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Nouvelles achevées et validées [Tome 1]
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Felwynn
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MessagePosté le: Lun 14 Oct - 22:13 (2013)    Sujet du message: Les nouvelles VALIDEES pour le recueil Répondre en citant

Hello,

Le temps presse.
Je vous saurais gré de me faciliter la tâche en mettant une copie de votre texte en spoiler, et un lien dropbox/skydrive/google drive/mega qui permette d'accéder au fichier originel.

>>Lien vers la nouvelle
>>
blah blah. BLAH!


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MessagePosté le: Lun 14 Oct - 22:13 (2013)    Sujet du message: Publicité

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Anthony D
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MessagePosté le: Mar 15 Oct - 11:31 (2013)    Sujet du message: Nouvelles achevées et validées [Tome 1] Répondre en citant



Eucharistie

— Non, je reste sur ma position. J'ai trouvé Kundry un peu faible.
— Largo, tu es toujours trop exigeant avec les femmes !
C'était un soir de 1885. Quelques amis et moi-même revenions de l'opéra ou s’était jouée une petite pièce ravissante, mais sans prétention. Je serais bien en peine, aujourd'hui, d'en donne seulement le titre. Du Gretry, peut être. Au fil des conversations, nous en étions revenus à parler de notre dernière grande aventure musicale en évoquant notre voyage à Bayreuth, pour aller voir jouer Parsifal, dernière œuvre de Richard Wagner. Une pure merveille musicale !
— Ce n'est pas de ma faute si Parsifal était parfait ! Et puis, tu exagères, je n'ai rien dit sur les filles fleurs qui étaient délicieuses. C'était de la très belle musique – du Wagner, excusez du peu ! Il faudra tout de même que je songe à me procurer la partition. En revanche... Le livret était un peu trop bigot à mon goût. J'ai préféré la tétralogie. 
— Que veux-tu répondre à ça ? Dès qu'on commence à toucher à la Bible, tu n'es jamais content.
— Aiguise ton sens critique, mon bon Edward ! Ce n'est pas par ce qu'un sujet est religieux qu'on n'a pas le droit de le critiquer. J'affirme même qu'il est doublement condamnable s'il est religieux ! 
Mes compagnons décidèrent que la nuit était bien avancée et qu'il était temps de se coucher, aussi, nous nous séparâmes. Je n'étais pas fatigué pour ma part, et pris la décision d'aller boire un verre à la santé de l'opéra. Je me rendis dans une maison close, non loin de là, que j'avais l'habitude de fréquenter après les concerts. Bon nombre des auditeurs prenaient le même chemin. Les lupanars présentaient l'avantage non négligeable d'être ouverts jusqu'au matin, et je comptais bien m'y attarder.

Comme je passais les portes du bordel, de belles hôtesses vinrent m'accueillir à grands renforts de rires et de baisers. Elles me connaissaient comme un habitué. Ce soir, la tête pleine de musique, ma seule envie était de m'étaler dans un de leurs larges fauteuils avec une bouteille de vin - peut être deux – afin de rejouer Parsifal pour la centième fois dans le théâtre de mon cerveau.
A peine étais-je installé qu'une de mes amies, Lise, m'apportait le fruit de mon désir. C'était une femme charmante d'une quarantaine d'années, dont le sourire mutin et les cheveux poivre et sel promettaient une expérience qui ravissait la plupart des clients. En levant la bouteille à la lumière, j’appréciais : un sauternes. La dame me connaissait bien.
— Veux-tu la partager avec moi ?
— Ça aurait été avec plaisir, mais le baron Dopple va arriver d'un instant à l'autre. Et tu sais combien il est jaloux !
— Jaloux ? Cette excuse me paraît raisonnable, mais tu peux lui dire que s'il n'y a que ça, il peut bien nous rejoindre dans ta chambre, je n'en prendrai pas ombrage ! 
Partant d'un grand éclat de rire, elle me donna un coup d'éventail taquin avant de retourner se poster près de la porte. Le baron arriva quelques minutes plus tard. Je levai ma bouteille à son intention, mais il m'ignora délibérément. Cela me fit sourire. J'en avais l'habitude.

Le lieu était commun, mais ça m'était égal, je ne le fréquentais pas pour son originalité. Une sensualité ambiante épaississait l'air parfumé. Les femmes évoluaient avec grâce, subversives et magnifiques. La séduction de leurs mouvements me fascinait. Baudelaire parlait de « serpents qui dansent au bout d'un bâton ». Un homme de goût.
Perdu dans mes pensées, je ne vis pas le jeune garçon qui s'approchait de moi. Il devait avoir douze ans, tout au plus.
— Mais... Qu'est ce que tu fiches ici ?
— C'est m'sieur l'agent qui m'envoie, m'sieur. 
Merde.
— M'sieur l'agent ? Un grand type assez gras avec plus beaucoup de cheveux et une grosse moustache rousse ?
— C'est ça.
— Est-ce qu'il tripotait sa montre quand il t'a envoyé ?
— Oui m'sieur. 
Merde.
— Bon. Où est-il ?
— Dans la rue Saint-George, m'sieur.
— Très bien, tu peux filer.
— Il a dit que vous m'donneriez des sous, m'sieur ! ajouta-t-il rapidement et avec assurance.
J'entendais très distinctement des pièces tintinnabuler dans sa poche. Sans doute Blake l'avait-il déjà payé pour la course, mais pouvais-je lui tenir rigueur d'en vouloir un peu plus ? Escroquer les fortunés est une saine activité. Et de l'argent, il se trouve que je n'en manquais pas.
Je lui tendis un billet qu'il saisit avant de partir, craignant sans doute que je lui réclame la monnaie. Ce n'était pas plus mal, Caroline descendait les escaliers à ce moment même, complètement nue. Un peu de subversion ne fait de mal à personne, mais il vaut mieux épargner de grandir trop vite à ces têtes blondes. Encore que je fusse certain que ce petit garçon était tout sauf un enfant de chœur.
Cela faisait un mois que je travaillais pour la police d'Oxford. Cet emploi, je ne l'avais pas accepté de gaité de cœur, mais un congrès à Paris avait attiré tous les légistes hors de notre belle ville. Je n'avais reçu aucune invitation pour celui-ci à cause du caractère particulier de mes affiliations : Ashcroft évoluait en dehors des systèmes légaux. Je me retrouvais donc dernier légiste disponible dans la région, et la police requerrait mes services.
J'avais bien tenté de refuser, mais mes supérieurs à Ashcroft avaient à cœur d'entretenir les meilleurs relations possibles avec la brigade criminelle. Je considérais que me choisir pour une tâche touchant de près ou de loin à la diplomatie constituait une grave erreur de jugement. Mais pouvais-je refuser ?
Pressé d'en finir, je me levai vivement, mais chancelai. Au pied du canapé, gisaient deux bouteilles vides, et une troisième généreusement entamée. De trois vins différents, pour ne rien arranger. Respirant à grandes bouffées, je me redressai précautionneusement et sortis, non sans saluer les habitués que je connaissais bien, et les gagneuses encore présentes à cet étage.

La fraîcheur nocturne s'avéra salutaire, elle dissipait mon ivresse. J'apercevais une église, non loin de là, dont le clocher donnait l'heure, mais mon regard était trop flou pour que je parvienne à la lire. Je sortis ma montre-gousset et plissai les yeux pour la déchiffrer. Il était cinq heures bien passées. Il allait me falloir au moins dix minutes pour parvenir à destination.
Disons vingt.

*********

J'étais beaucoup plus lucide lorsque j'arrivai à destination. L'agent Blake trépignait, et se jeta sur moi pour me serrer sommairement la main. Dans son autre paume, il serrait la petite montre à gousset qu'il tenait de sa maman. Il la frottait sans arrêt sur son veston quand quelque chose l'agaçait, l'indisposait ou l'inquiétait. La pauvre montre accusait une pâtine qui lui donnait un air antique.
— C'est pas trop tôt ! J'espère que le gamin ne vous est pas tombé dessus à poil !
— Pas cette fois. Vous avez eu une bonne intuition en l'envoyant là-bas.
— Peuh ! Il faisait partie d'un petit groupe que j'ai envoyé dans tous les bordels. Vous étiez forcement dans l'un d'entre eux !
— Charmant. 
— Au moins, vous n'êtes pas ivre.
— Pensez-donc. 
Derrière-lui, gisait une femme. Je lui donnais trente ans, tout au plus. Elle portait des vêtements d'allure stricte. Tout le bas de ses robes baignait dans le sang. Je les soulevai, et constatai sans surprise qu'il lui manquait un large morceau de cuisse, soigneusement découpé à l'aide d'un objet tranchant. C'était le troisième cadavre présentant de telles mutilations que je découvrais depuis que je travaillais pour la police.
— Encore une ?
— Y a un fou qui traîne, je vous le dis, moi !
— Sans l'ombre d'un doute. 
Il râla en regardant de près l'heure qu'il était sur sa montre fétiche pendant que je continuais d'examiner la blessure. 
— Celle-là aussi, vous voulez l'embarquer avec vous ? demanda-t-il.
— Oui. Je suis plus à l'aise dans mon laboratoire à Ashcroft que dans vos locaux, monsieur Blake.
— Eh bien, je vous appelle quelqu'un pour la déplacer.
— Parfait. 

*********

Je lançai avec rage mon scalpel au sol. Rien. Rien d'éloquent du moins, je commençais à me lasser de tous ces corps aux meurtrissures muettes. Comme à chaque fois, la victime était considérablement mutilée. La blessure à la cuisse, profonde et fatale n'était que la dernière d'une longue série. Sans aucun doute la pauvre femme avait-elle été torturée : les mutilations, nombreuses, s'étalaient sur plusieurs semaines. Ses seins avaient été sectionnés plusieurs jours auparavant, et d'autres morceaux lui manquaient en divers endroits ; des blessures mineures, en vérité, ce qui m'inclinait à penser que le meurtrier était une sorte de sadique. Ses orteils avaient tous été retirés, et sa main gauche était amputée de plusieurs doigts.
Le plus étrange demeurait que les corps ne présentaient aucun signe de lutte. La seule explication que j'envisageais était que les victimes étaient droguées, mais à quoi bon ? Un sadique pouvait-il prendre plaisir à torturer une femme inconsciente ? Cela n'avait pas de sens pour moi. Peut-être jouissait-t-il de la voir se réveiller plus mutilée qu'a son assoupissement ? Là, encore on aurait pu s'attendre à des éléments traduisant de la panique comme des ecchymoses aux poignets et aux chevilles si elle avait été ligotée. Hormi les blessures elles-mêmes, aucun élément n'indiquait que la victime ait souffert. Pourtant, la pauvre femme avait dû connaître un martyr épouvantable. C'était à n'y rien comprendre.
Je décidai d'une pause, cela faisait trois heures que j'étais penché sur ce corps à rechercher des éléments. Chaque découverte et chaque nouvelle hypothèse ne faisait que décupler mon malaise et mes doutes.
Les affaires de la jeune femme étaient posées sur mon bureau. Je m'y dirigeai pour les observer. Il y avait des vêtements, une bourse, et une canne, et aucune piste. Encore que… la canne attirait mon attention. Une canne similaire avait été retrouvée près de la troisième victime. Un meurtrier boiteux aurait pu l'oublier dans sa précipitation. Qu'il renouvelle cette maladresse me surprenait. La perfection des incisions témoignait d'une grande méthode.
Les incisions. Elles étaient admirables, mon œil de légiste ne pouvait que le reconnaître. Elles avaient été pratiquées par une main qui ne tremblait pas d'excitation, et ne manifestait aucune émotion. D'ordinaire, les déments découpent avec une rage fébrile, et une excitation aisée à deviner dans les plaies. Mais celles-ci étaient parfaites.

Je saisis un plane de Londres sur lequel étaient repérés les lieux où avaient été découverts les morts. Une idée me vint. Tous les corps avaient été trouvés dans la même zone. Certains tueurs obéissent à un schéma symbolique, et la localisation des corps peut alors donner des indices intéressants. A l'aide d'un crayon, je joignis les lieux de chacun des six meurtres.
Le résultat s'avéra édifiant.
Un pâté incompréhensible. Mauvaise piste. Je jetai la carte à terre, et cognai ma tête sur le bois froid de mon bureau, espérant me rafraîchir les idées. En vain.

Quelques coups frappés à ma porte me rappelèrent à la réalité. C'était un jeune policier à la glorieuse moustache et aux favoris arrogants. Il me tendit une grande enveloppe de papier kraft.
— Le dossier de madame Watson.
— Merci... 
Je notai son trouble, malgré ses efforts pour le dissimuler. J'oubliais souvent que l'odeur pouvait être incommodante lorsque je travaillais.
— Voulez-vous entrer ? proposai-je avec un sourire en coin.
— Non ! J'ai du travail.
— Je comprends. Bonne journée.
— A vous aussi ! 
Sans un regard de plus, je fermai la porte et m'installai à ma table de travail. Comme toutes les autres victimes, madame Watson habitait Oxford. C'était une dame relativement aisée, or les autres victimes ne l'étaient pas forcément. J'échouais à trouver une corrélation qui me mènerait à un véritable indice.
Un détail, pourtant, attira mon attention. Son époux vivait encore.

*********

Il était trois heures de l'après midi alors que j'arrivais au logis des Watson. C'est une domestique qui vint m'ouvrir, une dame d'un certain âge qui ne devait pas en être à sa première génération de servitude.
Elle m'invita à m'installer au salon, puis m'annonça. La pièce était vaste et décorée avec goût. De nombreuses iconographies religieuses paraient les murs. Selon toute vraisemblance, je me trouvais chez des anglais très croyants. Le maître des lieux ne tarda pas à arriver. Il se déplaçait avec peine, et à l'aide d'une canne. Encore une. Je savais que le snobisme pousse parfois certains aristocrates à se munir de cannes. Mais la sienne semblait véritablement avoir pour objet de soutenir sa démarche difficile. 
Sans me saluer, il s'adressa à moi, d'une voix forte et impérieuse.
— Monsieur j'ignore ce que vous voulez, mais les policiers sont déjà venus m'importuner ce matin. J'ai dit tout ce que j'avais à dire.
— Calmez-vous. Je ne suis pas policier. 
— Dans ce cas, vous avez encore moins à faire ici. Sortez.
— Je suis détective privé, précisai-je. C'était un mensonge, mais il mettait souvent les gens en confiance : les institutions font peur, tandis que les indépendants semblent inoffensifs. Par leur incompétence, bien souvent.
— Cela m'est égal, allez vous-en.
— Vous ne pouvez pas laisser les questions concernant la mort de feu votre épouse sans réponses. De prochaines victimes pourraient venir, et votre témoignage m'aidera.
— Vous aidera à quoi ? J'ai déjà dit à la police que j'ignorais tout de cette histoire.
— La police manque de certains éléments dont je dispose, menti-je. Pouvons-nous nous asseoir ?
— Je préfère rester debout. Et vous partiez de toute manière.
J'observais sa posture. Il semblait en souffrance constante.
— Laissez-moi au moins vous montrer les photos des autres victimes. Pourriez-vous me dire si votre épouse les connaissait ?
— Je me suis déjà prêté à ce jeu avec la police. Mon épouse et moi ne fréquentions aucune de ces personnes.
— Je vois qu'ils ont bien travaillé. Laissons tomber les photos dans ce cas.
— Avons-nous terminé ?
— Non. Votre femme était-elle absente de la maison depuis longtemps ?
— Absente ? Mais de quoi parlez-vous ?! Elle est simplement sortie un soir, et n'est jamais revenue. Point finale. Maintenant, allez-vous-en ! 
Cette confession me stupéfia. Elle réfutait l'hypothèse de la séquestration, et rendait les mutilations plus inexplicables encore.
— Foutez-moi le camp ! 
Je n'eus pas le temps de protester que déjà la domestique me saisissait par le bras et me mettait à la porte. Elle était aussi robuste que j'étais chétif.
Retour à la case départ. Je décidai de comparer tous les cadavres une fois de plus.

*************

Face aux photographies des victimes, j'étais désemparé. Elles présentaient toutes les mêmes mutilations, mais aucun autre élément ne permettait d'établir une corrélation. Les seins des femmes et les pénis des hommes étaient amputés. Avais-je affaire à un maniaque sexuel ? Quand bien même, cela ne me donnait d'indices que sur les pulsions meurtrières, pas sur le meurtrier lui-même.
Les blessures étaient les seuls éléments concrets de mon enquête, avec l'intime conviction qu'elles étaient le centre de l'énigme. Leur nature avait quelque chose d'inhabituel. Similaires sur chaque victime, elles étaient pourtant légèrement différentes pour un œil expert, comme si la technique, toujours identique, était opérée par une main nouvelle. Des dépôts de rouille m'amenaient à penser que la même arme avait été utilisée. Peut être avais-je affaire à une bande organisée : la même arme, des méthodes identiques, mais jamais la même main.
De ma brève rencontre avec M. Watson, je retenais que les victimes n'étaient pas séquestrées. Les mutilations s'étalaient pourtant sur plusieurs semaines. L'écheveau demeurait indémêlable, cela avait le don de m'exaspérer. Fallait-il alors que les victimes partageassent le toit de leur bourreau ? Monsieur Watson ? Son comportement avait tout pour être suspect. Et il se déplaçait avec une canne !
J'exultai un court instant avant de sombrer dans la mélancolie. Le vieux Watson avait tout l'air d'être réellement diminué. Trop sans doute pour se laisser aller à oublier la canne qui l'aidait dans ses déplacements. Et puis, rien n'expliquait pourquoi les victimes semblaient n'avoir pas résisté à leur tourmenteur.

— Ces blessures n'ont pas pu apparaître d'elles-mêmes, bordel ! hurlai-je en donnant un grand coup de pied dans mon bureau.

Soudain, comme si le formuler à voix haute m'aidait à mettre le doigt sur ce qui dormait déjà dans mon esprit, je reportai mon attention sur les photographies des cadavres. Je les étalai devant moi pour les examiner à nouveau. Tous les éléments prenaient forme dans ma tête.
Leurs dos étaient intacts. Les mutilations commençaient au niveau des fesses. L'une des victimes, plus corpulente, portait des blessures différentes. La lumière se fit dans mon esprit.
Le meurtrier qui m’obsédait tant n’existait pas !
Incrédule, je me forçai à reprendre mon raisonnement, mais j'arrivai encore et encore à la même conclusion dérangeante : les victimes s'étaient mutilées elles-mêmes !
Cette terrible possibilité me laissa étourdi de longues secondes. Un peu hagard, je me tournai vers la dépouille de Mme Watson. Ses blessures prenaient un sens nouveau et morbide, même pour moi.
Il était nécessaire que je retourne chez la seule autre victime que je connaissais et qui était encore en vie.

**************************

De retour dans le salon de M. Watson, je grattais nerveusement mon bouc. L'homme ne pouvait pas ignorer l'automutilation de son épouse, et les amputations que j'avais observées chez lui m'incitaient à croire qu'il partageait la même sinistre habitude. La veille, j'avais été reçu de manière cavalière. La diplomatie ne m'avait été d'aucune utilité. Il m'allait falloir employer une autre méthode. Les iconographies religieuses me rappelèrent à certains aspects de la religion qui pourraient bien me servir. Un homme en colère est souvent bien plus bavard qu'un homme en pleine possession de ses moyens. Et il est facile d'énerver un croyant.
Enfin, il arriva.
— Ne vous ai-je pas dit que je ne voulais plus vous voir ici ?
— Vous avez été très explicite, monsieur. Mais de nouvelles informations me sont parvenues. Je suis au regret de vous annoncer que je soupçonne votre femme de s'être suicidée.
— Quoi ?! tonna-t-il.
Eut-il été en mesure de me courir après, je crois qu'il l'aurait fait. Son regard était plein de haine, et son corps tout entier bouillonnait du désir de me sauter à la gorge. Il poursuivit entre ses dents.
— Sachez, monsieur que ma femme était une bonne chrétienne ! Jamais elle ne se serait laissée aller à cette faiblesse ! Le suicide est du domaine du diable !
Touché.
— Ne vous énervez pas. Je ne pense pas qu'elle l'ait fait en pleine possession de ses moyens.
— Où s'arrêteront vos insultes ? Vous l'accusez d'avoir été inspirée par le démon ? Sortez de chez moi ! 
— Écoutez, pardonnez-moi, monsieur. Quand on travaille toute la journée avec des défunts, on oublie parfois la plus élémentaire des corrections.
— En ce cas, vous seriez bien inspiré de vous taire.
— En certaines occasions, le silence est un luxe qu'on ne peut se permettre. Dans le cas présent, il s'agit de ne pas laisser impunie la mort de votre femme.
— Vous perdez votre temps.
— Sans aucun doute, mais nous devons éviter que le cas se reproduise et que d'autre innocents soient tués.
— Les innocents ne craignent rien.
— Le jugement divin ne suffit pas toujours.
— Il n'est impuissant que lorsque c'est la loi des Hommes qui exige une sentence. Le cas échéant, il n'a pas lieu d'être.
— Qu'entendez-vous par là ?
— Êtes-vous croyant, monsieur Mesto ?
Question piège, l’expérience me l'avait souvent montré. Je jugeais bon de mentir, pour lui soutirer des informations.
— Naturellement. Il me serait intolérable d'enquêter sur tant de morts sans les imaginer dans un monde meilleur.
Quelle connerie. Mais visiblement, cela l'apaisa.
— Ma femme a été rappelée par Dieu. Elle a eu la plus belle mort dont on puisse rêver : elle est partie en paix avec sa foi. Ne perdez pas de temps avec cette affaire, vous ne trouverez rien. Cela dépasse les hommes.
— Je veux comprendre.
— C'est impossible, monsieur. Excusez-moi, mais je vais devoir vous demander de prendre congé. Je suis épuisé.
— Pourrai-je repasser vous voir?
— Ce sera inutile.
Il m'accompagna à la porte, et me serra la main. Il lui manquait un annulaire.
— Quelle église fréquentez-vous ? me demanda-t-il sur le pas de la porte.
— Saint John. 
C'était un autre mensonge, naturellement, mais c'était la première église qui me vint à l'esprit.
—Des charlatans ! pesta-t-il. Allez à Sainte Mary, à deux pas d'ici. Elle est incomparablement meilleure, et les sermons du père Greenwald ne s’embarrassent pas de démagogie ! Le XXème siècle sera démoniaque, croyez m'en. Les serviteurs de Dieu eux-mêmes assouplissent leurs convictions. C'est intolérable.
— Je n'y manquerai pas. Merci, monsieur.
— Dieu vous garde.

C'était moins une. Encore cinq minutes, et j'allais lui envoyer sa canne dans les plus impies localités. Il y avait quelque chose de terrifiant dans sa foi. Ses yeux n'avaient cessé de briller depuis que nous avions abordé le sujet. Je connaissais mieux que personne le pouvoir dogmatique, mais son influence était différente sur Mr Watson. Il semblait provoquer chez lui quelque chose d'addictif.
Je me fis la promesse d'aller à son église, peut être y trouverai-je des éléments. Fallait-il que je veuille mettre un terme à cette affaire pour en arriver à songer assister à un office !

*********

Le bâtiment était modeste, mais magnifique. J'y arrivais à dix heures du matin, pour la messe. Mes dernières interactions avec le milieu religieux remontaient à loin, et elles avaient toujours été conflictuelles. Surmontant mon dégoût, je pénétrai la bâtisse, et me posai sur l'un des derniers bancs. Les dévôts se précipitèrent auprès de l'autel, ce qui me laissait tranquille au dernier rang. Cela me convenait très bien. Je pouvais ainsi observer à l'envie, voire m'assoupir, si le cœur m'en disait.
Je reconnus Monsieur Watson, dans les premiers rangs. Il ne me remarqua pas, trop absorbé qu'il était dans son missel.
Les chants débutèrent. Épouvantables et faux, naturellement. Le sermon du jour parlait d'alcool. Pour peu que je j’eusse cru en toutes ces sottises, j'aurais soupçonné le ciel de chercher à m'adresser un message.
Je pouvais toujours me rabattre sur l'architecture. Comme d'habitude, elle était splendide, c'était une église gothique de toute beauté, aux vitraux fins, et aux voûtes raffinées. Mon observation m'amena à remarquer l'emploi du temps de l'église affiché près de la porte. Un détail m'y frappa. J'y voyais l'horaire de la messe et les dates de célébrations exceptionnelles, comme c'était l'usage, mais surtout, je constatai que cette église célébrait mâtine. C'était extrêmement curieux. Non seulement, les moines seuls étaient supposés respecter la liturgie des heures, mais en plus, c'était la seule des célébrations canoniales qui semblait être observée ici. Je ne voyais nulle part mention de Laudes, Sexte, des Complies, ou des Vêpres. C'était louche.
Je me levai discrètement, et quittai l'église. Il n'était plus question que j'assiste à la totalité de cet office. Je savais déjà que j'allais devoir m'en coltiner un autre le soir même.
Mâtine avait lieu à quatre heures du matin. Il valait mieux que je dorme un peu.

*********

La nuit me tendait les bras. J’allais la passer dans une église, alors que j’avais passé celle de l’avant veille dans un bordel. L’ironie me plaisait.
J'ignorais si cette cérémonie se déroulerait comme des Mâtines ordinaires, mais j'avais pris mon vieux psautier. Les douloureux souvenirs des retraites que m'avaient imposées mes parents me promettaient un long moment d'ennui et de lecture de psaumes.
Les fidèles étaient peu nombreux, et je ne parvins pas à passer inaperçu. A l'évidence, ils se connaissaient tous. Je n'eus aucune difficulté à repérer M. Watson qui paradait comme un notable. Lorsqu'il remarqua ma présence, il prit congé de ses interlocuteurs, et vint à moi, un sourire radieux aux lèvres.
— Vous ici ! Comme je suis heureux que vous m'ayez entendu ! La nuit est un merveilleux temps de prière n'est ce pas ?
— A qui le dites-vous ! Quel meilleur moment pour sentir Dieu que dans les ténèbres.
— Quia tenebrae non obscurabuntur a te, et nox sicut dies illuminabitur : sicut tenebrae eius, ita et lumen eius1.
—Livre des Psaumes. Belle référence.
— Approprié pour Mâtine ! Peu de gens viennent à une telle heure. Vous devez avoir une foi admirable et beaucoup aimer Dieu.
— Il sait tout le bien que je pense de lui.
Par bonheur, l'ironie n'est pas le fort des croyants. Il posa une main bienveillante sur mon épaule, et alla s'asseoir au premier rang. Je l'y suivis. S'il me fallait assister à un rite étrange, j'aimais autant être à côté de quelqu'un sur qui calquer mes gestes pour suivre les coutumes. Et si quelque chose de curieux devait se produire, le premier rang serait l'endroit idéal pour le voir.
L'office débuta.
Comme je m'y attendais, ce fut une longue lecture de psaumes. Quoi de mieux pour abrutir une foule ? Après un temps interminable, le prêtre coupa court aux lectures et s'adressa à nous. Il était extatique, et hurlait son prêche avec une force surnaturelle.
— Mes amis ! Dieu est cette nuit avec nous, comme chaque nuit. Nous guidant dans notre vie mortelle pour nous libérer de nos vices et de nos corps. Le seigneur soit avec vous ! 
Je m'apprêtais à répondre « et avec votre esprit » ainsi qu'on me l'avait appris étant enfant. Mais l'assemblée se tut, et je jugeais sage d'en faire de même. De toute évidence, on n'interrompait pas ce prêtre là. L'atmosphère était dense, on aurait pu saisir la dévotion à pleine main.
— Le corps est le siège du pêché. Plus vous vous approcherez de Dieu, et plus vous quitterez votre corps. Rappelez-vous que c'est par l'abandon physique le plus total, par la mort, que vous accédez enfin au ciel !
» Dieu est immatériel, nous devons prétendre à son absolue perfection, et nous détacher de nos enveloppes ! Rappelez-vous que le Christ a sacrifié son corps pour devenir pureté totale, et nous absoudre des pêchés de nos corps ! 
Tout son prêche était ennuyeux à mourir. Il n'était qu'accusations et invitations à la culpabilité, accusant tout un chacun d'avoir des papilles gustatives, des oreilles, un sexe, et un cerveau pour savoir comment en tirer profit. Il montait en intensité, suivi par des fidèles hypnotisés qui, se redressant presque sur leurs pieds, buvaient ses paroles comme le plus délicat des vins. Il émanait de lui quelque chose de terriblement convainquant. Il parlait d'une voix qui se frayait un chemin jusque dans les plus intimes recoins de ma conscience pour me toucher au mieux. Une voix qui voulait tout à la fois me sonder, me comprendre, et s'imposer.
Enfin, il saisit sur l'autel une large coupe, la leva vers la nef, et hurla avec plus de force et de dévotion que jamais :
— Cette nuit, comme chaque nuit, Dieu nous propose de communier ! Ceci est votre corps livré pour lui. 
Il passa alors, en partant de mon rang, auprès des fidèles en leur tendant un couteau finement ouvragé. Je les vis alors, avec horreur, se mutiler pour offrir leur chair au prêtre. Je me réjouis d'être légiste, je crois que tout autre homme que moi, inaccoutumé aux cadavres et aux corps torturés, aurait pu défaillir.
M. Watson fut le plus généreux de tous. Saisissant le couteau, il sectionna les quelques doigts subsistants sur sa main gauche au dessus de la coupe, et les regarda y tomber avec satisfaction. Me tendant l'objet, il me parla avec tendresse.
— Soyez apaisé, mon ami. La première fois est toujours difficile, mais croyez moi, vous vous sentirez libéré du poids de votre corps après cela. Pour votre première fois, quelques gouttes de sang suffiront. 

Je ne peux nier que j'avais peur. Tous ces gens autour de moi, tous ces adeptes fous, observaient ce rituel avec un abandon malsain. Les dévôts qui attendaient leur tour trépignaient d'impatience, ne pouvant attendre plus longtemps de se soustraire un peu plus à leur prison de chair.
J'étais terrifié.
Je jugeais plus sage de me prêter à leur horrible jeu, et entamai ma paume avec leur terrible lame, déjà gorgée du sang de tant de fidèles. Je serrai mon poing au dessus de la quête, et vit, rassuré, le prêtre passer à mon voisin. M. Watson, avec la fierté d'un père, posa sa main torturée sur ma cuisse, et me considéra avec bienveillance. Il se plaisait à se sentir responsable de mon initiation.
— Vous avez bien fait, mon ami. Comme j'aimerais être à votre place, et revivre la félicité que vous ressentez. 

De félicité, je n'en ressentais aucune. J'étais horrifié. Mais il me fallait pourtant continuer de jouer mon rôle. C'est en me retenant avec peine de vomir, moins devant l'horreur de toutes ces mutilations physiques que de celle de ces déviances mentales, que je lui souris.
— Sed et si ambulavero in valle mortis non timebo malum quoniam tu mecum es virga tua et baculus tuus ipsa consolabuntur me2, paraphrasais-je, citant le psaume de la vallée de la mort.
— Exactement.
Et il m'étreignit. Son sang coulait dans mon dos.

A la fin de cette sinistre communion, la messe était dite. Le prêtre s'éclipsa vers les sous-sols en empruntant un escalier proche de la nef. Je notais sa localisation. Nous partîmes chacun de notre côté, certains boitant plus que d'autre.
Lorsque je fus certain d'être hors de vue, je rendis à grands flots sur le pavé.

*********

Le lendemain, je me levais en début d'après midi. Les événements de la veille m'avaient laissé cauchemardeux mais j'étais résolu à mettre un terme à ces horreurs. Je ne peux nier que durant toute mon enquête, et en dépit de mes conclusions, j’espérais découvrir une origine surnaturelle aux mutilations des victimes. Mais l'éclatante évidence m'interdisait tout doute : cette horreur était humaine. L'esprit humain était il donc si faible ? Pouvait-il donc si facilement, pour la promesse d'un futur meilleur, d'une après-vie somptueuse, sacrifier son présent et sa santé ? Je me jurai d'en finir avec cette folie. Je devais m'adresser au prêtre.
Nous approchions de deux heures de l'après midi. C'était le moment d'agir. Peut être était-il temps, après toute ces années, d'aller faire un tour à confesse.

*********

L'église était toujours aussi belle, mais infiniment plus sinistre maintenant que je savais ce qu'elle cachait. Et le savais-je vraiment ?
Il n'y avait que peu de fidèles présents. Le croyant a beau avoir besoin de se confesser pour le salut de son âme, il lui semble toujours inadmissible d'aller le faire à l'heure d'une digestion bien méritée. L'église se remplirait sûrement en fin d'après midi.
Je pus immédiatement prendre place dans l'étroit confessionnal. J'attendis que le prêtre s’adresse à moi, puis me rappelai que c'était à moi d'ouvrir le dialogue. Toutes ces histoires de religion étaient toujours tellement ritualisées...
— Pardonnez moi, mon père, car j'ai pêché. 
S'il y avait de la lassitude dans ma voix, elle était involontaire. Je le jure.
— En quoi avez vous pêché, mon fils ?
—Par où commencer ?
—Nous avons le temps.
—J'étais présent, hier.
—Je ne vois pas en quoi il s'agit d'un pêché.
—Je veux dire que j'étais présent à Mâtine.
— Oh. Eh bien ? Vous doutez, tout cela vous dépasse ? Si cela peut vous rassurer, mon fils, vous n'êtes pas le premier. Chaque fidèle ou presque est venu me voir le lendemain de son initiation. Certains ont pleuré. Le secret du confessionnal m'interdit de donner des noms.
C'était très curieux. Sa voix me semblait différente. Moins assurée, moins galvanisante. Je mis ceci sur le compte du cadre plus intime.
— Pourquoi un tel rituel ?
— Il s'agit de se débarrasser de son enveloppe corporelle. De refuser la chair, de... De préparer son esprit en douceur à l'après-vie en se séparant progressivement du corps. Voyez-vous ? Ainsi que je l'ai dit hier.
— Vous voulez dire qu'il faut rejeter le corps que Dieu lui-même nous a donné ?
— Comment ? Eh bien… Oui, en effet... Mais c'est pour notre salut.
— Au risque de mépriser sa création ?
— Ne dites pas n'importe quoi.
— Ou bien c'est un test, peut être ?
— Oui ! Exactement. C'est un test.
Cela n'avait aucun sens. Ce prêtre, si exalté et convaincant la veille, se révélait preque à court de mots face à moi, comme s'il peinait à habiter la fervente conviction qu'il avait affichée sans peine. Ce magistral meneur d'homme avait-il pu se changer, en une nuit, en un petit homme de foi ordinaire aux idées émasculées ? C'était comme si cet homme là était un autre.
— Pardonnez-moi, j'ai peur de ne pas comprendre.
— Vous n'en avez pas besoin, mon fils. Il vous suffit d'accepter Dieu dans votre cœur.
— Puis-je vous poser une question ?
— Bien entendu, mon fils.
— Qu'avez vous fait des… Des offrandes ?
Sa respiration changea. Il était mal à l'aise.
— Je ne comprends pas la question.
— Les morceaux de corps. Les abats. Appelez-les comme vous voulez.
— Cette question est obscène. Je refuse d'y répondre.
— Quel est l’intérêt de tout ceci ?
— C'est une eucharistie.
— Les jetez-vous ?
— Êtes-vous ici pour une confession, monsieur ?
— Oh, oui.
— Eh bien confessez-vous, qu'on en finisse !
— Je n'ai pas parlé de la mienne.
— C'est la seule qui sera donnée.
— Je ne suis plus certain que ce soit utile...
— Alors allez-vous en !
Je sortis du confessionnal et pris quelques minutes pour réfléchir au cas de ce prêtre. Il était maladroit et son assurance n'avait rien à voir avec celle que je croyais lui connaître. Mais c'est lorsque je l'avais interrogé sur les offrandes des fidèles qu'il avait eu l'air le plus troublé. Peut être était-il temps de s'intéresser à elles, plutôt qu'aux mutilations ? La conséquence promettait-elle plus de réponses que la cause ?
En quittant l'église, je vérifiai l'emploi du temps de la journée. Le prêtre serait vraisemblablement absent à partir de vingt-deux heures, et ne reviendrait que pour mâtine.
Il était temps de m’intéresser à ce fameux escalier.

*********

En retournant sur les lieux du crime, je songeais qu'il aurait sans doute été plus prudent d'attendre que le prêtre ne songea plus à moi, de me faire oublier de lui. Mais une fois la grande porte passée, je ne sentis pas sa présence, et supposai que je n'aurais pas à le craindre. Ce fût sans résistance que je me dirigeai vers la nef, avec la ferme intention d'aller voir où il entreposait ses sinistres offrandes.
Ma jeunesse agitée m'avait doté de quelques talents. J'étais un enfant turbulent, et mes enseignants aimaient beaucoup me confisquer mes jouets et mes livres les plus immoraux. Je n'oublierai jamais la tête de ma gouvernante lorsqu'elle trouva dans mes affaires La philosophie dans le boudoir. Pour ma part, j'aimais beaucoup aller les récupérer.
Je pris donc dans ma poche deux fils de fer que je glissai dans la serrure du sous-sol. C'était une porte vétuste qui ne tarda pas à céder. Sans aucun doute le propriétaire supposait que la transgression d'un interdit religieux constituait la plus solide des protections.
C'était sans compter sur l'impiété de votre serviteur.

La chaleur me frappa la première, lourde et animale. Puis je fus saisi par l'humidité du lieu. L'atmosphère était pesante. Au fur et à mesure que je m'enfonçais dans les escaliers, les murs suintaient d'un étrange et épais liquide, comme s'ils transpiraient. Descendant les dernières marches, j'arrivais dans la crypte. C'est alors que je le vis.
Les murs de la pièce étaient invisibles, cachés jusque dans ses moindres recoins par de glauques tentacules. Ils s’entrelaçaient autour des poutres et des parois, sans discontinuité, tant et si bien que je ne parvenais à déterminer le commencement du moindre d'entre eux. De manière irrégulière, surgissaient de ce lugubre imbroglio des yeux aux pupilles irrégulières.
Je demeurais sur l'ultime marche, refusant de poser mon pied sur le corps de la créature qui m'entourait. Je compris soudain la raison de ces étranges mucosités murales, et l'air étouffant lors de ma descente. L'intégralité de cette crypte respirait.
— J’espérais que tu viendrais, Largo.
Cette voix raisonnait directement dans ma tête. Je la reconnus tout de suite. C'était celle que j'avais entendue la veille, directement insinuée dans mon cerveau. Dans celui de tous les fidèles, sans aucun doute, y compris celui du prêtre. Je su alors la raison de son étrange charisme, et de la précision de ses paroles. On lui soufflait son texte.
— Je ne t'attendais pas si tôt. Tu es le premier à venir à moi sans dévotion. Es tu fier ?
Je restais sans voix.
— Tu peux me parler, Largo. J'ai lu dans ton esprit. Je te connais déjà.
— Tu es...
— Je suis ton Dieu. Celui sur lequel tu te poses tant de question depuis ton enfance.
— Comment es tu arrivé ici ?
— J'ai toujours été là. L'église s'est construite sur mes fondations.
— Alors comment se fait-il que nous ne te découvrions que maintenant ?
— Autrefois, les sacrifices étaient plus copieux. Les bûchers et les inquisitions nous promettaient de glorieux festins. Mais la foi s'est perdue et nous avons dû adapter notre appétit. Un peu de sang nous a longtemps suffit, nos prêtres y pourvoyaient. Pourtant, comme vous, nous grandissons. Les adultes ont plus d'appétit que les nourrissons. Et c'est le rôle des Hommes que de nourrir Dieu.
J'ignorais à quelle sorte de créature j'avais affaire. Ce monstre semblait dénué de corps. Il n'était que prolongation d'une base inexistante, que suite sans commencement. Ses tentacules émergeaient de nulle part, et se ventousaient fermement à tout ce qu'ils pouvaient atteindre. Ses yeux terribles m'échappaient toujours autant, ils bougeaient en tous sens, mais quelle que soit leur direction, leur étrange constitution faisait qu'ils demeuraient pointés sur moi, tout en scrutant partout ailleurs.
— Tu crois donc être un dieu ?
— Nous sommes Dieu. Nous avons dicté la Bible, la Torah, le Coran, et murmuré aux oracles. Tout ce que vous croyez, c'est à nous que vous le devez.
— A vous ?
— A toute notre espèce. Nous sommes Dieux. Le Dieu unique. Nous sommes légion.
Les membres étaient collés aux murs comme du lierre. Ils semblaient inoffensifs, et croissaient sur la surface sans autre possibilité de mouvement. Je devinais cette créature complètement impotente, asservie à sa propre ossature architecturale. Je pénétrais donc la crypte, et reprit.
— Et c'est par ce que tu ne peux pas bouger que tu passes par l’intermédiaire d'un prêtre ? 
—Ton cerveau est inapte au moindre mouvement par lui-même. Il est pourtant le maître de tout ton corps. Trouves-tu anormal que ce soient tes jambes qui s’exécutent pour te déplacer, tes mains pour saisir, et tes yeux pour voir, alors que ton cerveau commande tout ?
— Mais mon cerveau ressent les douleurs de mes jambes, il appartient à mon corps, comme le reste. Mon cerveau n'est qu'un organe parmi d'autres, et même s'il est le seul à le savoir. Il ne tue personne.
— Nous n'avons jamais tué personne. Nous n'avions besoin que de petites parties.
— Mais ils en faisaient toujours plus pour te plaire.
— Nous ne sommes pas responsables de cela. Nous sommes Dieu. Il est normal que l'Homme veuille se faire aimer de Nous.
J'étais sidéré. Était il possible qu'à force de servir ce refrain aux humains depuis des siècles, cette créature soit parvenue à croire elle-même à sa propre divinité ?
— C'est donc toi qui a créé l'Homme ?
— Oui. Au sixième jour.
— Et le septième jour tu as lézardé. Oui, oui, je connais.
— Notre œuvre était grande.
— Ne le prends pas mal, mais tu t'es planté dans les grandes largeurs.
— Notre œuvre était grande.
— J'ai compris. Ce prêtre était donc tes mains.
— Et mes jambes, et ma bouche. Il était le seul à faire preuve d'une dévotion et d'une ouverture suffisante pour supporter de voir Dieu sous son véritable aspect.
— Dieu en monstre affreux et tentaculaire. Quelque chose d'immonde qui touche à tout, a mille yeux, mais n'est capable de rien sans l'humain et sa crédulité. Oui, ça semble crédible.
— Sans l'humain et sa foi.
— Si tu veux.
— Et te voilà. Tu es notre plus belle création, Largo.
— J'ignore si je dois goûter le compliment ou m'insurger de l'insulte.
— Tu penses, tu raisonnes, et tu comprends l'homme. Tu pourrais être notre plus parfait instrument, un instrument qui n'aurait pas besoin que nous soufflions sans cesse nos paroles aux fidèles. Un instrument qui saurait parler par lui-même, et convaincre sans notre aide.
— Tu voudrais te prélasser encore plus ?
— Nous sommes vieux et fatigué.
— Et qu'est ce qui te fait penser que je vais obéir ?
— Tu as soif d'apprendre. Et nous savons tout. Je sais tout. Nous sommes un, et je suis plusieurs. Toute notre race, partout dans le monde, est reliée à moi. Je suis omniscient.
— Tu sais tout de ce qu'il se passe dans les cryptes du monde entier… La belle affaire.
— Nous lisons dans les esprits de tous nos fidèles.
— La belle affaire ! Les esprits endoctrinés ne m’intéressent pas. Ils sont vides et ne savent que ce qu'on leur impose. J'aime les libre pensants.
— Tu ne peux pas me résister.
— Si.
— Tu ne peux pas nous résister. Personne ne le peut.
— Et pourtant.
Je m'approchai d'un mur, et saisis un tentacule. Tous les yeux de la pièce étaient braqués sur moi, j'en avais désormais la certitude, mais rien ne bougeait à l'exception de régulières contractions. Cette espèce parasitaire ne pouvait que croître, mais pas bouger. C'était un amas de nerfs sans muscles, un amas de chair sans os.
Je tirais violemment, et entendis la voix hurler dans ma tête. Ce réflexe, au moins, était propre à beaucoup d'espèces : la souffrance engendre le cri.
— Que fais-tu ! Nous sommes Dieu !
— Il est heureux que tu y croies. Parce que moi, je n'y crois pas. Et j'espère que tu crois autant en ton paradis, Dieu de pacotille, parce que tu es poussière, et tu retourneras à la poussière. Bientôt.
— Tu ne peux pas !
Je n'écoutais plus. Pourtant, la voix désincarnée continuait de hurler ses ordres de dévotion dans ma tête. Elle continuait alors que je remontais les escaliers. Elle continuait alors que je quittais l'église. Elle continuait alors que je dévalais les rues à en perdre haleine, un sentiment indicible de rage au ventre. J'avais le devoir de mettre un terme à cette folie, mais je n'en avais pas le pouvoir. Il m'allait falloir rejoindre les locaux d'Ashcroft et demander un ordre de décontamination. Je tournais longtemps dans les rues, désorienté que j'étais par la voix qui n'avait de cesse de vociférer dans mon esprit. Et elle continuait alors que je regagnais les locaux d'Ashcroft.
Elle continuait.

*********

— La destruction a été acceptée. C'est Lucius qui s'en chargera.
J'entendais Anthea, mais sa voix me semblait moins qu'un écho. Le dieu me parlait toujours, parasitaire, ventousé à mon esprit.
— Tu m'inquiètes, reprit-elle. Tu es l'ombre de toi-même depuis deux jours. Tu as pris dix ans... J'aimerais pouvoir t'aider.
— Ce sera vite terminé. Quand cela doit avoir lieu ?
— Dans deux jours.
— Demain !
—... Je vais tenter de faire en sorte qu'il en soit ainsi. 
Je la regardais avec gratitude. Je savais qu'elle n'était pas habituée à me voir ainsi, que je l'avais plus volontiers accoutumée à mon cynisme, à des plaisanteries douteuses et à des remarques sarcastiques, mais elle faisait comme si de rien n'était, et s'abstenait de tout jugement. C'était une qualité que j'avais toujours apprécié, et qui participait à la grande amitié que j'avais pour elle.
Je n'avais pas dormi depuis la veille, et demeurait dans la bibliothèque de Ashcroft pour me soustraire à mon petit appartement. Il m’oppressait trop. La voix vociférait sans discontinuer depuis lors. La créature savait qu'elle allait mourir et elle refusait de partir seule. Elle voulait emporter mon âme, disait-elle, ma santé et mon esprit. Je craignais qu'elle n'y parvienne.
Elle était forte. Elle avait réussi à asservir des générations de fidèles, elle avait réussi à pousser des âmes faibles à lui offrir sacrifices sur sacrifices. Je n'étais qu'un homme au fond, et toute la cohérence de mon esprit, tout mon rationalisme, ne pouvait complètement me préserver d'elle. Elle avait fait le serment de m'emporter dans sa chute. Je craignais qu'elle n'y parvienne.
Anthea posa sa main sur mon épaule. Sa pression était réconfortante. Elle me rappelait à la terre, me sortait de mon esprit endolori, et m'imposait cette évidence : la voix dans ma tête était moins importante que la réalité qui m'entourait. Je devais me raccrocher à cela. Il en allait de moi.
— Merci, mon amie, soupirais-je en saisissant sa main. Merci...
— Attends... Tu n'as rien entendu ?
A la vérité, je n'étais pas très attentif au monde qui m'entourait, l'esprit trop encombré par les hurlements de la voix. Anthea, elle, s'était mise sur le qui vive. La porte de la pièce s'ouvrit alors avec fracas. Je me retournai vivement, et constatai que le prêtre se tenait dans son encadrement, fou de rage. Anthea s'interposa entre lui et moi. Elle le somma de ne pas s'approcher, mais il la frappa avec une imprévisible vivacité, l’expédiant au sol, et se jeta sur moi pour me plaquer contre la table ses mains serrées autour de mes poignets.
Ma collègue se releva et tenta de le saisir, mais il la repoussa sans peine, renforcé par l'ineffable puissance de la folie. J'étais terrifié. Je n'avais jamais été quelqu'un de particulièrement fort, et mon état de fatigue n'arrangeait rien. J'étais incapable de résister. Son regard me glaçait le sang, il ne désirait que ma mort, je le savais capable de me la donner. Il me semblait pourtant indispensable de garder un ascendant et de ne rien laisser paraître de ma terreur. Je me forçai à sourire.
— Eh bien, curé ? Ce sont des avances ?
— Chien d'impie !
— La vulgarité pendant l'amour ? J'aime bien. 
— Je vais te tuer ! Je vais te tuer !
— Ah non, ce genre de pratique, je fais pas. C'est un peu trop...
Il lâcha mes poignets pour se saisir de ma gorge. Je ne pouvais pas lutter. Sa force dépassait la mienne. 
Mon regard se brouillait. Toute contenance m'avait abandonné, je tentais de l'atteindre, de lui griffer le visage de la manière la plus pitoyable. Paniqué, mes gestes étaient désordonnées, et il esquivait sans mal mes piètres assauts.
Au moment où je sentis que j'allais basculer, j'entendis un grand choc, puis la pression se relâcha, et l'homme d'église s'affala sur moi. Derrière-lui, je distinguai Eckhart, un autre enquêteur d'Ashcroft, qui tenait encore entre ses mains les débris de la chaise qu'il venait de fracasser sur le crâne de mon agresseur. Anthea, haletante, se tenait à ses côtés. Elle allait bien. J'étais rassuré.

Ils m’aidèrent à me relever. Je tentai de les remercier, mais aucun son ne franchit ma gorge.

*********

Je passais les heures suivantes dans ma chambre, à tenter d'occuper mon esprit. La dernière chose que j'entendis de ce simulacre divin fut un hurlement épouvanté, qui priait. C'était la prière la plus étrange que j'avais jamais entendue, elle s'adressait à un être supérieur, à elle-même, à ses alter egos. Sans début ni fin, elle n'avait aucun sens. Comme toutes les prières, sans aucun doute. Mais vociférant dans ma tête, elle semblait aussi s’adresser à moi, et cela la rendait trop concrète. Elle était tout en douleur. Son incohérence la paraît de la plus sinistre réalité : celle de la souffrance.
Quelquefois, la nuit, je l'entends encore. Il est rare de recevoir la souffrance dans son essence la plus pure, avec une telle acuité, et ce au plus profond de soi-même. Peut être était-ce là ce que la créature avait voulu me transmettre avant de mourir, distiller en moi sa douleur en manière de vengeance. C'était un sinistre leg. Parfois, j'en pleure encore.
A la seconde où j'avais entrepris cette enquête, tous mes actes m'avaient conduit vers ce dénouement. J'avais pris les décisions nécessaires ; je savais qu'il était inutile de les regretter.

Mais j'étais là, avec la créature, bien malgré moi, tandis qu'elle hurlait dans son agonie. Mes mains pressées contre mes oreilles ne me protégeaient pas de ses hurlements et de sa frayeur indicible. Comment alors ne pas m'interroger sur le bien fondé de mes actes ? Le faux dieu répandait la mort pour se nourrir ; moi, j'étais celui qui avait décidé qu'il devait mourir pour la préservation de mes semblables.
Une question insensée, impossible s'imposait malgré moi.
Qui était le monstre ?
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MessagePosté le: Mer 16 Oct - 23:36 (2013)    Sujet du message: Nouvelles achevées et validées [Tome 1] Répondre en citant

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Et le


Ce texte est extrait du journal de Lucius Ferguson et se trouve être en lien avec son rapport datant du 26 juin 1881.

Depuis des mois, j’ai déserté le terrain, restant cloitré au sous-sol de l’Institut. J’ai assisté à bien des phénomènes étranges, côtoyé l’occulte, mais ma première mission a tout changé. La disparition du jeune Baxter me hante encore. J’étais un homme amoindri au moment où l’on m’a confié l’affaire de Gavin Gleason.

Le matin du 19 juin 1881 est pluvieux. L’officier Byron Blake de Scotland Yard se rend aux bureaux de l’Institut Ashcroft. Il a pris l’habitude depuis quelques années de venir nous soumettre les questions embarrassantes que soulèvent certaines enquêtes délicates. Il lui est arrivé de faire face aux affaires qui font notre spécialité, et il a même collaboré plusieurs fois avec l’Institut.
Je suis en train de compulser une série de dossiers quand Blake me rejoint dans la salle des archives, qui est devenue mon antre.
— Bonjour Lucius. Pardonnez-moi pour le dérangement, mais on m’a dit que je pourrai vous trouvez ici. J’espère ne pas perturber votre travail.
— Voyez-vous ça ? Ce bon vieux Byron. Comment vous portez-vous, mon cher ? Pas trop perdu dans la paperasse ?
— Ne m’en parlez pas. Des meurtres, des disparitions, des vols. Elucider un cas est passionnant, mais une fois l’enquête close, il est toujours éreintant pour un homme de terrain de passer des heures le nez dans les papiers.
— Vous savez, quand on a vu les pires aspects du monde, il est bien agréable de se contenter d’étudier les fichiers. Je dois dire que cela me réussit plutôt bien pour le moment.
Mon ironie, teintée de trop d’amertume, inspire à Blake un haussement d’épaule quelque peu gêné. Passant d’un pied sur l’autre, il semble sur le point de repartir.
— Je suis navré, Lucius. Je ne voulais pas remuer le couteau dans la plaie. Veuillez m’excuser.
— Mais je vous en prie, mon vieux. Ce n’est rien. Comme vous pouvez le constater, je vais on ne peut mieux.
Je mens allègrement, ce qui n’échappe pas à mon ami policier. Il opine néanmoins et je reprends :
— Que puis-je pour vous ?
— Je peux m’adresser à M. Bane, si vous préférez. Je ne voudrais pas vous gêner dans votre travail, d’autant plus que je ne suis pas censé me trouver ici.
— Mais non, voyons. Je suis toujours ravi de venir en aide à un ami. En toute discrétion, bien sûr. Evitons que vos supérieurs n’entendent parler de votre visite chez… laissez-moi me souvenir des mots exacts : « une bande de dégénérés » ?
— Vous avez mis le doigt dessus, mon cher Lucius.
Dans un soupir, il pose son chapeau auprès d’une pile de documents. Les mains dans le dos, il fait quelques pas en cherchant ses mots.
— Il y a trois jours, le fils d’un notable londonien a disparu dans une forêt du Montgomery. Il s’y était rendu pour une partie de chasse avec deux amis. On les a attaqués. Et, comment dire…
— Les survivants ne savent pas comment décrire leur agresseur.
— Exactement. On vous en a parlé ?
— Non, mais s’il n’y avait pas de mystère dans cette affaire nous n’aurions pas cette discussion.
— Certes… Comme vous vous en doutez, tout le monde se borne à penser à l’attaque d’un animal, mais je crois qu’il y a autre chose derrière tout cela.
— Que puis-je pour vous ?
— J’ai avec moi le rapport de police. Voulez-vous bien me donner vos impressions ?
Le document que me donne Blake a été rédigé d’après les témoignages de Brett Yates et de son ami Ramos Clifton.

Les trois étudiants partirent le 16 juin, armés de fusils et accompagnés de trois chiens chacun. Après une journée infructueuse, et comme de lourds nuages s’amoncelaient, ils décidèrent de regagner au plus vite le village où ils avaient trouvé un toit pour la nuit. Ils s’égarèrent dans les bois. Aux policiers, ils déclarèrent ne pas comprendre comment cela était possible, ils affirmaient avoir tous un excellent sens de l’orientation.
Sous la pluie et l’orage ils finirent par découvrir une petite clairière entourée d’arbres morts au milieu de laquelle se trouvait un refuge de chasseurs. Ils y entrèrent après avoir pris soin d’attacher les chiens à l’extérieur sous le préau.
Au fond de fauteuils en osier, ils trouvèrent du réconfort dans l’alcool qui remplissait un gros buffet de chêne. Dans les environs de cinq heures et demi du matin, les jeunes hommes, grisés, étaient toujours éveillés lorsque leurs chiens commencèrent à donner des signes d’agitation. S’il pleuvait encore, l’orage s’était éloigné. Un bruit impressionnant, comme un claquement de fouet, réduisit les chiens au silence. Les chasseurs tendirent l’oreille. Il leur sembla que les limiers geignaient de peur. Armés d’une lanterne et de leurs fusils, ils sortirent pour voir ce qui se tramait. Les chiens étaient attachés de l’autre côté de la cabane. D’autres claquements brutaux cinglèrent la clairière. Les chiens n’émirent plus aucun son. Sous le petit préau, les étudiants trouvèrent les lanières de cuir qui attachaient les animaux. Rompues. Neuf solides chiens de chasse venaient de disparaître en l’espace de quelques instants. Les trois chasseurs crièrent dans la clairière ténébreuse, sans obtenir de réponse.
Yates proposa à ses amis de vite retourner à l’intérieur. Il reconnut par la suite avoir eu un sentiment oppressant dès le premier coup de fouet. Les autres se rangèrent à son avis quand il suggéra qu’une bête sauvage avait sans doute attaqué les chiens ou bien les avait poussés à ronger eux-mêmes leurs liens. En attendant l’aube, mieux valait s’enfermer. Ils n’étaient qu’à quelques foulées de la porte d’entrée quand Gleason, qui fermait la marche, poussa soudain un hurlement. Yates et Clifton se retournèrent, ils aperçurent leur ami se faire emporter par quelque chose derrière la cabane. Dans la surprise, la lanterne échappa des mains de Clifton. Yates se rua vers la porte sans un regard en arrière. Aux policiers il présenta longuement ses excuses pour sa lâcheté, mais il la justifia par le fait qu’il avait senti quelque chose se refermer autour de sa cheville. Un serpent, il jura qu’il s’agissait d’un serpent froid comme la pierre. Il parvint à dégager sa jambe en tirant un coup de fusil et le «serpent» disparu soudainement sous terre. Yates et Clifton prirent aussitôt la direction de la cahute. « Pendant ce temps, j’entendais Gavin hurler quelque part derrière la cabane », rapporta Yates. À la lueur de la lanterne tombée quelques mètres derrière eux, ils virent jaillir du sol une silhouette aux contours indéfinissables qui fondit sur eux. Clifton et Yates usèrent de toutes leurs cartouches sur la bête qui recula dans l’ombre en poussant un cri, « la parodie dénaturée et obscène d’un cri humain », témoigna Clifton. Il attrapa la poignée de la porte, mais en se retournant vers Yates, il aperçut celui-ci qui s’enfuyait à toutes jambes en direction de l’orée du bois.
A travers bois, il lui cria de l’attendre, mais ne le rattrapa qu’après plusieurs minutes. Derrière eux des craquements sinistres se rapprochaient. Le fouet qui avait fait taire les chiens retentit de nouveau. Des branches brisées firent frissonner la forêt. Les deux fuyards reprirent leur course à travers la végétation sans s’attarder pour voir à quoi ils avaient à faire. Le petit jour pointait quand les bruits cessèrent derrière eux. Epuisés, trempés et terrifiés, les deux hommes prirent la direction du village qu’ils n’avaient pas su trouver la veille au soir.
Trois heures plus tard, un contingent de policiers inspectait les alentours de la cabane sans trouver aucune trace du jeune Gleason ou des chiens.

— Une partie de chasse qui tourne mal, on dirait.
— Vous n’êtes pas plus intrigué que ça ? s’étonne Byron auquel le rouge monte soudain aux joues.
— Si vous me disiez ce qui ne figure pas dans ce rapport et qui vous rend si suspicieux.
— C’est surtout une impression diffuse. Mais j’ai aussi quelques faits. Une dizaine de disparitions ont été enregistrées aux abords de cette forêt entre 1862 et 1871. Aucun des disparus n’a été retrouvé. Ils se sont tout simplement évaporés dans la nature. Depuis presque dix ans, le coin est resté tranquille.
— Avez-vous des témoignages au sujet de la créature que vos deux étudiants ont évoquée ?
— Si j’avais des certitudes, je vous l’aurais dit, se renfrogne Blake.
— Je vois. Puisque vous êtes là, regardons un peu ce que nos archives peuvent nous révéler.

Il nous faut six heures pour parcourir l’intégralité des fichiers utiles et pour faire chou blanc. Ces disparitions n’ont jamais attiré la curiosité de l’institut. Les créatures à tentacules relevées dans nos dossiers sont essentiellement aquatiques, rien qui s’approche de la description sommaire de Clifton.
— Merci pour votre aide, Lucius, me dit Blake malgré sa déception. Pour le moment, une patrouille reste sur les lieux de l’agression. Si le coupable est, disons, de nature conventionnelle, il a probablement une planque dans les bois. Il peut tout aussi vivre à Chalk Hills ou dans un des villages les plus proches. Je vais travailler en ce sens. Merci de votre aide, mon ami.
— Navré de ne pouvoir en faire plus.
On frappe à la porte. Sans attendre ma réponse, Eckhart Bane entre dans les archives. Il a l’air éreinté. Je crois qu’il n’a pas fermé l’œil de la nuit.
— Messieurs, pardonnez cette intrusion pendant vos recherches.
Il me serre la main avec sa chaleur habituelle, en fait de même avec Blake, puis s’assied sur l’une des chaises qui entourent la table chargée de cartons et de classeurs. Nous l’imitons.
— Blake, on vient de m’apprendre que vous requérez l’aide de nos services, dit-il. Seulement, je me vois au regret de vous dire que nous sommes actuellement en sous-effectif. Nous avons connus des pertes dernièrement. Les agents qui ne sont pas actuellement en mission sont… convalescents. Je peux éventuellement demander à Thomas Stillwood de mettre entre parenthèse son enquête, si vous insistez.
— C’est très aimable à vous, Bane, mais je ne suis pas venu pour perturber les travaux de vos collègues.
—Stillwood sera plus que ravi de revoir la lumière du jour le temps de vous rendre service.
— Ce n’est pas une très bonne idée, dit celui-ci. Mes ordres sont d’enquêter immédiatement dans les bourgs avoisinants. Votre agent devrait travailler seul, je ne pourrai pas être avec lui.
Le regard de Bane se tourne vers moi. Il reste silencieux, mais j’entends déjà la question qu’il me pose.
— Stillwood est dans son laboratoire à l’étage. Vous devriez aller lui parler, mon cher Blake.
— Vous êtes sûr ?
— Et dites-lui que je me charge de lui trouver un équipier.
Malgré lui, Blake laisse éclater son soulagement. Il se lève avec énergie. Je suis loin d’éprouver autant de joie.
— Nous ferons préparer une voiture pour demain à la première heure, ajoute Bane en se levant à son tour.
Il accompagne le policier vers la porte qu’il ferme derrière lui. La rancœur remplit ma bouche.
— Qu’est-ce que c’est que ce piège que vous me tendez ?
— Pas de ça entre nous, Lucius, réplique-t-il calmement.
— Je ne vais plus sur le terrain, vous le savez très bien !
— Il vous suffisait de me contredire avant que Blake ne quitte la pièce. Vous n’en avez rien fait.
— J’ai été poli, voilà tout !
Ma défense est de piètre qualité. Nous en avons pleinement conscience lui et moi.
— On peut contredire quelqu’un poliment.
— Allez vous faire foutre, Eckhart !
— Voilà un bel exemple.
Ma chaise bascule quand je me lève brusquement pour aller trépigner à l’autre bout de la pièce.
— Il est temps de sortir d’ici, Lucius. Stillwood acceptera la mission, avec ou sans vous. Vous n’êtes pas du genre à abandonner vos amis. Souvent les soldats oublient la cause de leur combat, mais ils tiennent bon pour soutenir leurs camarades. Blake, De Graves, Stillwood, moi-même... Nous sommes vos frères d’armes. Je ne veux pas vous voir dépérir comme d’autres l’ont fait avant vous. Je sais ce que vous avez enduré. Votre première mission est l’exemple de ce qui peut mal tourner quand on travail seul. Vous devez vous remettre en selle !
Les yeux rivés sur mes mains jointes, mes doigts crispés, exsangues, je lutte pour ne pas revoir le petit Baxter. Je ne m’attendais pas à ce Bane me brusque de la sorte.
— Et si les choses tournaient mal à nouveau, dis-je dans un murmure avant de crier. S’il s’avérait encore que les choses tournent mal ?
— Vous y ferez face !
Bane s’approche de moi lentement. Je suis sidéré par son assurance.
— Vous ne serez pas seul, Lucius. Cela n’arrivera plus. Vous avez fait du chemin depuis l’époque où vous avez découvert qu’il y avait plus que ce que notre science connait et comprend. Vous êtes un bon enquêteur. Ne gâchez pas votre talent.
Sa main presse fortement mon épaule. Il me secoue. Son regard est dur. Nous savons tous les deux qu’il a raison, ce qui est l’un de ses défauts les plus récurrents. Mon choix se simplifie : accompagner Thomas ou empaqueter mes affaires et quitter mes amis.
— Il y a peu de gens pour lesquels je suis prêt à me battre contre moi-même… dis-je après un soupir. Je ne vais pas laisser Thomas s’attirer des ennuis tout seul.

***

Je ne dors pas de la nuit. Retranché derrière ma résolution, j’ai peur de flancher, mais au matin du 19, nous embarquons dans une voiture pour Chalk Hills.
— Ravi de vous voir d’attaque de si bon matin, me dit Stillwood malgré mon air hagard.
Il prend la valise qui pend à mon bras, et, d’une tape sur l’épaule, m’invite à m’installer dans le fiacre.
— Qu’est-ce qui vous a décidé à reprendre du service ? me demande-t-il en me rejoignant.
— J’aurais été un bien piètre ami si nos funérailles n’avaient pas eu lieu le même jour.
Stillwood rit de bon cœur et me gratifie d’une grande tape sur l’épaule.
— Vous assisterez aux miennes bien avant d’avoir l’âge de vous inquiéter de la visite de la Faucheuse.
Nous rions comme deux écoliers sous l’œil de Blake qui frotte sa montre contre sa veste. Sans tarder, il demande au chauffeur de se mettre en route.
Nous voilà partis pour Chalk Hills, un petit village chaleureux et agréable. Apparemment le coin idéal pour vivre une vie paisible, loin des tourments de la cité, et parfait pour fonder une famille. Le genre d’endroit pour lequel je n’ai absolument aucun goût. Je profite du trajet pour questionner plus avant Blake sur son enquête.
Les deux jeunes peuvent avoir halluciné. Sauf que leurs témoignages concordent. Oui, mais le témoignage de l’un peut avoir influencé l’autre. Ont-ils mentis pour couvrir, de manière aussi imbécile, la mort de leur ami ? Il peut s’agir d’un simple canular parmi tant d’autres. Aucune piste n’est à négliger. Nous relisons les dépositions des jeunes hommes et cherchons à nouveau une incohérence dans leurs témoignages.
Nous arrivons à destination sans avoir beaucoup éclairci la situation.
Chalk Hills est fidèle à l’idée que je m’en étais faite : un bourg magnifique entouré de cottages. Pour la plupart, ce sont les résidences de riches familles vivant dans les grandes villes. Nous descendons à l’hôtel du village pour y déposer nos bagages. Notre matériel sur le dos, nous sortons ensuite et nous dirigeons tout droit vers la clairière où a disparu Gavin Gleason.

***

Après une heure de marche à travers les bois, nous débouchons sur la fameuse clairière. Un détail me trouble, d’emblée.
— Blake, est-ce que la clairière ressemblait à cela lors de votre dernier passage ?
— Non ! s’exclame Blake qui semble ne pas en croire ses yeux. Comment cela est-il possible ? La végétation est luxuriante.
La clairière est recouverte d’une herbe grasse. Des hampes florales par milliers hérissent sa surface parsemée de couleurs. Les arbres qui bordent la forêt arborent des feuilles brillantes. Où est le lieu sinistre décrit par nos deux témoins ? La vieille cabane délabrée est toujours là, guère accueillante. Elle seule semble accréditer le récit des chasseurs.
— J’étais ici hier matin ! reprend Blake avec émotion. Je vous assure que tout n’était que boue, vieilles souches mortes... Ces arbres là bas n’avaient pas une seule feuille !
— Je crois que nous avons bien fait de venir.
Stillwood a déjà ouvert son sac. Il en sort une trousse de petits accessoires et commence sans tarder l’observation de la végétation pendant que je traverse la clairière de long en large. Quand je reviens, il a découpé un carré dans le tapis de végétation. Je note son air perplexe et m’approche. De la lame de son canif, il m’indique les racines visibles à deux pouces de la surface.
— Notez comme elles sont alignées.
— N’est-ce pas étrange ?
— Précisément.
— Vous voulez qu’on déterre un arbre, pour être sûr ?
Mon équipier laisse échapper un rictus et se déplace pour procéder à la même opération en divers endroits de la clairière. Blake le regarde faire en jouant nerveusement avec son chapeau.
Bientôt Stillwood a déposé sur une pierre plate six échantillons de sol. Je le rejoins et nous faisons alors deux constats. Les racines des plantes se trouvent toutes alignées et à une profondeur constante. Mais plus troublant : leur direction pointe toujours droit vers…
— La cabane, vous êtes certains ? chuchote Blake. Mais qu’est-ce que ça veut dire ? Peut-être une source d’eau…
— J’en doute. Les racines sont quasiment à l’horizontal. C’est un tropisme bien particulier et extrêmement marqué. Je n’ai jamais entendu parler d’un tel phénomène.
— Il faut toujours avoir un botaniste à la maison, dis-je. Vos hommes ont-ils fouillé la cabane ?
— Bien sûr ! Elle est vide. Aucun document, aucune trace de sang.
Baissant les yeux vers sa montre, Blake se mordille la lèvre.
— Je… Je dois absolument m’absenter. Mes hommes ne peuvent pas rester sans supervision toute la journée. Vous devrez fouiller les lieux sans moi. Nous nous retrouverons ce soir à l’hôtel.
— Nous nous reverrons plutôt demain matin.
C’est plus fort que moi. Tout à la joie d’être de nouveau en pleine action, je me montre imprudent. Je regrette déjà d’avoir eu cette idée et de m’y être accroché.
— Qu’avez-vous en tête ? me demande Thomas.
— Et bien… Tout converge vers cette cabane. Nous devrions nous y installer et voir ce qu’il se passe une fois la nuit venue.
— Vraiment ? glapit Blake qui semble horrifié.
— Les méthodes conventionnelles échouent à dénicher ce que nous cherchons, lui expliqué-je. La vieille bâtisse est la seule chose qui n’ait pas changé d’aspect depuis le drame. Ce qui agit en ces lieux n’a, à mon sens, aucune influence sur elle.
— C’est un peu mince… glisse le policier.
— N’est-ce pas ? exulté-je. Rentrez bien mon vieux.
Les yeux de Blake vont et viennent de sa montre à la clairière tout en évitant mon regard. Stillwood range son canif dans sa poche et pose la main sur l’épaule de notre ami policier.
— Pas d’inquiétude, Blake. Nous sommes armés, et nous nous tiendrons sur nos gardes.
Blake me fait un signe respectueux de la tête comme pour saluer le retour d’un confrère parmi les siens.
— Les membres d’Ashcroft sont plus dingues que je ne le pensais, dit-il tout bas. Ouvrez l’œil.
— Les quatre, promet Thomas.

Blake parti, nous approchons de la cahute. Nous commençons par en faire le tour. Je prends note de ses dimensions et de l’aspect de certaines planches pourries. A l’intérieur, l’entrée donne directement sur un salon d’environ deux cents pieds carrées, meublé d’une simple table en bois, de quatre chaises, d’un garde-manger délabré et d’un buffet contenant de la vaisselle propre et une vingtaine de bouteilles d’alcool poussiéreuses. Au fond de la pièce se trouve une cheminée à la gauche de laquelle monte un escalier usé. En haut, nous découvrons une grande chambre dans laquelle pourrissent quatre sommiers défoncés. Seule une petite fenêtre éclaire les lieux. J’en conclus que cela fait un bout de temps que les chasseurs ou randonneurs se contentent de passer leurs après-midi en ces lieux.
Nous étalons notre matériel sur la table de la pièce principale. Nous avons le nécessaire pour détecter des traces du passage ou de la présence d’esprits ou autres créatures occultes. De ma poche, je sors un flacon de poudre de Volztok pour dévoiler les empruntes spirituelles. J’y ajoute une fiole d’essence révélatrice de brume d’ectoplasme. Stillwood se charge de mettre en état de marche notre détecteur de vibration spectrale. Nous procédons à l’examen des moindres recoins du refuge. Je suis très mécontent de l’absence de résultats et je demande à Thomas de tenter une incantation propice à perturber tout esprit présent tandis que je vérifie le calibrage de nos appareils. Devant l’absence de résultat nous déplaçons nos mesures à l’extérieur, près des stères de bois où les chiens ont disparu et un peu partout dans la clairière.
— Nous avons affaire à quelque chose de nouveau !
— Où à rien du tout, me répond Thomas.
— Vous voyez le mal partout !
Je ne me résigne pas malgré le soir qui vient, mais Stillwood, lui, en a assez.
— Bredouilles, mon bon Lucius. Bredouilles. Je pense qu’on peut ranger nos affaires et commencer à nous attaquer à nos collations.
— Vous devez avoir raison… Nous ferons quelques relevés après la tombée de la nuit.

Deux heures se sont écoulées, la nuit a plongé la clairière dans le noir. Il est temps de reprendre nos tests. Encore une fois, nous échouons à dénicher la créature. Ma certitude ne vacille pourtant pas, et je suis persuadé que le disparu n’est pas loin, j’ai comme le sentiment qu’il espère encore. Mais qu’il a peur. Tellement peur.
— Que suggérez-vous, Lucius ?
— Attendre, soupiré-je. Si nous avions dû observer quelque chose, ce serait déjà fait. Je n’ai plus d’idée.
— Et si la cabane était vivante ? dit soudain Stillwood. Nous serions dans la gueule du loup !
— Vous vous moquez de moi ?
— Un peu, j’avoue.
— Je pense au contraire que la cabane est protégée d’une manière ou d’une autre. Cela explique sans doute que nous ne percevions rien, d’ailleurs.
— Chut.
Un doigt sur la bouche, Thomas dresse l’oreille, d’un air sérieux.
— Je n’entends rien.
— Si, si, écoutez ! exige-t-il.
Je le soupçonne de se jouer encore un peu de moi, mais je me concentre tout de même. En vain. Je perçois presque l’humidité qui ronge la cabane autour de moi, mais rien de plus.
— Thomas, j’ai bien peur que vous ne soyez troublé par votre envie de découvrir une entité surnaturelle.
Je me tais aussitôt, car à mon tour j’entends quelque chose. Un grondement distant, plein de fureur et d’écho.
— Bougre d’idiot, raillé-je. Ce n’est que l’orage qui approche.
Mon ami opine d’un air dépité. Il y a pourtant dans son expression un reliquat de suspicion que je décide de ne pas prendre à la légère. Négliger les impressions d’un expert d’Ashcroft n’est pas la meilleure manière de rester en vie.
— Que pensez-vous de brûler un peu d’encens dans ce taudis ?
— Tout plutôt que de me tourner les pouces ! Sinon la paranoïa nous guette.
Comme nous allumons nos encens pour protéger notre abri, je constate que j’accomplis mon travail avec un grand naturel. Je me sens bien. Quelle singulière sensation. Être sur le terrain en compagnie de mon ami me rassure en dépit des circonstances. Au milieu de nulle part, sous l’orage, en pleine nuit, je suis chez moi. Je traque une bête au lieu de me terrer dans un lit. Je suis de retour.
Dans la fumée de l’encens, je ne me sens pas invincible, mais la peur m’a quitté. Je la vois de dos qui fuit. Elle me parait si petite et insignifiante… Mon œil s’arrête sur un détail. Le bois, au-dessus de la porte d’entrée, est gravé d’une série de symbole. Je me hisse sur une chaise, et, muni d’un crayon, je frotte la mine sur toute la surface d’une feuille jusqu’à obtenir les détails de la gravure.
— Thomas, regardez ça. Ca ne vous rappelle rien ?
— On dirait un sceau de protection modifié. Ici, il s’agit de la marque de la Forteresse. Là quelques autres signes de confinement. Les autres symboles me sont inconnues. Je dirais que cette inscription a pour but de barrer le passage à une créature concrète dans cette ruine. Ils empêchent l’être surnaturel d’entrer s’il n’y est pas convié.
— Tout comme ceux tracés à l’entrée de l’Institut.
— En tout cas quelqu’un de bien informé est passé par ici. Vous aviez raison de dire que les étudiants étaient plus en sécurité à l’intérieur que dehors.
— Moi, j’ai dit ça ?
— Non, mais vous le sous-entendiez en disant que la chose ne pouvait rien contre la cabane.
Dehors l’orage gronde par intermittence, mais à nouveau Thomas dresse l’oreille, les yeux plissés.
— Là, murmure-t-il. Vous entendez ?
A mon tour, je distingue un son faible, répétitif, presque une voix. Du doigt, Thomas m’indique la cheminée. Nous nous y dirigeons, à pas feutrés, munis de nos lampes à huile. A mesure que j’avance, je sens la peur remonter en moi comme une nausée soudaine. Plus nous approchons, plus le son devient clair et identifiable. Ce sont de faibles gémissements. Stillwood murmure à mon oreille :
— Soulevez la trappe au sol de la cheminée. Elle mène aux fondations. Il y a sûrement quelqu’un en dessous. Je vais jeter un œil.
Je sais que, tout comme moi, il pense au jeune Gleason. Au pied de la cheminée, je m’empare de la trappe en métal. Stillwood passe précautionneusement la tête et sa lampe dans l’ouverture.
— Alors ? Vous voyez quelque chose ?
Pour seule réponse, il me fait signe de patienter un moment. Les secondes s’étirent. Je regarde par-dessus mon épaule pour ne pas me faire surprendre… Stillwood bondit et s’extirpe de la trappe. Le souffle court, il croise mon regard, mais ne prend pas le temps de prononcer le moindre mot. Il s’empare du tisonnier tout proche et se rue sur la porte. J’ai à peine le temps de me demander si je dois le suivre qu’il est déjà revenu. Il me lance le tisonnier et empoigne à deux mains la hache qu’il vient de récupérer. Du pied, il écarte la table chargée de notre matériel puis il frappe de toutes ses forces. Des éclats de bois volent dans ma figure.
— Expliquez-moi ! crié-je.
— Aidez-moi à retirer le plancher, Lucius.
— Vous avez vu le petit ?
— On va le sortir de là !
Après les coups de hache, j’utilise le tisonnier pour écarter les débris et achever de briser les planches. Quand le trou est assez large pour jeter un rai de lumière en dessous je vois à quel point la situation est alarmante. Nous pressons la destruction du plancher et arrachons suffisamment de planches pour descendre aux côtés du malheureux prisonnier. L’entresol a une hauteur d’à peine trois pieds. Une sourde appréhension m’étreint à l’idée que les symboles de protection n’étendent sans doute pas leur influence dans les fondations.
— Foutre ciel, jure Stillwood.
Le pauvre garçon se trouve enfoui jusqu’à la moitié du torse. Emacié, les yeux vides et absents. Ses lèvres sanglantes sont cousues par de petites racines semblables à des asticots. Il gémit toujours, comme s’il n’était pas conscient de notre présence. Je lui tapote l’épaule et l’appelle par son nom. Soudain il revient à lui, s’agite et veut pousser un cri impossible.
Un court moment de sidération passé, je sors mon couteau et m’attaque aussi délicatement que possible aux racines qui musellent l’étudiant. Je dois lutter contre le tremblement de mes mains. Gavin peut bientôt ouvrir grand la bouche et hurler une plainte déchirante dont l’évocation me procure encore aujourd’hui un frisson d’horreur. Thomas a commencé à déblayer la terre autour de son corps, mais il s’arrête et lâche quelques jurons. Je comprends son émoi en voyant des racines pâles se tortiller dans la terre déplacée. Elles s’enfoncent dans le corps du jeune homme et fixent ses bras contre son buste. Elles sont des dizaines, et combien d’autres centaines en font-elles autant sous la terre encore en place ?
Il ne faut jamais agir dans la précipitation. Thomas et moi échangeons un long regard. Il détache la gourde qui pend à sa ceinture et la porte aux lèvres du malheureux qui manque s’étouffer par deux fois avant d’en vider tout le contenu.
— Tu es bien Gavin Gleason ?
Sa voix tremblante émet un faible oui souligné par un hochement de tête. Soudain, il s’agite. Son torse remue de façon saccadée pour remuer la terre tandis que sa gorge émet une plainte aigüe. Il semble sourd à ma voix ou celle de Thomas. Nous décidons de l’aider. La lame de Thomas sectionne plusieurs racines qui se recroquevillent comme des anguilles. J’agis de même de mon côté. Nous parvenons à dégager le corps du jeune homme sur quelques pouces, mais il reste impossible de l’extirper du sol.
— Non ! hurle Gavin.
Les racines tranchées un instant plus tôt jaillissent de nulle part et se plante dans son corps avec l’avidité de larves carnassières. Je m’écarte malgré moi et je ne peux m’empêcher de vérifier qu’aucune de ces horribles racines ne cherche à m’atteindre. Gavin lance un nouveau hurlement inhumain. Je me souviens alors brutalement pourquoi j’avais souhaité si fort ne jamais plus quitter les archives d’Ashcroft.
— Tuez moi ! réclame Gavin
Quelque chose m’agrippe le bras ; je me débats, mais il s’agit de Thomas qui a regagné le plancher.
— Venez !
En quelques gestes je l’ai rejoint. En dessous, je ne peux détourner les yeux du jeune Gavin déjà enterré et bientôt mort si nous n’agissons pas vite.
—Par pitié, tuez-moi ! nous demande-t-il encore.
— On doit… commence Stillwood. On doit bien pourvoir trouver une solution. Il y a sûrement quelque chose à faire.
Je tente de remettre de l’ordre dans mes idées. Je prends l’une de nos lampes et l’abaisse dans le trou pour examiner les alentours. J’ai un mouvement de recul en reconnaissant un chien. Mort. Huit autres se trouvent non loin. Ils sont dans le même état : sec, vidés de leur substance, tels des momies. J’évoque mentalement tous les moyens les plus efficaces pour détruire une momie. De l’autre côté je vois affleurer du sol des corps… humains. Ils semblent bien plus vieux ; la peau a déserté les os. Tous sont ensevelis comme l’est le jeune Gavin qui respire bruyamment à mes côtés.
— Thomas, dans le manuel de Jenkins il y a les indications pour préparer une solution qui élimine les parasites occultes. Je vous en prie, allez la trouver.
— Tout de suite.
— Gavin, il va falloir te montrer courageux.
Je m’efforçais de l’encourager, de lui faire oublier la douleur et la peur pour se concentrer sur un objectif : sortir de ce trou !
— Il me fait peur, gémit le garçon.
Je sens que prononcer chaque mot est pour lui douloureux à articuler, mais il faut que nous sachions à quoi nous devrons faire face.
— Qui ? Qui te fait peur ? Qui t’a fait ça ?
— Je ne sais pas ce que c’est, monsieur. C’est… C’est un monstre!
— Où est-il ?
— La nuit, il sort chasser…Quand il revient, il retire les racines qui ferment ma bouche, il me fait boire et me force à manger toute la viande qu’il a apportée avant de recoudre mes lèvres.
— Il te garde en vie…
— S’il vous plait. Il va revenir.
— On va s’en occuper.
— Vous ne pourrez pas... Tuez-moi avant qu’il revienne !
J’ai tellement envie qu’il se taise. J’aimerais l’attraper par une oreille et le hisser jusqu’à moi pour lui donner une correction et l’envoyer au lit, mais Gavin n’est pas un petit garçon, et le monstre dont il a peur n’est pas le fruit de son imagination.
— Les racines. Elles remuent dans mes jambes !
Gavin éclate alors en sanglots et je me sens comme le dernier des imbéciles, impuissant et inutile. Stillwood est penché sur la table, la tête entre les mains. Devant lui, le livre de Jenkins, grand ouvert, n’offre aucune solution.
— Ca n’ira pas, Lucius, me dit Stillwood. La solution n’est efficace que pour un parasite. Gavin compte sûrement un bon millier de racines en lui.
— Il y aurait autre chose ?
— Rien qui convienne. Cette saloperie ne correspond à rien de connu. Je n’ai rien là dedans sur des racines qui se nourrissent des gens !
La colère de mon ami me rappelle à mes devoirs. Je prononce quelques encouragements en refermant le livre devenu inutile. Le manuel de Jenkins est souvent d’un aide précieuse aux enquêteurs de l’Institut. Il regorge d’astuces pour reconnaître les entités, de recettes de potions ayant les effets les plus divers sur les démons, les revenants et certains monstres catalogués dans nos archives. Face à l’inconnu, toutefois, le manuel n’est qu’un objet de papier encombrant.
— Il ne tiendra pas très longtemps, dis-je. Il reste moins de deux heures avant l’aube. Quand ce monstre reviendra, nous perdrons Gavin.
— Et nous ne pouvons espérer aucun renfort d’ici là… Je suppose que nous devons le sauver dès maintenant.
— J’en ai bien peur.
— Alors faisons cela à la manière de vrais gentlemen.
Thomas acquiesce quand je désigne le buffet de chêne dans lequel je déniche une bouteille de scotch. Après une bonne lampée, je propose la bouteille à l’infortuné garçon prisonnier du sol. Il ne refuse pas mon offre. Avec beaucoup de précaution, je lui fais boire quelques gorgées. Les premières sont rudes à cause de ses lèvres blessées, mais il finit par faire avec. Rapidement l’alcool fait son office. Gavin est plus calme. Dans un état second, il raconte une vieille histoire à Stillwood qui lui tend une oreille amicale et l’invite à boire encore.
De mon côté, j’arpente la pièce, soulevant idée après idée, toutes irréalisables. J’aimerais avoir à ma disposition une armée de terrassiers capables de creuser autour de la maison de profondes tranchées. Avec trois hommes de plus seulement, nous serions capables d’empêcher les racines de s’attaquer au garçon. Une seule pensée me rassure : si nous n’avions pas décidé de passer la nuit ici, Gavin aurait été condamné. Je me raccroche au faible espoir qu’il nous reste de le sauver. Sans y croire, je l’avoue. Mais comment me résoudre à achever ce malheureux ? Je me rapproche du plancher éventré quand, révélée par la lumière de l’orage, une chose attire mon attention et me glace le sang.
Un visage me scrute derrière une fenêtre.
Je l’entraperçois seulement, mais certains détails me frappent. Des traits allongés en font une véritable caricature de visage humain, émacié, creusé jusqu’à l’ossature. La blancheur morbide de sa peau lui donne un aspect crayeux. Son regard et particulièrement captivant, vide, noir et… sans yeux. Seules me contemplent deux orbites profondes. Nous restons tous deux figés quelques secondes à nous étudier l’un l’autre. Lui, comme un prédateur paré à tuer. Moi, tendu comme une proie évaluant ses chances de fuir. Je suis sur le point de prévenir Stillwood quand la chose disparait subitement de ma vue. Un fouissement frénétique ébranle toute la cahute. Déjà Gavin hurle. Thomas sursaute et se tourne vers moi.
— Ne restez pas dans ce trou !
— Il arrive ! geint Gavin.
Plutôt que de m’écouter, Thomas se penche dans une nouvelle tentative de libérer le jeune prisonnier. Je m’élance malgré mes doutes pour me joindre à ses efforts. Nous sortons tous les deux nos couteaux et nous attaquons aux racines tandis que Gavin tente de nous repousser en réclamant qu’on le tue avant que la bête ne soit là. Un temps je crois que nous allons réussir à le sauver, mais les racines se lancent à l’attaque dans une vague impressionnante qui transperce son corps déjà meurtri.
— On va le perdre ! se lamente Thomas.
— Non !
Je ne peux l’accepter et je continue de trancher les nouvelles racines. La terre remue non loin. La bête est là, la partie est perdue. Il reste un dernier espoir. Je jette mon couteau sur le plancher et remonte dans la cabane. Thomas en fait autant, puis nous attrapons les bras de l’étudiant. L’opération risque de le tuer, mais il n’est plus temps de tergiverser.
— Pitié, répète-t-il.
Sans ménager nos muscles, nous tirons. Le jeune homme ne trouve même plus la force de gémir. Dans un premier temps nous parvenons à l’extirper, petit à petit, mais soudain les racines gagnent en vigueur. Voracement, elles ramènent Gavin à sa tombe. D’une voix qui n’est plus qu’un soupir, il nous supplie une dernière fois de le tuer.
Thomas est à genou, au bord du trou, le visage rouge de rage, les épaules voûtées. C’est à moi d’agir. J’ai le souffle court quand je m’empare de mon arme à feu. Une détonation fait vibrer mes tympans. Stillwood m’a pris de vitesse. Il vient de tirer, mais sans toucher sa cible. La balle s’est fichée dans le dos blanc et argileux du monstre. Dans un mouvement d’une vivacité stupéfiante, la créature s’est jetée sur Gavin pour le protéger, tel un lion protégeant sa proie des charognards.
Je tire à mon tour. Les coups de feu fusent, mais sans réaction de la part de la créature. Dans un fourmillement gigantesque, des racines par milliers recouvrent la créature et encombre le trou. Nous reculons devant la menace, mais la végétation condamne hermétiquement l’accès au sous bassement en recouvrant le monstre et sa victime.
— Merde !
Gavin est à nouveau prisonnier.
— Merde, merde !
A défaut de le sauver, j’aurais au moins pu mettre fin à ses tourments. C’est un total échec.
— Il est revenu trop tôt, dit Stillwood. Le soleil n’est pas prêt à se lever.
Je réalise qu’il a raison. Nous aurions dû avoir plus de temps, mais un élément a poussé le monstre à revenir à sa tanière. A-t-il entendu les coups de hache ?
— Gavin et ses amis ont pu passer la nuit entière dans le refuge sans que rien ne leur arrive, raisonne Thomas. Alors qu’est-ce qui a bien pu précipiter le retour du monstre à cette heure de la nuit ?
C’est alors que je comprends. Trop tard, évidemment.
— Nous avons été stupides, Thomas ! Ce monstre est lié à la végétation. Toute la clairière puise ses ressources ici. Et nous avons saoulé Gavin ! Les plantes ont probablement réagi à cet alcool comme à une agression. Nous avons précipité le retour de la chose.
— Possible.
Thomas range son arme et se plante face à moi. Il est maintenant d’un grand calme.
— Gavin était condamné, vous en avez conscience, n’est-ce pas ? Nous aurions causé des dommages irréversibles si nous avions réussi à le sortir de terre.
Je refuse cette évidence autant que je peux, mais la culpabilité me ronge.
— Ma décision est prise, Thomas. Au levé du soleil, nous quitterons cet endroit après y avoir mis le feu.
— Elle ne sort pas dans la journée…
— Yates et Clifton ont cessé d’être poursuivis à l’heure où le jour s’est levé. Elle sera prise au piège sous le refuge.
— C’est risqué.
— Evidemment !

Durant l’heure qui précède le petit jour, les racines frottent sous le plancher. Le bois craque comme dans un vieux rafiot. Le vent siffle dehors. Des trombent d'eau frappent la cahute avec ardeur.
Je tente d’oublier que le jeune Gavin est encore en vie, juste là, en dessous.
— Aidez-moi !
C’est la voix du gamin. Forte et paniquée. Thomas bondit sur ses pieds.
— S’il vous plait, aidez-moi !
La voix vient de l’extérieur. Comment peut-il se tenir juste derrière la porte ? Thomas me fait signe de ne pas bouger. Bien sûr, lui comme moi flairons un piège. Mais je ne peux rester en place et je cours vers la porte. Dehors, dans la lumière de ma lampe, le jeune homme est étendu sur le flanc sous une pluie battante, l’air moribond. Nul mouvement ne se voit autour.
Faisant taire ma peur, je fais un pas vers lui et l’attrape par les épaules. Je le glisse à l’intérieur, et Thomas ferme la porte à la volée. Le garçon est dans un état pitoyable. La chair de ses jambes est en lambeaux, ses os sont exposés par endroits. Il est profondément choqué, à peine conscient de ce qui l’entoure.
— De l’eau, réclame-t-il. S’il vous plait. A boire.
Stillwood l’aide à boire le contenu de ma gourde. Sous nos pieds, tout bruit a cessé. La nuit retient son souffle.
— Merci… Merci, siffle Gavin, le regard dans le vague.
— Comment t’es tu échappé ?
— Moi ?
Nous ne nous leurrons guère. Si le monstre l’a laissé partir, il doit bien y avoir une raison…
— Thomas ! Et si nous l’avons invité à entrer ?
— Quoi ?
— Il est possible que Gavin soit plus qu’un appas. En le faisant pénétrer dans la cabane, nous avons probablement brisé l’effet protecteur des symboles gravés au-dessus de la porte.
— Si Gavin était encore relié au racines, ce serait le cas. Il doit y avoir autre chose.
Dans le silence qui suit, je m’attends presque à voir le plancher voler en éclat et des racines s’emparer de nous. Rien ne se passe. Nerveux à l’idée que cela puisse survenir d’un instant à l’autre, je reste sur mes gardes.
Gavin est inconscient, inerte dans les bras de Thomas. Je crains le pire, mais en cherchant son pouls, je constate qu’il est simplement évanoui.
— Tout cela ne me dit rien qui vaille.
— Occupons-nous d’abord de ses blessures, me répond mon équipier.
Nous portons le corps du garçon sur la table. Stillwood récupère une trousse de secours. Nous soignons les plaies avec des pommades et des bandages serrés. Voilà qui devrait éviter toute infection.
— Combien de temps avant le matin ? me demanda Stillwood.
Alors que je sors ma montre, Gavin se redresse soudain avec une longue respiration sifflante. Comme il s’agite, nous cherchons à le maîtriser afin qu’il ne tombe pas de la table. Il se débat avec plus de force que je ne m’y attendais. D’un puissant coup de bras, il me rejette contre le mur, et se débarrasse pareillement de Stillwood. Toujours sur la table, il se recroqueville en gémissant. L’un de ses bras enfle à vue d’œil, sa peau se déchire. En dessous jaillissent des radicules qui fouillent sa chair. Elles s’assemblent en un épais tentacule qui s’allonge en direction du trou obstrué. Le pauvre Gavin roule au pied de la table, puis rampe sur un tapis de radicelles qui dépassent de son corps. Les racines qui l’animent cherchent le contact de celles qui se tiennent à l’affût, en dessous. Et je sais qu’à ce moment là, nous serons perdus. L’étudiant défiguré n’a pas conscience – je l’espère de tout cœur – de l’aspect monstrueux qui est le sien. La mort dans l’âme, je sors mon pistolet. De l’autre coté de la pièce, Stillwood est à nouveau sur ses pieds ; il s’est emparé de sa hache.
— Faites-le, Lucius ! me dit-il.
L’hideuse créature hérissée d’excroissances végétales n’a plus grand-chose d’humain. Gavin n’est plus qu’à quelques pouces de l’ouverture pratiquée dans le sol devant la cheminée. Je dois l’arrêter. En trois foulées, je suis auprès de lui.
— Lucius !
Mon bras se tend. Je vise la tête du garçon. J’aimerais trouver des paroles adéquates, lui demander pardon ou lui souhaiter bon voyage. Le bang retentit dans l’odeur de la poudre. Gavin s’écroule. Je ferme les yeux en soupirant.
— Reculez ! me crie Stillwood.
J’ouvre les yeux, surpris. Le corps du jeune homme est secoué de violents spasmes. Le tentacule de son bras s’allonge et plonge dans le trou que nous avons pratiqué plus tôt. Thomas abat sa hache. Le tentacule est tranché net, mais trop tard. Les racines du haut ont invité celles du bas. Les lattes du plancher se soulèvent les unes après les autres. Une multitude de racines se lancent à l’assaut du refuge et s’étendent sur les murs à une vitesse stupéfiante.
Stillwood surgit derrière-moi et m’empoigne le bras pour m’entraîner vers les escaliers. Déjà les racines condamnent toute fuite vers la porte. Bien que sous le choc, je cherche à réfléchir, et je reviens sur mes pas.
— Donnez-moi la hache !
— Que voulez-vous faire ?
— On va brûler cet endroit, faites-moi confiance !
D’un moulinet, je libère le chemin devant moi, écarte la table, puis j’ouvre le buffet. J’attrape les bouteilles les unes après les autres. Dans un bris de verre, le scotch se répand sur les murs, les meubles et sur les racines qui envahissent tout. Bondissant, je rejoins Stillwood qui m’attend en haut des marches. Il tient ma lampe à la main.
— Feu à volonté, lui dis-je.
Le verre éclate contre le manteau de la cheminée. L’huile s’enflamme aussitôt, et le scotch se mêle à l’embrasement général. Satisfait de voir ce ballet infernal emporter les racines maudites, je me tourne vers la petite fenêtre où se penche déjà Thomas. Il est temps de partir ! J’ai un dernier regard pour Gavin Gleason, à peine reconnaissable.
Stillwood jette sa hache par la fenêtre, puis s’y glisse à son tour et atteint le sol sans dommage. Je m’apprête à le suivre quand je l’entends pousser un cri de stupeur. Désemparé, je vois mon ami lutter contre une chose qui l’entraîne dans un trou creusé sous la cabane. Mon arme m’échappe des mains. De toute façon je n’aurais pas su où tirer. Très vite je m’extirpe de la maison, me jette dans le vide et chute avec heurt sur le sol gorgé d’eau juste à côté de Stillwood qui se débat, des touffes d’herbe dans les mains. Mi-pataugeant, mi-rampant, je lui attrape la main et l’aide à se défaire de l’emprise d’un tentacule de pierre mouvante. La lutte est difficile. En tirant, je perçois presque le visage de mort de la bête dissimulée sous terre et derrière un rideau de pluie. Paniqué, je tire de plus belle. Je parviens à sortir le haut de son corps des ténèbres de sous la cahute. Elle crache une fumée épaisse à la face des étoiles qui palissent avec l’arrivée imminente du jour.
Thomas libère une de ses jambes avec laquelle il prend appui sur la façade décrépite. J’en profite pour ramper jusqu’à la hache. Je dois m’y reprendre à deux fois avant de faire céder le tentacule argileux de la bête qui disparait instantanément sous les fondations du refuge en flammes.
— Venez, Thomas ! On s’en va ! Vite !
Nous fuyons à toutes jambes dans la forêt, sous une pluie écrasante, loin du brasier pétaradant de la maison dévorée,mais les éclairs providentiels, de plus en plus réguliers, nous permettent d’éviter certains obstacles. La bête nous a pris en chasse, je le sens dans mes os. Il fait sombre dans le sous-bois. Je tombe à plusieurs reprises. Thomas me dépasse, mais s’arrête. Nous savons tous les deux que les bois ne sont pas un endroit sûr tant que dure la nuit. Derrière nous, j’entends nous rattraper un bruit répétitif et oppressant. Un bruit de fouet.
La créature est à nos trousses.
Les claquements et l'assourdissant martellement de la pluie se mélangent aux craquements de branches que la créature déchire avec rage pour nous retrouver. Impossible de rester là. J’ai abandonné la hache dans ma hâte, je n’ai pas récupéré mon pistolet, j’ignore si Stillwood a le sien. Nous ne serons pas de taille. Il faut fuir.
Nous puisons en nous des forces insoupçonnées pour franchir à toute vitesse les branches qui fouettent nos visages, la terre noyée dans les flaques, et les racines traitresses sur lesquelles il serait fatal de trébucher. Le deluge m'aveugle presque, mais une curiosité morbide me pousse à regarder à deux reprises derrière moi. J’aimerais voir en face cette bête. Au premier coup d'oeil, je ne distingue que certaines lignes. Des bras démesurés, comme ceux d’une araignée, terminés par des tentacules qui s’accrochent aux arbres à chaque foulée. La terreur décuple mes forces lorsque la créature lance un long hurlement assourdissant et glacial. Les fouets claquent et se brisent en milliers d’échos entre les arbres tandis que la bête se sert d'eux pour se projeter plus en avant entre les troncs. Elle est de plus en plus proche et sa voix témoigne de sa furie. Elle risque de nous rattraper sous peu ! C'est là que je lance un dernier regard derrière moi pour l'apercevoir et c'est un éclair qui me permet de clairement distinguer avec horreur son visage blanc aux orbites mortes et empli d’une fureur aliénée.
Courir. Courir et c’est tout. Un unique but : survivre. Stillwood me distance, mais je n’ose lui demander de m’attendre. Ce ne serait pas juste, et puis je n’ai plus le souffle nécessaire.

Mon cœur s’arrête quand je trébuche sur une souche. Par miracle je retrouve mon équilibre, et poursuis ma course malgré une douleur au pied. L’horizon se dégage soudain. Nous venons de quitter la forêt. Après un étroit chemin, nous voici dans un champ. La terre grasse alourdit mes pas, rend ma fuite presque impossible. Je vois le ciel. Un ciel gris. Le plus beau que j’ai jamais vu. Le jour a commencé à poindre. Si ma théorie s’avère, le soleil refoulera la créature dans son antre. Pour autant je ne dois pas m’arrêter. Un pas après l’autre, je continue de m’éloigner de l’orée de la forêt, mais mon coeur est sur le point d’exploser. Je n’en peux plus. Je m’effondre dans la boue en espérant être achevé vite si telle doit être la fin de l’aventure. Non loin, Stillwood est plié en deux, tout aussi épuisé que moi. Il pointe le doigt vers les arbres. J’y vois clairement une silhouette gracile passer entre les branches. J’ai eu tort ! Nous sommes morts ! Ces pensées s’imposent à moi, comme des évidences tranquilles. Elles ne m’effraient pas.
L’aube est là. Le ciel s’allume. La pénombre sous les feuillus n’en devient que plus obscure. Je ne distingue plus la créature. Thomas se tient auprès de moi, un sourire de vainqueur accroché au visage. Il me donne une immense bourrade qui me renverse.
— Sacré bon Dieu, on l’a eu !
J’ai peine à croire que nous sommes sauvés. Dans la clairière la cabane est en train de brûler. La bête n’aura plus de refuge. J’espère qu’elle ne pourra pas trouver un autre repère. Nous devons absolument y retourner à la lumière du soleil. Il nous reste encore du travail.

***

Notre arrivée à l’hôtel, agités, bruyants et couverts de boue de la tête aux pieds que nous sommes, n’est pas sans causer quelque remue-ménage. Nous réveillons aussitôt Blake pour lui exposer notre découverte. Nous prenons le temps de nous changer et d’avaler un peu de porridge avant de monter en voiture avec Blake et ses policiers.
Sous la pluie, la clairière est dévastée. La cabane encore fumante est à moitié effondrée. Les herbes hier vertes et fleuries ne sont que paille sèche, en partie roussie. Blake constate avec nous que les lieux sont redevenus aussi sinistres que le jour de sa première visite, ce qui lui permettra de ne pas modifier son rapport. Avec prudence, nous approchons de la cabane. Je retrouve mon pistolet non loin du lieu où Stillwood a failli être emporté sous les fondations.
Pour protéger le caractère particulier de notre investigation, Blake envoie ses hommes repérer les alentours tandis que nous inspectons les restes fumants de la vieille cahute. Le plancher n’est plus que cendres pâteuses dans lesquelles s’enfoncent nos pas. Il ne reste des murs que quelques planches calcinées qui n’hésiteront pas longtemps avant de s’écrouler.
Faisons vite.
A l’aide de barres de fer, nous sondons sous les cendres et les débris. Nous retrouvons bien vite le trou que nous avions pratiqué près de l’âtre. En dessous, les corps sont toujours là, nous en comptons quinze avant de trouver celui de Gavin dans un coin. Il semble avoir cherché à fuir malgré la balle que j’avais logée dans sa tête, preuve que son corps ne lui appartenait plus.
— Où est cette créature ?
— Du calme, Lucius. Cherchons encore.
— Si je me suis trompé, si elle a pu fuir ? insisté-je, hanté par la culpabilité.
— Pour l’instant, cherchons, voulez-vous ?
Nous reprenons nos fouilles dans le périmètre des fondations de pierre de la cabane, des fondations qui semblent bien plus vieilles que je ne m’y attendais. Assez vite, nous buttons sur quelque chose de dur. Avec une pelle que me ramène Stillwood, je dégage une dalle grise. Les décombres qui la recouvrent viennent de la cabane ; la pierre n’était pas enterrée. Au contact de mon outil sur elle, je sens que quelque chose d’anormal se produit. A côté de moi, Stillwood serre les dents en s’approchant. C’est le même aspect argileux que le tentacule qui l’a saisi la nuit dernière ! La pierre a une longueur de trois pieds six pouces, une largeur d’environ un pied dix pouces. Malgré ma réticence, je m’en approche. J’enfonce ma pelle en dessous, je réussis à la tourner sur la tranche grâce à l’aide de Stillwood.
— C’est une sculpture ? s’étonne mon équipier.
Même sous la terre et la cendre qui la maculent, je vois moi aussi des reliefs précis, ciselés avec une grande finesse. Son allure reste étrange et nous ne parvenons pas à identifier de quoi il retourne.
— Vous croyez que cette pierre a un rapport avec notre affaire ? me demande Blake.
— Oh, oui.
Stillwood asperge la pierre avec sa gourde. Je reconnais cette forme monstrueuse et quasi humaine. Figée dans sa peau de roche solide et inanimée, je retrouve la créature qui nous a donné la chasse. Recroquevillée sur elle-même, comme dans une chrysalide, elle ne donne aucun signe de vie. Le corps dépourvu de jambes a sa tête enfoncée dans ses épaules, ses bras pliés à l’extrême, et ses tentacules enroulés tout autour du buste. Elle ressemble à un fœtus de gargouille dégénérée.
Bien vite, nous décidons que cette pierre doit rejoindre l’Institut pour une étude approfondie. Nous l’empaquetons dans une bâche avant de la traîner, vers la voiture de Blake. Malgré cette découverte, je reviens vers les ruines que je refuse d’abandonner sans une fouille complète. Ce n’est que lorsque la pénombre du soir rend la tâche impossible que Stillwood parvient à me faire lâcher la pelle. Je ne sens plus mes mains.
En regagnant la voiture, je passe à côté des restes humains alignés dans leurs linceuls éclaboussés de boue. Le jeune Gavin est là, à jamais muet, tandis que je ne peux faire taire ses hurlements dans ma tête. La police se charge de récolter les preuves, mais Stillwood me rassure : il a pris soin de récupérer ce qu’il restait de notre matériel dans le refuge dévasté. Il ne reste nulle trace de notre passage. Je le remercie d’une voix tremblante, car me reviennent en mémoire les risques que j’ai fait prendre à mon ami en décidant de mon propre chef de passer la nuit ici.
Voyant combien je suis éprouvé, il m’ordonne de monter en voiture tandis qu’il règle les derniers détails avec Blake. Du voyage qui nous ramène à Oxford, je ne me souviens quasiment de rien. Terrassé par la fatigue, je passe ces quelques heures dans un sommeil agité.

***

Le rapport officiel de la police communiqué à la presse annonce que la cabane dans la clairière était la planque d’un rôdeur. Le criminel a enlevé et assassiné de sang froid une quinzaine de personnes dont il a inhumé les corps sous le plancher. On suppose que la dernière victime, Gavin Gleason, a résisté à son agresseur ; leur lutte serait à l’origine de l’incendie qui leur a coûté la vie. Naturellement, aucun document officiel ne fait mention de notre implication dans l’enquête.
Mr Phyneas Bane et ses contacts haut-placés ont veillé à ce que notre présence sur les lieux demeure méconnue.

Ma demande de retour au service actif a été défendue par Eckhart Bane auprès de la hiérarchie de l’Institut. Me voici réintégré, mais il m’est demandé de rester aux archives quelques semaines de plus. On préfère se montrer prudent au sujet des conséquences sur mon psychisme de cette confrontation avec la créature rocheuse.
Je mets ce temps à profit pour suivre de près l’évolution de l’étude de la créature. Car la pierre est vivante. Dès notre arrivée à l’Institut, nous l’avons placée dans une cage aux barreaux d’acier dans une grande pièce aveugle. A la tombée de la nuit, mes collègues de l’Institut ont pu la voir changer d’état. Une respiration lente soulève ses flancs. Ainsi emprisonnée, toutefois, elle ne fait pas un seul geste.
Nous ignorons sa nature et son origine. Nous n’avons trouvé nulle trace de quoi que ce soit de similaire dans les mythes et légendes pourtant riches d’informations.
Ce soir, tandis que je mets un point final à mon récit, je suis dans la chambre forte du laboratoire. J’ai installé une table en face de la cage, je regarde la créature respirer. Dans l’orbite vide légèrement tournée dans ma direction, je scrute à la recherche d’une étincelle de vie. Je laisse à mes collègues naturalistes le soin de tracer un nom sur l’étiquette posée sur la cage. Au crépuscule, je reviens observer la bête dont je sens la patience irradier comme une promesse. Elle est disposée à attendre le jour où une occasion se présentera.
Et elle est prête à attendre une éternité.

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MessagePosté le: Jeu 17 Oct - 13:56 (2013)    Sujet du message: Nouvelles achevées et validées [Tome 1] Répondre en citant

Merci les gars. Je fais les modifications ce soir.

Qui s'occupe de passer la commande sur Lulu.com? que je sache à qui envoyer?


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Jackal
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MessagePosté le: Jeu 17 Oct - 17:49 (2013)    Sujet du message: Nouvelles achevées et validées [Tome 1] Répondre en citant

Bah chez moi, vu que j'ignore encore si je vais pouvoir venir, ça risque d'être tendu.
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MessagePosté le: Jeu 17 Oct - 17:51 (2013)    Sujet du message: Nouvelles achevées et validées [Tome 1] Répondre en citant

OKi d'acc; je savais que tu n'étais pas sûr de venir! ça schlingue un max ça! Sad

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Thomas_D
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MessagePosté le: Jeu 17 Oct - 18:11 (2013)    Sujet du message: Nouvelles achevées et validées [Tome 1] Répondre en citant

Luca, tu passes la commande et je te fais un virement ? (je me rembourserai aux joutes)

50 € c'est bon ?


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MessagePosté le: Jeu 17 Oct - 18:35 (2013)    Sujet du message: Nouvelles achevées et validées [Tome 1] Répondre en citant

Je pense qu'on va faire ça.
Quelqu'un avait noté le devis ou il faut regarder d'abord combien ça va nous coûter?


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Thomas_D
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MessagePosté le: Jeu 17 Oct - 19:00 (2013)    Sujet du message: Nouvelles achevées et validées [Tome 1] Répondre en citant

Du moment qu'on rentre dans nos frais (avec les frais de port) je pense qu'on peut se lancer.

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MessagePosté le: Jeu 17 Oct - 19:06 (2013)    Sujet du message: Nouvelles achevées et validées [Tome 1] Répondre en citant

je vais regarder ça; pour le moment je mets à jours le fichier de mise en page.

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Thomas_D
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MessagePosté le: Jeu 17 Oct - 19:44 (2013)    Sujet du message: Nouvelles achevées et validées [Tome 1] Répondre en citant

Virement fait. Dis moi si je peux faire autre chose.

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MessagePosté le: Jeu 17 Oct - 20:05 (2013)    Sujet du message: Nouvelles achevées et validées [Tome 1] Répondre en citant

Un autre virement? :p

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Thomas_D
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MessagePosté le: Jeu 17 Oct - 20:26 (2013)    Sujet du message: Nouvelles achevées et validées [Tome 1] Répondre en citant

Mais bien sûr. Je pensais justement vendre ma voiture et mes trois meubles et me défaire de tous mes biens matériels pour me consacrer à la méditation chez Skippy le grand Gourou.

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MessagePosté le: Ven 18 Oct - 01:17 (2013)    Sujet du message: Nouvelles achevées et validées [Tome 1] Répondre en citant

Bon les gars pour la prochaine fois on va quand même mettre au point quelques petites règles.^^ D'une part je garde tous les styles de côté ainsi que le format du bouquin, mais la prochaine fois je ne ferai pas que reprendre rapidement une mise en page déjà entamée... et pas super bien entamée (désolé loki).
Ce qui devrait donner de légères différences malgré tout. Minimes mais présentes. C'est mon boulot, c'est donc mon affaire de me débrouiller avec ça.

Du côté des écrivains, quelques consignes que je rappellerai plus clairement pour le prochain recueil:

A l'avenir il faudrait si possible faire les corrections plus tôt et plus attentivement.
  • J'ai dû corriger un paquet de conjugaisons sur la nouvelle d'Antho après importation; elles étaient justes, mais les temps n'étaient pas forcément les bons.
  • Du côté de chez Loïc c'était plutôt des soucis de majuscules. Je sais que ce n'est pas évident de retenir les codes pour les majuscules avec accents ou pour le c cédille majuscule, mais dans Word il y a pour cela l'onglet Caractères spéciaux Wink

Le travail de mise en page n'est pas forcément la panacée, alors merci de faire plus attention à ne pas le transformer en travail de post-correction^^

Ensuite, essayez de préparer la ponctuation et la mise en page comme il se doit. Pour le coup tout le monde a fait les mêmes "erreurs" donc je me débrouille avec; mais... pour prévenir le Tome 2 après avoir guéri le Tome 1:
  • On sépare les paragraphes avec la touche entrée, mais on passe une ligne avec shift+entrée. C'est important. C'est primordial.
  • Ensuite, un point qui ne change presque rien pour vous mais qu'il faut préciser: sachez que quand vous appuyez deux fois sur entrée pour la clarté du texte, ou pour séparer deux parties du récit sans changer de "chapitre", c'est un repère pour moi.
    Mais une fois que ce sera dans la mise en page, il ne subsistera qu'un seul et unique saut de paragraphe; ce type de séparation nécessite un espace entre deux lignes plus important, mais cet espace est du ressort du metteur en page, ça me semble important de le préciser.
    Donc, quand vous faites:
    Citation:
    "blah blah.

    Blah blah"

    ou
    Citation:
    "Blah Blah!

    ***

    "Blah blah"

    Dites-vous bien qu'au bout je dois faire des mini-corrections pour ça aussi^^
    Pour me faciliter la tâche, évitez si possible de le faire quand vous indiquez le changement de chapitre "***"
    Comme suit:
    Citation:
    "Blah bla.
    ***
    Blah blah!"

  • Autre truc très important! Les littéraires ont raison de clamer qu'il y a des espaces avant les points d'interrogation et d'exclamation.
    Encore faut-il respecter le fait que ce ne sont pas des espaces normales mais des espaces dites "insécables". Raccourci alt+255 (le fameux caractère qui fait que les "newfags can't triforce"), sinon, on se retrouve avec des lignes qui commencent par des points d'interrogation ou d'exclamation. Ce sont des corrections en plus.^^
  • Utilisez les tirets adéquats! Word et openWriter ont l'avantage (ou pas) d'interpréter le texte et de transformer les "-" en bons tirets pour les dialogues mais j'ignore pourquoi ça ne le fait pas toujours.


Voilà sur ce je vous laisse j'ai pas tout-à-fait terminé.


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Thomas_D
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MessagePosté le: Ven 18 Oct - 07:53 (2013)    Sujet du message: Nouvelles achevées et validées [Tome 1] Répondre en citant

Très bons rappels.

Mais j'avoue qu'il y a un truc qui ma étonné :
«On sépare les paragraphes avec la touche entrée, mais on passe une ligne avec shift+entrée. C'est important. C'est primordial.»
Tu peux m'en dire un p'tit peu plus sur le pourquoi du comment ?


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