de sous nos pieds, mais de l’extérieur. Il est juste derrière la porte. Nous quittons nos chaises et fonçons comme un seul homme à son secours. Nous ne cherchons même pas à trouver où réside le piège. Sur le pas de la porte, Gavin est là, sur le dos, meurtri, maculé de sang et couvert de plaies ouvertes sur tout le corps. Nous le tirons au plus vite à l’intérieur avant de nous enfermer. La chaire de ses jambes est en lambeaux et ses os sont exposés par endroits. Il est profondément choqué et ses yeux trahissent une démence intense.
- De l’eau, nous dit-il. S’il vous plait. Il me faut de l’eau. Beaucoup d’eau.
Sammoth lui amène ma gourde et lui fait boire le reste de son contenu tandis que je le maintiens assis. Il s’éclaircit la gorge mais respire avec grande difficulté.
- Merci… Merci.
- Qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi t’a-t-il laissé t’échapper ? demande Sammoth.
- Il faut… Il faut me tuer. Vous devez me tuer. Vous devez le faire…
Il ne peut plus nous répondre. Ses yeux se ferment lentement. Je crains alors le pire, mais en lui prenant le pouls, je constate qu’il est simplement évanoui.
- Thomas, je dois avouer que je ne m’attendais pas à ça. Il y a un je ne sais quoi qui sent le roussi. La bête cherche à nous atteindre d’une manière ou d’une autre.
- Peut-être pense-t-elle que nous allons immédiatement l’emmener avec nous.
- Probablement. Pour le moment, nettoyons ses blessures. C’est encore ce que nous pouvons faire de mieux.
Thomas sort de son sac une trousse de secours. Nous soignons les plaies avec les onguents venus de notre laboratoire. Leurs effets sont rapides. Les blessures et les chaires à vif sont maintenant préservées de toute infection.

Un détail me taraude. Je pense, à la vue de son regarde inquiet que Sammoth, tout comme moi, redoute le pire. Voilà vingt bonnes minutes que les racines ont l’air d’avoir arrêté leur progression dans les fondations.
Gavin se redresse soudainement. Sammoth et moi nous précipitons sur lui. La bouche grande ouverte, il cherche de l’air. Nous essayons vainement de le maintenir tranquille pour mieux l’examiner, mais il se débat avec tant de force que le maîtriser se révèle impossible. D’un coup de bras, il nous frappe si fort que nous nous étalons à terre, le souffle coupé. Soudain, son bras se met à enfler violemment en déchirant la chaire. Des racines en jaillissent et s’assemblent pour former un épais tentacule végétal mouvant qui plonge dans le trou du plancher pour rejoindre les racines qui en bouchent l’entrée. De l’ouverture surgit alors une multitude de racines qui s’étendent sur la surface des murs à une vitesse stupéfiante. Gavin n’est plus maître de son corps. Des racines s’extirpent de sa peau pour se ficher dans le plancher. Gavin est maintenant plaqué au sol, piégé dans une grande toile de racines. Il ne peut plus hurler mais son visage implorant tourné vers moi me fait comprendre que son désir d’en finir est plus ardent que jamais. Je ne peux plus me permettre de laisser mes peurs agir pour moi. Je peux aider Gavin et je dois le faire maintenant. Je me redresse d’un bond malgré la douleur puis je tire le bras de Sammoth, encore un peu sonné, afin de l’aider à se relever. Les racines gagnent rapidement du terrain. Sammoth reprend sa hache tandis que je cours comme un dératé vers la table sur laquelle se trouve ma lampe à huile. Je m’en empare et m’arme de mon pistolet que je pointe sur la tête de Gavin. Comment puis-je encore hésiter en un moment aussi désespéré ? « Tire ! me dis-je. Tire ! Tu ne lui ôtes la vie que pour le libérer ! Libère-le, bon sang ! » Le petit Baxter. Je ne suis pas arrivé à temps pour le sauver. Là, il est déjà trop tard pour Gavin. Il est déjà condamné. « Libère-le, nom de Dieu ! »
Le coup part tout seul.
C’est comme si ma main avait pris elle-même la décision de faire feu. Une décision que j’aurais dû prendre il y a des heures, déjà.
Sammoth surgit derrière moi et m’empoigne le bras pour m’entraîner vers les escaliers. Les racines recouvrent maintenant les murs, le plafond, la porte et une grande partie du plancher et des meubles. Je suis encore sous le choc, mais mon esprit lutte pour rester alerte. Nous montons à l’étage, mais je suis traversé par une idée.
- Thomas ! Passez-moi la hache !
- Que voulez-vous faire ?
- J’ai dit qu’on allait bruler cet endroit, alors prenez ma lampe.
Nous échangeons nos outils et je tranche les racines barrant mon chemin jusqu’au buffet. Il est recouvert de végétation. Seuls quelques coups suffisent pour que je puisse ouvrir les portes du meuble. J’attrape une bouteille d’alcool que je jette violement au fond de la pièce, une autre dans le coin opposé. Je les brise toutes un peu partout dans le salon tout en tailladant les lianes qui cherchent à m’agripper. Elles sont faibles. Il est facile de les couper, mais il est plus difficile de leur échapper. Je me retrouve maintenant coincé, une jambe piégée dans un entremêlement de racines. Elles compensent leur manque de robustesse par leur nombre. Sammoth se jette aussitôt à mon secours en s’emparant de la hache et me libère en quelques coups bien placés. Nous retournons aux escaliers où je récupère la lampe et la projette au beau milieu du salon. Le verre explose à l’impact avec le sol et l’huile s’enflamme. L’alcool rependu un peu partout dans la pièce brule à son tour. De grandes langues de feu envahissent la pièce et emportent avec elles les racines dans un ballet infernal.
- Lucius ! Il est temps de se sauver ! Venez.
Mon regard se détourne de ce spectacle mais pas sans s’être porté une ultime fois sur le corps du malheureux Gavin Gleason.
Nous filons dans la chambre et ouvrons sa fenêtre par laquelle Sammoth jette sa hache. Il y a assez d’espace pour s’y glisser et la hauteur est suffisante pour que nous nous laissions tomber sans risque jusqu’au sol. Sammoth se lance le premier. Je m’apprête à le suivre quand je l’entends pousser un cri de stupeur. Je passe la tête par la fenêtre et vois Sammoth en train de lutter contre une chose qui l’entraîne dans un trou creusé sous la cabane. Avec la force du désespoir, il cherche de quoi se cramponner. Les grosses poignées de fleurs qu’il agrippe s’arrachent du sol et la terre boueuse ne parvient pas à le retenir. Je me hâte de venir à son secours. Je passe mon corps entier par la fenêtre, me jette dans le vide et chute avec heurt sur le sol gorgé d’eau juste à côté de Sammoth. Encore allongé, je me tourne vers mon ami pour m’accrocher à ses mains que je tire aussi fort que possible. Je m’agenouille et réussis à l’attirer à moi. Son corps est pratiquement entièrement délogé de sous la cabane, ce qui me permet de voir que la jambe de mon ami est tirée par un tentacule blanc et argileux. La pluie battante brouille ma vue, mais au point où nous en sommes je suis certain que la bête va lâcher prise. Sammoth est en dehors du trou jusqu’au niveau des genoux. Il en profite pour passer sa jambe libre à l’extérieur et pousse tant qu’il le peut. La bête flanche et son tentacule laisse presque s’échapper sa proie. Je ramasse brusquement la hache et assène un coup violent au tentacule. La lame l’égratigne à peine, mais il disparait en un éclair sous les fondations du refuge en flammes.
- Venez, Thomas ! On s’en va ! Vite !
Nous fuyons à toute jambe dans la forêt, sous une pluie écrasante en laissant derrière nous la cabane dévorée par le feu. Nous traversons les arbres à toute vitesse en mettant le plus d’écart possible entre nous et la bête. Je me souviens très bien du rapport et je sais qu’elle va se lancer à notre poursuite.
Après une centaine de mètres de course, mes prévisions se révèlent exactes. Je ne vois encore rien, mais j’entends nous rattraper un bruit répétitif et oppressant. Un bruit de fouet. Rythmique et rapide, il se mélange aux craquements de branches que la créature déchire avec rage pour nous retrouver.

Nous puisons en nous des forces insoupçonnées pour la distancer. La pluie nous aveugle presque, les branches fouettent nos visages, la terre noyée dans les flaques nous fait déraper mais les éclairs providentiels, de plus en plus réguliers, nous permettent d’éviter certains obstacles. Une curiosité morbide me pousse à regarder à deux reprises derrière moi. Il faut que je sache à quoi ressemble le monstre. Un premier éclair me permet de discerner son visage blanc et argileux empli d’une fureur aliénée. Le second le dévoile dans toute son horreur. Un corps sans jambes qu’il déplace d’arbre en arbre à l’aide de longs bras maigres terminés par des tentacules qu’il claque avec violence sur les troncs pour se mouvoir à vive allure. Malgré son handicap, il fait preuve d’une vélocité effarante. Cerner tout ce que cela implique m’encourage à ne plus me retourner et à me concentrer sur mon unique but : la survie. La terreur décuple mes forces lorsque la créature lance un long hurlement assourdissant et glacial. Je l’entends faire claquer ses tentacules avec plus de force dans un fracas effrayant. Il est de plus en plus proche et sa voix témoigne de sa furie. Sammoth est à plusieurs mètres devant moi. Je peux le rattraper. Je le peux. Je trébuche sur une souche mais je me relève aussitôt pour continuer à fuir. Nous sommes maintenant en dehors du bois et arrivons dans un champ. Je vois le ciel. Un ciel gris. Le plus beau que j’ai jamais vu. Le jour a commencé à poindre. J’espère que, comme je le pense, le soleil a un effet néfaste sur la bête, mais je ne m’arrête pas. Je continue. Je coure. Je suis essoufflé. Je n’en peux plus.
Sous la pluie, épuisé, je m’arrête et me laisse tomber à genoux dans la boue. Sammoth, que j’avais dépassé sans m’en rendre compte, me rejoint et, comme moi, se retourne et regarde vers l’orée du bois. Là-bas, loin devant nous, nous parvenons à distinguer la bête qui nous scrute. Elle ne peut plus nous atteindre. Elle ne peut plus rien nous faire. L’aube est là. J’avais raison.
Sans même faire éclater sa colère dans un dernier râle, la bête disparait à travers les arbres.
Nous sommes sains et saufs. La victoire de cette course est belle, mais elle fait resurgir un goût amer. Nous sommes vivant, mais Gavin…
Il était condamné, je le concède, mais je ne peux oublier ce qui s’est passé.
Sammoth s’affale à côté de moi, éreinté au point de ne plus en pouvoir respirer. Je suis aussi las que lui, mais un poids plus lourd que celui de l’harassement vient m’écraser les épaules. Celui de l’anéantissement. Je suis totalement éteint. Une multitude d’images terribles m’envahissent. Je revois deux garçons mourir tandis que je m’en sors encore. Mais je n’aurais pas pu en faire plus. Je ne suis coupable de rien. J’ai fait ce que j’avais à faire. Mais notre tâche à Smmoth et moi n’est pas encore accomplie.

***

Quelques heures plus tard Sammoth et moi sommes à peine remis de nos émotions que nous retournons à nouveau dans la clairière. Cette fois, nous sommes accompagnés de Blake et d’une dizaine de ses hommes.
Sans surprise, c’est sous une lourde pluie que nous retrouvons les lieux dévastés. La cabane est en ruines et la végétation alentour à subi les ravages occasionnés par la perte de l’être qui l’alimentait. Plus une fleur ne resplendit. Les arbres, maintenant nus, ont le bois noir et pourrissant. La terre elle-même n’est plus qu’un tapis d’herbes mortes. On pourrait dire que le doigt du diable s’est posé en ce lieu pour en absorber la vie.
Au cours de l’inspection, Blake fait en sorte que ses hommes nous laissent, à mon collègue et moi, le temps de récupérer et d’emporter tout ce qui pourra paraître hors du commun. Dans l’incendie, nos sacoches, nos livres et notre matériel ont fini carbonisés. Il ne reste plus aucune trace de notre passage.
Sammoth et moi entrons dans ce qui reste de la cabane. Le plancher n’est plus qu’un tas de cendres pâteuses dans lesquelles s’enfoncent nos pieds à chacun de nos pas. Il ne reste des murs que quelques planches calcinées qui se battent encore pour tenir droit contre la structure qui cédera bientôt sous leur poids.
Faisons vite.
Il faut que je sache si la bête est là.
A l’aide de barres de fer, nous tâtons sous la cendre pour la trouver, elle ou ses restes. Mais nos premières trouvailles sont des plus macabres. Je demande à Blake de bien vouloir faire venir quelques uns de ses hommes afin de nous aider. Un à un, nous extirpons de la boue grise les squelettes des anciennes victimes du monstre. Nous comptons déjà quinze corps, auxquels va falloir ajouter un seizième, car la pire découverte que nous faisons est celle que je redoutais le plus : celle du cadavre calciné de Gavin Gleason. Je lui adresse intérieurement un dernier adieu quand les policiers l’emportent hors de la cabane.
Nous reprenons nos fouilles. C’est là que nous touchons au but. Nous buttons sur quelque chose de dur. Je préviens Blake qui me rapporte une pelle. Je creuse dans la pâte immonde jusqu’à atteindre une pierre. Avec une corde que je passe autour d’elle, nous parvenons à la dégager. Une fois remontée en dehors des ruines, la pluie nous révèle sa texture, ses formes et sa blancheur crayeuse. La pierre a l’aspect d’une sculpture aux traits fins et détaillés. Je reconnais cette forme monstrueuse et quasi-humaine. Figée dans sa peau de roche solide et inanimée, je reconnais la créature recroquevillée sur elle-même. Sa tête est enfoncée dans ses épaules, ses bras sont pliés à l’extrême et ses tentacules sont enroulés tout autour de son buste. Le tout lui donne l’allure d’un fœtus de gargouille dégénérée.
Malgré cette découverte, je veux être certain que plus rien ne reste dans ce qui était, il y encore quelques heures, le sous-sol de la cabane. Après une heure de sondage infructueux, nous abandonnons les recherches.
C’est avec le concours et la discrétion des agents de Blake que nous parvenons à emporter avec nous la créature taillée dans la pierre.
Pour ne courir aucun risque au cours de notre trajet jusqu’à l’Institut, nous enfermons notre pièce à conviction dans un solide coffre fermé à clé.

***

Dans le rapport officiel soumis à la police et communiqué aux journaux, la cabane était la planque d’un rôdeur qui aurait enlevé et assassiné de sang froid une quinzaine de personnes dont il aurait inhumé les corps. Ses restes auraient d’ailleurs été découverts dans les débris de la cabane à côté de ceux de Gavin Gleason, sa dernière victime. Une lutte entre les eux hommes aurait été à l’origine de l’incendie accidentel qui les a tués.
Il n’a jamais été fait mention de notre implication dans l’enquête.
Pour parvenir à ce pieu mensonge, Mr. Phyneas Bane a du faire appel à certains de ses contacts.

Pour ma part, je reste encore quelques temps aux archives avant de reprendre le service. Mais je suis prêt à revenir sur le terrain, prêt à faire face à ce que me réservent les enquêtes futures. Je ferai en sorte que plus personne ne subira ce que Gavin ou le jeune Baxter ont subi. Si je croyais en un dieu, je le prierais pour le salut des âmes de ces garçons. Je le supplierais humblement de vouloir me donner la force de surmonter ces épreuves. Seulement, je ne peux m’en remettre qu’à moi-même et à mes proches.

Ce soir, je mets un point final à mon récit. En ce qui concerne la créature, j’attends de nouveaux résultats de la part de notre laboratoire et de nos historiens.
C’est la troisième nuit que je la guette depuis son premier réveil dans sa cage en verre trempé. Comme chacune de ces trois nuits, c’est sous son regard vide et glacial que j’écris ces lignes. Je suis convaincu que rien ne pourrait lui permettre de s’échapper, mais je sens qu’elle est prête à attendre le jour où une occasion se présentera. Elle est prête à attendre une éternité.





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MessagePosté le: Aujourd’hui à 07:23 (2017)    Sujet du message: Chalk Hills, Montgomery, Angleterre 1881

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